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«Quand on a 17 ans» ou les saisons du désir adolescent selon Téchiné

Corentin Fila et Kacey Mottet Klein dans «Quand on a 17 ans», d’André Téchiné | Roger Arpajou/Wild Bunch Distribution

Corentin Fila et Kacey Mottet Klein dans «Quand on a 17 ans», d’André Téchiné | Roger Arpajou/Wild Bunch Distribution

Le dernier film d’André Téchiné n’est pas du tout un film «sur l’homosexualité» mais une pellicule qui capte les rayonnements de ce qui travaille des jeunes gens.

1,2,3: dans la petite ville de montagne, la mère médecin, son fils lycéen, cet autre garçon, fils adoptif de paysans de haute montagne. Marianne, Damien, Tom.

1,2,3: année scolaire des garçons, un trimestre pour se battre, un trimestre pour se découvrir, un trimestre pour s’unir.

1,2,3: la nature âpre et puissante, le cocon familial, la guerre au loin, où se trouve le père de Damien.

1,2,3. Soleil? Pas forcément, pas tout le temps –il y aura du froid, de la violence, du deuil. Mais énergie en tout cas. Élan vital dont le film, à travers un développement romanesque qui semble s’inventer dans l’enchaînement des plans, cherche à capter les variations d’intensité, les montées en puissance, les dérivations et les éclats.

 

Cela s’appelle la jeunesse. Pas du tout sur le mode béat (et intéressé) idéalisant les jeunes, pas davantage sur le mode méprisant, être âge ingrat et jeunesse qui doit se passer. La jeunesse comme déplacement, comme récit possible –le poème de Rimbaud ne s’appelle-t-il pas «Roman»?

C’est l’histoire de ceux qui ont 17 ans, Tom et Damien. Mais la dynamique entre eux tient à la tierce figure, celle qu’incarne avec une mobilité bénéfique, y compris lorsque son personnage se fourvoie, Sandrine Kiberlain en mère déterminée à «bien faire», sans souvent savoir ce qu’elle fait vraiment. Elle est à la fois dimension sentimentale et la dimension ironique de ce film aux dimensions multiples –roman initiatique et aventure érotique, fresque et chronique.

Solaire

Ainsi André Téchiné réussit, autour de la thématique qui court tout au long de sa filmographie et qu’on pourrait doter d’un titre générique comme «Les saisons du désir», un film à la fois totalement inscrit dans son parcours et qui en renouvelle heureusement les manières de faire.

Corentin Fila, Kacey Mottet Klein et Sandrine Kiberlain dans Quand on a 17 ans, d’André Téchiné | Roger Arpajou/Wild Bunch Distribution

La présence physique des montagnes, de la neige, de la terre et des rocs, du lac en hiver, des sensations d’effort et de froid (le territoire de Tom) travaille avec les sensations accueillantes du foyer de Marianne et Damien, où s’immisce pourtant une autre dimension du monde, cette guerre à laquelle le père pilote d’hélicoptère de l’armée participe.

Autant que par le personnage de la mère (qui fut auparavant si bien mais fort différemment incarné chez Téchiné par Catherine Deneuve, du Lieu du crime à La Fille du RER), la vitalité du film passe par ces sensations physiques, le chaud et le froid, le dedans et le dehors, le très éclairé et l’ombragé. Chaque régime de sensation est porteur de ses propres troubles, à la fois menaces et promesses. 

Et c’est la production de cet ensemble de sensations qui rend possible le partage par les spectateurs de ce flux mystérieux qui porte les deux garçons, les fait s’affronter, se confronter, s’approcher de diverses manières, jusqu’à l’accomplissement du désir amoureux.

Quand on a 17 ans n’est pas du tout un film «sur l’homosexualité» (pour autant qu’on sache ce que ça voudrait dire). C’est un panneau solaire qui capte les rayonnements de ce qui travaille, singulièrement, des jeunes gens. Bien sûr, qu’ils soient du même sexe n’est pas pour autant indifférent ou anecdotique.

En France aujourd’hui, l’amour homosexuel conserve un caractère transgressif, même si c’est face à un rejet moins violent ou moins systématique que par le passé –rejet qui est d’abord celui des personnes elles-mêmes éprouvant ces sentiments et ces attirances pour le même sexe. Plus encore dans un environnement rural et de petites villes comme celui où se situe le film. Prendre acte, pour soi-même, de son désir, est l’enjeu du film bien d’avantage que l’affirmation aux yeux des autres de son inclination.

Ce caractère teinté de scandale, porteur de rupture, vaut pour le désir lui-même. C’est cette déflagration libidinale qui intéresse André Téchiné. Le désir, ici, c’est la ressource aventureuse, la part d’héroïsme, de «sortie de ses propres rails» dont chacun dispose –pas seulement à 17 ans, mais exemplairement à ce moment-là de la vie.

Et cette transgression vitale, qui n’implique d’aller tuer aucun autre dragon que sa propre soumission, son propre renoncement, trouve avec l’amour homosexuel une expression romanesque, fictionnelle, plus forte, dans un monde saturé depuis 2000 ans par l’impératif hétérosexuel, et la batterie de conventions qui en découle. En outre le face-à-face des deux garçons permet de mobiliser aussi tout un imaginaire narratif, imaginaire archaïque d’ombres de guerriers antiques, de chevaliers voués au tournoi, d’aventuriers rivaux. Puisque l’aventure c’est finalement de vivre sa vie.

Deux jeunes hommes en offrent l’épure, même ce dont il est question n’a pas de lien nécessaire avec le genre (gender en VO). Ni d’ailleurs avec l’âge.

Quand on a 17 ans

De: André Téchiné

Avec: Sandrine Kiberlain, Kacey Mottet Klein, Corentin Fila, Alexis Loret

Durée: 1h54. 

Sortie: le 30 mars

Séances

 

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