Monde

Quand Hillary Clinton et Donald Trump étaient amis à New York

Claire Levenson, mis à jour le 19.04.2016 à 10 h 46

Les favoris des primaires démocrate et républicaine représentent deux visions opposées de l’avenir des États-Unis mais n’en ont pas moins longtemps évolué dans les mêmes cercles.

Donald Trump (KENA BETANCUR/AFP) et Hillary Clinton (JUSTIN SULLIVAN/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP) à Staten Island, le 17 avril 2016 | Montage Slate.Fr

Donald Trump (KENA BETANCUR/AFP) et Hillary Clinton (JUSTIN SULLIVAN/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP) à Staten Island, le 17 avril 2016 | Montage Slate.Fr

Cela ne s’était pas produit depuis les présidentielles américaines de 1944 mais, en 2016, les deux candidats actuellement en tête dans la course pour l’investiture des partis démocrate et républicain, Hillary Clinton et Donald Trump, sont tous les deux résidents du même Etat. Trump est né dans le Queens, un des cinq boroughs de la ville de New York, alors que Clinton, née dans l’Illinois, a été sénatrice de l’État de New York de 2001 à 2009 et vit dans une banlieue chic de la ville depuis 1999.

Dans le cas d’Hillary Clinton, la connexion avec New York ne lui apporte pas l’assurance de remporter les primaires de cet État, qui auront lieu le mardi 19 avril, même si elle est actuellement en tête des sondages. Son rival Bernie Sanders a grandi à Brooklyn, dont il garde l’accent, et est très populaire dans la ville de New York. Du côté républicain, les républicains de l’État de New York sont très majoritairement pour Trump, où son côté bling bling, un peu vulgaire et pas religieux ne pose pas de problème auprès des électeurs. 

Alors qu’ils font campagne à New York, il est clair que Trump et Clinton représentent deux visions opposées de l’avenir du pays. Entre eux, les échanges d’hostilités ont déjà commencé: Trump a accusé Hillary Clinton de parler comme un chien qui aboie, et Clinton décrit Trump comme un démagogue xénophobe et brutal. Pourtant, ils ont longtemps évolué dans les mêmes cercles mondains new-yorkais. Et des traces gênantes de cette période circulent toujours sur les réseaux sociaux. En 2005, le couple Clinton était invité au mariage de Donald Trump et Melania Knauss à Palm Beach, en Floride.

La photo des deux couples, souriants, est utilisée par les fans de Bernie Sanders pour montrer qu’Hillary Clinton est une fausse femme de gauche pourrie par l’argent et par les fans de Ted Cruz pour prouver que Donald Trump est un faux conservateur sans valeurs.

La photo des deux couples est utilisée par les pro-Sanders pour montrer qu’Hillary Clinton est une fausse femme de gauche et par les fans de Cruz pour prouver que Donald Trump est un faux conservateur

L’autre image emblématique de ces liens est une partie de golf où Bill Clinton côtoie Trump (qui porte une casquette rouge). La voici, tweetée par un compte pro-Ted Cruz (l’ancien maire milliardaire de New York, Michael Bloomberg, est à gauche de Clinton):

 

«Amis, partenaires de golf et tous les deux sexistes: Bill Clinton et Donald J. Trump!»

Lors d’un débat, Ted Cruz avait accusé Trump d’incarner les «valeurs de New York», soit d’être obsédé par les «médias et l’argent», et cette photo en est la parfaite illustration.

«Nous n’étions pas amis»

Cela fait plusieurs mois que les journalistes demandent à Clinton et à Trump d’expliquer la nature de leur relation passée. Lors d’une conférence de presse en août 2015, Clinton avait ainsi tenté de justifier sa présence au mariage de Trump:

«J’étais en Floride et je me suis dit que ça serait distrayant d’aller à son mariage, parce que c’est toujours amusant.»

En février, elle avait déclaré au magazine People: 

«Nous n’étions pas amis. On se connaissait, évidemment, à New York. Je connaissais beaucoup de monde.»

Plus tard, elle avait aussi précisé que le Trump actuel était méconnaissable par rapport à celui qu’elle avait fréquenté:

«Je ne le connaissais pas très bien, mais je le connaissais. C’est très surprenant de voir quelqu’un qui était affable et de bonne compagnie… se mettre à diffuser des préjugés paranoïaques

J’ai dit: ‘Hillary Clinton, viens à mon mariage.’ Et elle est venue à mon mariage. Elle n’avait pas le choix parce que j’avais donné de l’argent à la Fondation

Donald Trump, le 6 août 2015, lors du premier débat du Parti républicain, à Cleveland

Sa fille Chelsea Clinton, qui est une amie proche d’Ivanka Trump, la fille de Donald, a aussi dû clarifier les choses à la presse:

«Je n’ai jamais eu de relations avec M. Trump. Ma relation a toujours été avec Ivanka.»

