Monde

La gentrification peut-elle tuer?

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 25.03.2016 à 16 h 33

Repéré sur The Guardian

En mars, un procès devait faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles un jeune latino-américain a été tué par des policiers de San Francisco. Un article du Guardian raconte comment les préjugés de quelques nouveaux habitants ont pu aboutir à un tel drame.

Bernal Heights | LilyyyB via Flickr CC License By

Bernal Heights | LilyyyB via Flickr CC License By

Il y a un peu plus de deux ans, le 21 mars 2014, un habitant de San Francisco âgé de 28 ans, Alex Nieto, dont les parents avaient émigré du Mexique dans les années 1970, était criblé de balles par la police.

L’affaire ressemble à d’autres bavures policières sur fond de préjugés raciaux et, deux ans plus tard, les parents de la victime ont obtenu la tenue d’un procès au civil contre la municipalité et les policiers. Ils ont bénéficié d’un large soutien de la population locale, et ce procès est devenu celui des conséquences de la gentrification. Pour le Guardian, il s’agit peut-être d’un cas d’homicide par gentrification ou, formulé autrement, d’une conséquence de la manière dont les nouveaux habitants, des travailleurs de l’économie de la connaissance issus des couches supérieures, ont vu Nieto comme un intrus menaçant, dans un quartier dans lequel il avait pourtant passé toute sa vie.

Plusieurs stéréotypes semblent s’être conjugués et avoir abouti à une chaîne de réactions qui ont provoqué en dernière instance sa mort. L’article s’attarde sur le profil des habitants qui ont signalé sa présence à la police, alors qu’il était assis sur un banc dans un parc et mangeait des chips.

Déséquilibre social

Nieto venait d’avoir une altercation avec un des habitants du quartier, qui se promenait avec son chien. Il portait une veste rouge, souvent associée aux membres de gang latinos alors que dans son cas, celui d’un homme avec un casier judiciaire vierge, il s’agissait d’un vêtement aux couleurs de l’équipe de football de San Francisco. Il a été abattu par des policiers qui ont pris son pistolet Taser, qui faisait partie de son équipement de videur de boîte de nuit, pour une arme létale. Les policiers affirment que le Taser était pointé dans leur direction et était activé; des témoins infirment cette version.

Pour l’auteur de l’article, ce crime ne peut s’expliquer que dans le contexte du boom immobilier de San Francisco, qui a profondément modifié l’équilibre social de la ville. Depuis l’explosion de l’économie du secteur high tech, la ville a connu une arrivée massive de «techies». En conséquence, la ville qui avait attiré les tenants d’un mode de vie alternatif depuis les années 1960 est devenue inaccessible à de nombreux foyers. La hausse des prix a déstabilisé le tissu social de la ville: les travailleurs sociaux et de santé, les enseignants, les ouvriers et les activistes ont été déplacés, tout comme les membres des minorités ethniques et les personnes âgées.

Quant au procès, qui s’est tenu en mars, il s’est clos par un acquittement des accusés.

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