Et si c’était pour éviter le harcèlement sexuel que les femelles étaient plus ternes que les mâles?

Dans de très diverses espèces, les femelles se donnent souvent beaucoup de mal pour éviter des copulations non désirées | Susanne Nilsson via Flickr CC License by

Dans de très diverses espèces, les femelles se donnent souvent beaucoup de mal pour éviter des copulations non désirées | Susanne Nilsson via Flickr CC License by

Trois écologues se demandent d’où vient l’absence criante d’ornementations sexuelles chez les femelles de tant d’espèces animales.

Dans la nature non humaine, c’est un phénomène très marquant: ce sont les mâles qui exhibent les ornementations les plus voyantes. Les femelles, elles, sont en général bien plus ternes, fades, comme si elles cherchaient à raser les murs et à se fondre dans le décor.

L’explication aujourd’hui la plus consensuelle est la suivante : du fait des divergences d’investissement parental, les femelles sont bien plus sélectives que les mâles et c’est donc aux seconds d’exhiber les traits les plus extravagants pour plaire aux premières. Des traits qui, entre autres, prouvent qu’ils seront de bons partis. Comment résister à ce paon teeeeeeellement courageux qu’il ose exposer au tout venant ses plumes chatoyantes, au risque de s’attirer tous les prédateurs du coin? C’est ce que disait (à peu près) Darwin dans La descendance de l’homme et la sélection sexuelle.

Sauf que, pour D. J. Hosken, S. H. Alonzo et N. Wedell, trois écologues œuvrant à l’Université d’Exeter (Royaume-Uni) et à l’UCSC (États-Unis), cette hypothèse ne suffit pas, à elle seule, à expliquer l’absence si criante d’ornementations sexuelles chez les femelles de tant d’espèces animales.

En effet, argumentent-ils, la sélectivité sexuelle des mâles existe: ils ne font peut-être pas autant la fine bouche que les femelles mais ils ne gobent pas non plus tout ce qui passe. Par exemple, les mâles de plusieurs espèces peuvent ajuster leur volume éjaculatoire en fonction de la qualité génétique des femelles susceptibles de s’offrir à eux. D’autres refusent carrément de copuler si les probabilités de fécondation sont trop faibles.

Avoir la paix

Pourquoi est-ce que l’évolution n’a pas incité les femelles à signaler leur qualité génétique par une certaine extravagance ornementale?

Dans ce cas, se demandent les chercheurs, si les mâles manifestent un certain degré de sélectivité sexuelle, pourquoi est-ce que l’évolution n’a pas incité les femelles, elles aussi, à signaler leur qualité génétique par une certaine extravagance ornementale?

Et les chercheurs de proposer une réponse: parce que, si les femelles pourraient avoir un peu à gagner, elles auraient surtout énormément à perdre. En d’autres termes, parce que les risques encourus par une trop grande sollicitation des mâles –le harcèlement sexuel, comme on dit par chez nous– en supplantent, et de loin, les bénéfices.

«L’ornementation féminine pourrait être désavantageuse si les femelles séduisantes étaient plus nombreuses à attirer l’attention masculine», écrivent-ils dans leur commentaire publié dans le numéro d’avril de la revue Animal Behaviour.

«Nous suggérons que le conflit sexuel lié au harcèlement des mâles et aux coûts inhérents à la copulation [pour les femelles] offre une explication additionnelle à la relative absence d’ornementation chez les femelles», précisent-ils plus loin.

Pour asseoir leur hypothèse, les chercheurs rappellent que, dans de très diverses espèces, les femelles se donnent souvent beaucoup de mal pour éviter des copulations non désirées: certaines se déguisent en mâles, d’autres ont recours à des anaphrodisiaques pour signaler leur manque de réceptivité, déménagent dans des lieux dépourvus de mâles ou s’allient encore entre femelles histoire d’avoir la paix.

Tout porte à croire que le harcèlement sexuel a en effet constitué une pression sélective très importante chez les femelles et les a incitées à la discrétion. L’hypothèse est posée. Reste maintenant à mener les expériences qui permettront (ou non) de la confirmer.  

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