En Caroline du Nord, la «ségrégation sexuelle» des trans a commencé

Toilettes publiques | Mr.TinDC via Flickr CC License by

Toilettes publiques | Mr.TinDC via Flickr CC License by

Une nouvelle loi votée par les parlementaires républicains de Caroline du Nord prive les personnes trans de toilettes correspondant à leur identité de genre si elles ne sont pas pourvues de papiers d'identité conformes.

Les personnes trans en Caroline du Nord n’auront plus le droit d’aller dans les toilettes de leur choix. C’est le résultat d’une nouvelle loi votée par les parlementaires républicains de cet État mercredi 23 mars, qui rend illégale toute tentative de ces personnes d’entrer dans des toilettes correspondant à leur identité de genre si elles ne sont pas en possession de papiers conformes, rapporte le New York Times.

Cette loi, qui a été élaborée dans la précipitation, est une réponse à une ordonnance de la ville de Charlotte du mois de février autorisant explicitement les personnes trans à choisir des toilettes conformes à leur identité de genre, même si un autre sexe leur a été assigné à la naissance.

Croisade

Plusieurs États américains avaient essayé de faire passer des législations restrictives similaires, sans succès. C’est le cas du Tennesse, qui visait spécialement les étudiants. La proposition de loi n’a finalement pas rassemblé les suffrages nécessaires, notamment après l’audition et les témoignages de jeunes adultes transgenres qui ont raconté leurs difficultés quotidiennes. Le gouverneur du Dakota du Sud a mis son veto début mars à une mesure du même acabit qui avait obtenu les faveurs des députés et des sénateurs. Des lois ont aussi échoué en Floride et dans le Nevada.

Les toilettes publiques enflamment aussi bien des débats au niveau fédéral. En novembre 2015, l’ex-candidat à la primaire républicaine Ben Carson proposait des toilettes séparées pour les personnes transgenres. En août 2015, dans un geste précédant plusieurs décisions symboliques concernant les personnes trans, comme la nomination d’une personne trans chargée du recrutement, la Maison Blanche a adopté des toilettes de genre neutre et les démocrates ont annoncé en juillet plancher sur une proposition au niveau fédéral.

Angoisse

Pouvoir se rendre dans des toilettes conformes à leur identité de genre est une nécessité vitale pour de nombreuses personnes trans, particulièrement les adolescents et les jeunes adultes, les plus vulnérables. Ils ont entre deux et trois fois plus de risques de subir des violences sexuelles, verbales ou physiques que les jeunes hétéros, explique le chercheur Arnaud Alessandrin, contacté par Slate.fr. «Dans les témoignages sur cette question revient souvent l'aspect anxiogène des lieux sexués non mixtes (sport, toilettes)», explique-t-il. 

Une enquête publiée en 2015 montre que 6% des filles et 8% des garçons se sont fait retirer leurs vêtements de force durant leur scolarité. Or, «les témoignages tendent à prouver que ce sont les filles victimes de sexismes et les jeunes LGBT qui en sont les cibles, et que les vestiaires et toilettes en sont les théâtres», explique Arnaud Alessandrin, résultant en un «absentéisme fort des élèves trans et LGBT».

Discriminations

«Je ne suis jamais sereine lorsque que je me rends aux toilettes. Avant même d’entrer, j’ai déjà conçu une topographie mentale des dangers que je peux encourir et j’espère que l’étau de nervosité qui m’enserre le crâne ne s’est pas réellement matérialisé. Sinon, c’est sûr que je ne passerai jamais la porte», racontait sur Slate.fr fin février la journaliste Gabrielle Bellot.

«En vérité, personne n’est complètement en sécurité nulle part mais personne ne devrait avoir à ressentir le niveau d’angoisse que nous ressentons à l’idée de devoir, simplement, aller dans des toilettes publiques», concluait Gabrielle Bellot.

En interdisant l’accès des toilettes aux personnes trans, on assiste à des discriminations plus subtiles mais aussi plus intrusives, met en garde Clémence Zamora-Cruz, une des porte-paroles de l’Inter-LGBT :

«On ne nie pas l'identité de genre de personnes mais on les place en situation de “fraude”, “faute”, “criminalité”. Cela revient à faire une ségrégation sexuelle et d'identité de genre.»

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