Quant a Trump, il a expliqué la présence des Clinton à son mariage de manière quelque peu méprisante: 

«J’ai dit: “Hillary Clinton, viens à mon mariage.” Et elle est venue à mon mariage. Elle n’avait pas le choix parce que j’avais donné de l’argent à la Fondation [Clinton].»

Arroser les Clinton

Il en a également profité pour faire une petite tirade sur la corruption du système politique américain, tout en décrivant de quelle façon il y participait:

«En tant que contributeur financier, j’ai exigé qu’ils viennent –ils n’avaient pas le choix et c’est ce qui ne va pas dans notre pays. Notre pays est dirigé par et pour les donateurs, les intérêts privés, les lobbys, et ce n’est pas bon pour le pays.»

Selon le site de fact-checking Politifact, l’actuel candidat à la primaire républicaine a en effet donné 4.100 dollars à la campagne sénatoriale d’Hillary Clinton et 2.300 dollars à sa campagne présidentielle de 2008. Les donations pour la présidentielle ont été remboursées (soit à la demande de Trump ou de Clinton, ce détail n’a pas été révélé). Il a aussi donné 100.000 dollars à la Fondation Clinton.

La famille de Trump a aussi financé les campagnes de Clinton: sa femme Melania a donné 2.000 dollars à la campagne sénatoriale de Clinton en 2006, sa fille Ivanka un total de 4.400 dollars et Donald Trump Jr., son fils, un total de 4.400 dollars pour les campagnes sénatoriale et présidentielle de la candidate.

Trump a expliqué au Wall Street Journal qu’en tant que milliardaire new-yorkais il était tout à fait normal qu’il arrose un peu Clinton:

«En tant qu’entrepreneur qui donne beaucoup d’argent à des gens très importants, quand tu donnes, ils font ce que tu leurs demandes de faire. En tant qu’entrepreneur, j’avais besoin de ça.»

De «formidable» à «pire secrétaire d’État»

Pourtant, pendant longtemps, Trump a fait l’éloge de ses amis les Clinton. En 2008, il regrettait que, alors que Clinton avait été inquiété pour l’affaire Monica Lewinsky, George W. Bush n’avait pas été sanctionné pour ses mensonges sur les armes de destruction massive en Irak:

«Regardez tous les problèmes qu’a eus Bill Cinton à cause d’un incident qui n’avait aucune importance, et ils ont essayé de le destituer, ce qui était ridicule. Et pourtant, Bush nous a mis dans cette horrible guerre à cause de ses mensonges.»

De même, en 2012, lorsque Clinton était secrétaire d’État, Trump avait déclaré dans une émission de Fox News:

«Je trouve qu’Hillary Clinton est une femme formidable. Je suis partial parce que je la connais depuis des années. Je vis à New York. Elle vit à New York. Je l’aime beaucoup et son mari aussi. Elle travaille dur. On lui donne un agenda à suivre, tout ne vient pas d’elle, mais je trouve qu’elle travaille vraiment dur et elle est efficace. Je l’aime bien.»

Mais, comme sur de nombreux sujets, Trump a radicalement changé d’avis sur Clinton. En juillet 2015, il a déclaré l’inverse:

«Hillary Clinton était la pire secrétaire d’État de l’histoire des États-Unis. Aucun secrétaire d’État n’a été aussi mauvais qu’Hillary.»

Génie machiavélique

Une version complotiste s’est répandue sur internet: et si Trump était un agent du Parti démocrate avec comme seul but de détruire le Parti républicain?

Les liens du couple Clinton avec Trump avaient aussi fait jaser à l’été 2015 lorsque le Washington Post a révélé que Bill avait passé un coup de fil à Donald en mai 2015, juste quelques semaines avant que celui-ci ne déclare sa candidature à la présidentielle. 

Plusieurs conseillers de Trump et de Clinton ont expliqué que, pendant cette conversation informelle, les deux hommes avaient parlé de l’élection présidentielle et que Clinton avait encouragé Trump à jouer un plus grand rôle au sein du Parti républicain. Un autre conseiller, également anonyme, avait démenti que les deux hommes aient abordé le sujet des élections.

Même si la nature de cette discussion n’est pas très claire, certains y ont vu un possible coup de génie machiavélique de la part de Clinton: encourager Trump à se présenter pour faire imploser le Parti républicain et assurer la victoire à l’ancienne Première dame. Une version complotiste s’est répandue sur internet: et si Trump était un agent du Parti démocrate avec comme seul but de détruire le Parti républicain? Cette idée ne tient pas la route mais les insinuations de ce genre ont été nombreuses.

Un journaliste conservateur se demandait pendant l’été 2015: si Trump avait passé un accord avec Hillary pour s’assurer qu’elle gagne en faisant honte aux Républicains et en choisissant ensuite de se présenter comme indépendant, que ferait-il différemment? 

Et, en décembre 2015, lorsque Jeb Bush était encore dans la course, il avait écrit un tweet qui allait également dans ce sens:

«Peut-être que Donald a négocié un deal avec sa copine @HillaryClinton. S’il continue comme ça, elle va être à la Maison Blanche.»

 

Claire Levenson
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Journaliste
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