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Paris poursuit sa croisade antidiesel sur les réseaux sociaux

Le périphérique parisien pendant un pic de pollution, le 18 mars 2015 | MARTIN BUREAU/AFP

Le périphérique parisien pendant un pic de pollution, le 18 mars 2015 | MARTIN BUREAU/AFP

La maire de Paris entend dénoncer une décision du Parlement européen en lançant une pétition en ligne. Un contournement des institutions qui, de la part d’une élue, pose question.

En lançant une pétition en ligne contre la pollution de l’air dans les villes, la maire de Paris Anne Hidalgo prend une initiative inédite. La démarche pourrait même se révéler dangereuse pour le fonctionnement de la démocratie si elle venait à se reproduire trop souvent de la part de femmes ou d’hommes politiques. Même à propos d’un sujet de nature aussi technologique que la motorisation des voitures.

L’objectif de l’édile parisien vise à faire barrage à une décision du Parlement européen qui a consisté, début février, à assouplir les normes de pollution automobile pourtant en vigueur depuis l’introduction de la norme Euro6 en septembre 2014. Au mépris des autres actions menées pour l’amélioration de la qualité de l’air en ville, alors qu’à Paris, par exemple, le trafic routier est responsable d’un quart des émissions de particules fines et de la moitié des oxydes d’azote, selon Airparif.

Pression des lobbies

«La santé des citoyens avant celle des lobbys industriels», affirme haut et fort la pétition d’Anne Hidalgo, qui dénonce implicitement à la fois le rôle de l’industrie automobile auprès des parlementaires de l’Union et le laxisme de ceux qui ont cédé aux pressions de ce lobby.

«Nous demandons aux gouvernements européens d’user de tous les moyens juridiques et politiques en leur pouvoir afin de garantir que les normes de pollution de l’air en Europe soient appliquées dans toutes les industries», réclame la maire de Paris, rejointe par ses homologues de Bruxelles, Madrid, Vienne, Lisbonne, Stockholm, Athènes, Oslo, Varsovie, Budapest, Bucarest, Barcelone, Milan… 

On peut comprendre la démarche d’Anne Hidalgo et de tous ces maires européens face à une marche arrière assez incompréhensible des députés européens, deux mois à peine après l’organisation de la COP21 à Paris et alors que l’Europe doit se mobiliser pour affirmer son engagement dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour la qualité de l’air.

Rien de pire pour le fonctionnement de la démocratie si des élus contournent eux-mêmes les institutions pour en accuser d’autres

Mais tous ces signataires ont été installés à la tête de ces capitales et grandes villes européennes à l’issue d’élections municipales. Celles-ci constituent un des volets de l’ensemble du processus démocratique dont la fonction consiste à faire émerger une représentation des citoyens à tous les niveaux où elle doit s’exprimer –local, régional, national et européen. Les institutions doivent, en théorie, veiller au fonctionnement de cette démocratie.

Débat démocratique

Il ne s’agit pas d’empêcher le débat. Ainsi, le souci des maires en faveur de la lutte contre la pollution de l’air dans les villes est totalement légitime. Et il leur appartient de s’engager.

Toutefois, ils ont à leur disposition d’autres recours que le contournement des institutions pour faire aboutir leurs revendications. Les élus de grandes villes ont l’oreille des gouvernements... à moins que cette pétition veuille dénoncer en creux le rôle joué par les États qui n’auraient pas privilégié la lutte contre la pollution pour ne pas embarrasser leurs constructeurs automobiles.

Les maires peuvent aussi se tourner vers les puissantes associations dans lesquelles ils sont regroupés et qui sont autant de courroies de transmission auprès de tous les parlements. Ils sont aussi issus de partis politiques au même titre que les députés européens et les uns devraient pouvoir dialoguer avec les autres pour rendre les politiques cohérentes à tous les niveaux. Ils peuvent ainsi user de relais jusqu’à l’intérieur des commissions chargées d’instruire les dossiers.

Mais si les réseaux sociaux deviennent l’espace de prédilection des élus pour s’affranchir du fonctionnement des institutions, la défiance des citoyens à l’égard du travail parlementaire ne peut qu’en sortir renforcée. Rien de pire pour le fonctionnement de la démocratie si des élus contournent eux-mêmes les institutions pour en accuser d’autres.

Moteur diesel

Pour autant, si la forme choisie apparaît contestable, la dénonciation d’Anne Hidalgo est tout à fait pertinente. Elle s’inscrit dans le droit fil de sa croisade contre le diesel à Paris et apparaît d’autant plus justifiée que les progrès réalisés sur les moteurs diesel permettent aux constructeurs, qui ont eu sept ans pour s’adapter à la norme Euro 6, de respecter la réglementation. Aucune raison, dans ces conditions, de donner une prime aux mauvais élèves qui auraient tardé à prendre en compte la nouvelle réglementation.

Avec l’obligation introduite en 2009 par la norme Euro 5 d’équiper les véhicules de filtres à particules, ces émissions ont été divisées par 600 en vingt ans sur les voitures particulières, affirme PSA. Globalement, aujourd’hui, un moteur diesel moderne ne pollue pas plus qu’un moteur à essence.

Globalement, aujourd’hui, un moteur diesel moderne ne pollue pas plus qu’un moteur à essence

En outre, grâce à des consommations plus basse de 25 à 30% que le moteur à essence, le diesel émet moins de CO2, facteur aggravant pour le réchauffement climatique. C’est la raison pour laquelle les automobilistes allemands, plutôt que de s’en détourner, ont rajeuni le parc de voitures diesel pour profiter des avantages des technologies modernes.

Casse-tête

En France, la réaction est différente. Face à la levée de bouclier contre ce type de motorisation, une partie des automobilistes revient à l’essence. Les ventes de voitures diesel déclinent: de 65% des ventes en février 2014 à 58% en février 2015 et 53% en février 2016, d’après les statistiques du Comité des constructeurs français d’automobiles (CCAF).

L’explication de cette tendance provient d’abord d’une baisse de différentiel du prix des carburants, qui a historiquement avantagé le diesel. Les actions déclenchées par la mairie de Paris, avec pour objectif une interdiction des voitures diesel à horizon 2020, contribuent aussi à la désaffection pour cette motorisation.

De toute façon, la ville n’est pas le terrain de jeu idéal pour ce type de véhicule. C’est la raison pour laquelle la prime au remplacement d’une voiture diesel de plus de dix ans par une voiture électrique ou hybride a du sens… dans la mesure où l’ancien diesel n’était utilisé que pour la ville. Car si l’automobiliste s’en sert également pour de plus longs trajets, l’électrique ne saurait aujourd’hui se substituer au diesel. Et en remplaçant un diesel par une voiture à essence, le bilan de l’opération devient négatif pour les émissions de CO2. Un vrai casse-tête!

Reste alors l’hybride… véhicule plus cher et quasiment absent du catalogue des constructeurs français, qui ont préféré miser sur l’électrique intégral. S’il faut privilégier des marques étrangères, la problématique se déplace sur le terrain de l’emploi dans les usines automobiles françaises. Pas simple: en matière d’automobile, tout est affaire de compromis. Et de volonté politique.

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