Populistes de tous pays, unissez-vous!!!

Le 21 mars 2016 à Washington, DC.MOLLY RILEY / AFP

Le 21 mars 2016 à Washington, DC.MOLLY RILEY / AFP

Dans les pays abîmés par la peur, les États semblent impuissants et les populations cherchent un sauveur.

Pour Donald Trump, les attentats du 11 septembre 2001 n’auraient pas eu lieu si George Bush n’avait pas été président! George Bush (la guerre d’Irak n’a pourtant été déclenchée qu’en 2003) serait donc indirectement la cause du 11-Septembre! Pour Marion Maréchal Le Pen, les attentats du 13 novembre n’auraient («probablement») pas eu lieu si le FN avait été au pouvoir… Des deux côtés de l’Atlantique donc, une même démagogie, une même «stupidité», selon l’expression d’Anne Hidalgo. Comme deux buttes témoins d’un phénomène qui prend de l’ampleur: un populisme à tendance raciale.

La France et les Etats-Unis n’en ont pas le monopole, chaque pays accommodant le populisme à ses propres couleurs: UKIP en Grande Bretagne, une droite ultra nationaliste au pouvoir en Pologne et en Hongrie, la Ligue du nord et le mouvement Cinq étoiles en Italie, l’extrême droite au Danemark et aux Pays Bas mais aussi en Autriche et, dernier apparu mais pas le moins menaçant, l’AFD en Allemagne, mouvement qui a grandi en réaction à la politique d’ouverture aux réfugiés pratiquée par Angela Merkel. Toutefois, les mouvements populistes n’avaient pas attendu la crise des réfugiés pour s’installer et se développer.

Régime autoritaire

A cette dimension populiste, il faut ajouter, de plus en plus dangereuse, sa principale conséquence politique: l’aspiration non plus seulement à l’autorité, leitmotiv de la vie politique française, mais à un régime autoritaire à travers  l’appel à un «sauveur». Un simple coup d’œil autour de nous permet de mesurer la force de ce mouvement: le plus bruyant, Donald Trump, est considéré par nombre de politologues américains comme fascisant; et, bien sûr, il admire Poutine dont l’autoritarisme n’est plus à décrire; Viktor Orban en Hongrie, ou le nouveau pouvoir polonais, manifestent aussi quelques tentations; tandis que Recep Erdogan rétablit progressivement une dictature. Au-delà, Shinzo Abe au Japon ou Narendra Modi en Inde sont parfois rangés parmi les dirigeants à tentation autoritaire.

Partout, les cibles sont les opposants et les medias, que l’on cherche à museler, tandis que sont privilégiés les débats susceptibles d’aiguiser les clivages, de chauffer à blanc les opinions afin de mieux faire valoir la simplicité du discours que l’on oppose toujours à la complexité croissante de la marche du monde et de nos sociétés. Comme l’a résumé Martin Schultz, président du Parlement européen: 

«Donald Trump appartient à ce type de gens que nous connaissons en Europe, qui ont sur n’importe quel sujet un bouc-émissaire, mais jamais une solution concrète»

Il est toujours plus facile de trouver une victime expiatoire face aux angoisses que génère le monde moderne

Il est toujours plus facile de trouver une victime expiatoire face aux angoisses que génère le monde moderne, au premier rang desquelles figure désormais le terrorisme. Ainsi pour Trump, l’ennemi ce sont les musulmans et les Mexicains, pour Poutine les Ukrainiens, pour Erdogan les Kurdes; et, d’une façon générale dans nos pays, les immigrés, qui seraient la cause du mal. L’extrême droite française en a fait son fonds de commerce en y ajoutant l’islam; les meetings du front national commencent toujours par scander: «On est chez nous!».

Les causes de ce mal être identitaire sont multiples, la «crise» étant elle-même une explication insuffisante. Les Etats-Unis sortis les premiers de la crise financière qu’ils avaient provoquée, ont retrouvé dynamisme et plein emploi. La France elle-même, grâce à ses amortisseurs sociaux, a été moins atteinte que ses voisins et s’est épargnée une cure d’austérité; la Pologne, qui connaît un développement inédit grâce à l’Union européenne, mais aussi l’Autriche qui est en plein emploi et que dire de l’Allemagne: tous échappent à l’explication par la crise et attestent que la prospérité n’est pas un rempart.

La quête du sauveur

En revanche, partout les mêmes peurs sont à l’œuvre. Elles sont globalisées comme le sont l’économie, les différentes manifestations des mutations du monde moderne (notamment tout ce qui touche le climat) et le terrorisme lui-même, de Bamako à Bruxelles, en passant par la Chine, le Pakistan et la Turquie… 

Face à toutes ces peurs, les Etats paraissent momentanément impuissants car les difficultés qu’ils ont à surmonter ne peuvent l’être dans l’instant.

D’où la quête d’un sauveur, la sensibilité aux figures et aux discours des «super héros», ceux qui distinguent si facilement le bien du mal et qui se débarrassent si vite de tous les maux et qui ne sont plus limités au cinéma. On se persuade que des remèdes brutaux feront l’affaire. C’est pourquoi le bellicisme d’un Poutine paraît rassurant bien au-delà des frontières de la Russie.

Le danger, pour les démocraties, vient de ce que le cœur de nos sociétés, ce que Valery Giscard d’Estaing appelait le «noyau central», est atteint: la classe moyenne éclatée, une partie de celle-ci se sent en insécurité culturelle et perçoit un recul de son statut social et de son poids relatif dans la société; ce que les politologues appellent «la menace du statut perçu»

Dans ce contexte, ô combien fragile, l’élection américaine revêt une importance particulière. A gauche, on incrimine la stratégie politique des républicains qui a alimenté un ressentiment blanc contre les minorités; à droite, on considère plutôt que le succès de Trump est une réponse de la base à des élites indifférentes. Mais quelle que soit l’explication, un monde où s’opposeraient d’un côté Poutine et de l’autre Trump ne nous dit rien qui vaille.

Cet article a été également publié par Challenges

 

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