Monde

Le sommet des médias dont la Chine avait besoin

Richard Arzt, mis à jour le 13.10.2009 à 17 h 35

Internet, l'exportation de la culture chinoise et la pénétration du marché asiatique ont été abordés. Pas la censure.

Pour son image et son profit, la Chine, puissance économique montante, veut augmenter son influence sur la planète. Le sommet mondial des médias des 9 et 10 octobre à Pékin marquait le départ de son offensive sur les marchés de l'information et du divertissement médiatiques. 300 participants de toutes nationalités y sont venus. Suffisament pour que les dirigeants chinois parlent d'un grand succès.

Pour que les médias contribuent à «un monde harmonieux»

Le Président Hu Jintao a lui-même inauguré la réunion. Portant en guise de seule fantaisie une cravate bleue à poix blancs, il est le premier dirigeant chinois à demander aux médias du monde entier d'assumer leurs «responsabilités sociales». «Ils doivent» dit-il «contribuer ensemble à la construction d'un monde harmonieux.»

L'harmonie, maitre mot de la politique du Parti communiste en Chine, prend ainsi une dimension internationale à laquelle les médias de tous pays sont invités à participer. Les journaux télévisés chinois le soulignent. Au passage, Hu Jintao indique que la Chine n'apprécie pas d'avoir souvent mauvaise presse: «nous souhaitons sincèrement que les médias internationaux contribuent à la compréhension de la Chine».

Pénétrer le marché chinois

Ce sommet des médias était organisé par l'agence Xinhua («Chine nouvelle») avec huit sponsors non chinois dont les dirigeants sont à la tribune : News Corp, AP, Reuters, Itar-Tass, Kyodo, Turner Broadcasting System, BBC et Google. Les quelques représentants de médias français - dont le Nouvel Observateur, le Figaro ou l'Afp - n'ont demandé qu'à être auditeurs dans la salle et à participer à des tables rondes.

Les sociétés anglo-saxonnes présentes ont un objectif: s'introduire davantage sur la marché chinois de l'audiovisuel. Rupert Murdoch est assis à côté de Hu Jintao qui le traite avec considération. Le magnat de la presse symbolise avec News group un géant médiatique présent sur tous les continents. Il peut se permettre de donner des conseils (non désintéressés) à la Chine: «Une concurrence accrue permettrait de mieux préparer les sociétés chinoises aux rigueurs du marché international». Au nom de Time Warner, Stephen J. Marcopoto, dit plus directement tout l'intérêt que son groupe porte au plan de relance du gouvernement chinois dans le secteur culturel.

Réciproquement la Chine se met en position d'accéder aux marchés internationaux. Des budgets sont prévus pour développer les services de la télévision centrale CCTV et de l'agence Chine Nouvelle en une dizaine de langues. Et surtout, grâce aux bénéfices qu'ils ont accumulés sur le marché intérieur, les conglomérats chinois d'informations et de divertissements, avec en tête Shanghai média group, sont financièrement prêts à se lancer dans l'exportation de programmes. Wang Fei, importante productrice à Hunan TV, demande: «Pourquoi les télévisions européennes ne diffuseraient pas des feuilletons chinois? Ils sont au moins aussi bons que les séries américaines!».

N'abordons pas les sujets qui fâchent

Mais, en cette période de crise économique mondiale, les dirigeants de presse se perdent dans une autre préoccupation: faire coexister les médias traditionnels et le Net. Les représentants de Google se voient reprocher de «piller gratuitement» les journaux. Les agences de presse russes et japonaises demandent à Chine nouvelle d'entrer dans de plus importantes coopérations. Thomas Curley, PDG d'Associated Press se refuse à «ajouter un autre long discours sur les pièges et le potentialités d'Internet». Il préfère parler de «changement des règles du jeu». La déclaration commune adoptée à la fin du sommet est incapable de conclure: elle se contente de voir dans les profonds changements de l'industrie médiatique «plus d'opportunités que de défis».

Signe du respect qu'inspire le régime chinois, personne n'a insisté pour parler de liberté d'expression, sujet absent de l'ordre du jour du sommet. Un silence gêné s'est installé quand un directeur de journal iranien a affirmé que «le principal rôle des médias est de faire passer des messages politiques». Seul un patron d'agence de presse australien a rendu compte de sa table ronde en disant: «il ne doit pas y avoir de censure». La déclaration finale appelle à «une presse juste, objective, impartiale et équitable» et souhaite que «s'améliore la transparence des gouvernement».

Ce dernier point de vue figurait dans la partie séductrice du discours de Hu Jintao: «Le gouvernement chinois accroîtra la transparence des affaires administratives, améliorera la publication des informations, garantira les droits et intérêts des institutions journalistiques et des journalistes étrangers». Des phrases à ne pas oublier pour tout journaliste chinois ou non rencontrant des difficultés à travailler en Chine.

Richard Arzt

Image de une: Joe Chan/ Reuters Police paramilitaire aux alentours de Pékin, septembre 09

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