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Donald Trump, un diplomate de café du commerce

Donald Trump en 2011 à Washington D.C. (États-Unis) | Gage Skidmore via Flickr CC License by

Donald Trump en 2011 à Washington D.C. (États-Unis) | Gage Skidmore via Flickr CC License by

S'il y a souvent un monde entre le programme d'un candidat et sa politique diplomatique, les grandes lignes qu'en a a tracée le candidat à l'investiture républicaine sont tout sauf rassurantes.

Sans surprise, Hillary Clinton a déclaré que Donald Trump, son principal concurrent républicain, serait un danger pour la sécurité des Etats-Unis s’il mettait en œuvre la politique étrangère qu'il a développée dans le Washington Post. A la lecture du verbatim de la rencontre entre Trump et les principaux éditorialistes du quotidien, on se convainc facilement que les propos de la candidate démocrate à la présidence ne sont pas de pure propagande.

Quand il a une opinion sur les affaires mondiales, le roi des casinos se distingue par son simplisme. Mais il a trouvé une parade pour masquer son ignorance. Il l’appelle «imprévisibilité». Il refuse de répondre aux questions précises pour laisser planer le doute dans l’esprit de l’adversaire sur ce qu’il ferait en tant que président des Etats-Unis. «Être prévisible, c’est mauvais», dit-il.

Il a quand même quelques idées. La première, c’est que l’Amérique doit d’abord s’occuper d’elle-même. L’argent des Américains doit servir à améliorer les infrastructures nationales, pas à faire du nation building à l’extérieur. Trump regrette que les Etats-Unis aient «construit des écoles en Irak» que des terroristes ont fait sauter la semaine suivante, «et on ne peut pas construire des écoles à Brooklyn». Il développe ce qu’en France à la fin des années 1950 on appelait le «cartiérisme», du nom d’un journaliste, Robert Cartier, qui avait inventé la formule «la Corrèze avant le Zambèze». Trump est un «paléo-isolationniste», explique un ancien diplomate français, une tendance récurrente aux Etats-Unis. Elle considère que les valeurs américaines ne sont jamais mieux défendues qu’à l’intérieur même du pays, sans qu’il soit besoin de chercher à les promouvoir à travers le monde. C’est ce qui distingue l’isolationnisme du néoconservatisme.

D’ailleurs, Donald Trump était hostile à la guerre d’Irak en 2003, «la plus mauvaise décision de l’histoire de notre pays», déclare-t-il au Washington Post. «Nous n’aurions jamais dû aller en Irak.» Mais une fois qu’on y était, il fallait y rester au moins «pour garder le pétrole», afin qu’il ne tombe pas dans les mains iraniennes, ce qui est, selon lui, en train de se produire.

Avec l’Iran, Barack Obama a conclu un accord qui est, explique le candidat à la nomination républicaine, «une des pires choses que j’ai jamais vu négocier». Un «mauvais accord pour Israël». Lui-même aurait une méthode de négociation plus expéditive: on aurait dit aux Iraniens avant la négociation, libérez nos prisonniers (cinq citoyens américains détenus en Iran ont été libérés au moment de la mise en œuvre de l’accord sur le programme nucléaire). Les Iraniens auraient dit «non». On aurait doublé les sanctions et on aurait eu nos prisonniers. On n’aurait jamais dû donner de l’argent aux Iraniens (Trump fait sans doute allusion à la mise à la disposition partielle des fonds bloqués dans les banques américaines), parce que ces ingrats s’en servent pour acheter des Airbus et pas des Boeing.

La Chine? «J'y ai vendu des appartements»

Trump apparaît comme un adepte de ce qu’on pourrait appeler par antiphrase la diplomatie économique, notamment avec la Chine. Il connaît bien ce pays, confesse-t-il au Washington Post. Il y a fait des affaires: «J’y ai vendu des appartements.» On lui dit que «ce n’est pas la même chose», mais il n’apparaît pas convaincu. Pour lui, ce sont les Etats-Unis qui ont «reconstruit» la Chine, avec de l’argent américain. Et maintenant, elle exporte plus qu’elle n’achète. Trump est prêt à imposer une taxe de 45% sur les exportations chinoises en direction des Etats-Unis, à la fois pour des raisons commerciales et politiques. Il faut obliger les Chinois à se retirer de la mer de Chine, lance-t-il. «Je ne pense pas que nous allons commencer la Troisième Guerre mondiale à cause de ce que font les Chinois», mais nous pouvons utiliser les échanges commerciaux pour exercer une pression.

À propos de Troisième Guerre mondiale, Trump la voit plutôt avec la Russie, bien qu’il éprouve une sympathie spontanée pour Vladimir Poutine. En tous cas, il est prêt à assumer le leadership «dans une éventuelle Troisième Guerre mondiale avec la Russie». Toutefois, en dehors de ce cas extrême, les alliés européens des Etats-Unis sont invités à se débrouiller tout seuls. Si «c’est une bonne chose» d’avoir l’Otan, il n’est pas question pour lui de continuer à dépenser «des centaines de milliards de dollars» pour aider des pays plus riches que les Etats-Unis à se défendre. C’est vrai de l’Europe, mais c’est vrai aussi de la Corée du sud, qu’il connaît bien pour «y faire de l’immobilier».

Il pourrait en dire autant de la lutte contre Daech. Il ne faut pas envoyer de troupes américaines pour combattre l’Etat islamique mais il faut soutenir d’autres pays pour qu’ils en envoient. Interrogé sur l’utilisation d’armes nucléaires tactiques contre Daech, Trump ne l’exclut pas catégoriquement: «Je ne le souhaite pas, répond-il. Je ne souhaite pas commencer le processus nucléaire.» Le magazine néoconservateur Weekly Standard, hostile à la candidature de Trump, souligne la différence entre «je ne souhaite pas utiliser l’arme nucléaire» et «je n’utiliserai pas l’arme nucléaire». Cependant, il ne faut pas faire à Trump de procès d’intention. Climatosceptique, il affirme que le plus grand danger pour l’humanité, ce n’est le réchauffement climatique mais les armes nucléaires: «On ne sait pas qui en a. On ne sait pas qui cherche à en avoir.»

Des conseillers inexpérimentés

Les déclarations de Donald Trump sur la politique étrangère relèvent soit de l’ignorance, soit de la conversation du café du commerce. Réagissant aux attentats de Bruxelles, il a répété ce qu’il avait déjà dit auparavant, à savoir qu’il fallait de nouveau autoriser le waterboarding, ce simulacre de noyade, pour obtenir des informations, et qu’il fallait même aller plus loin que la simulation.

Trump n’est pas le premier candidat à l’élection présidentielle américaine à faire preuve d’amateurisme sur les questions internationales. Pour s’en tenir à l’histoire récente, c’était aussi le cas de George W. Bush. Mais son père, lui-même 41e président des Etats-Unis, l’avait entouré d’une équipe de conseillers compétents et expérimentés. On ne saurait en dire autant des personnages dont les noms ont été cités pour la première fois par Trump.

Bien qu’il ait affirmé que la personne qu’il consultait le plus en politique étrangère, c’était lui-même, il a mentionné cinq noms. Isaac Chotiner, journaliste à Slate.com, a tenté d’en savoir plus. Le général à la retraite Keith Kellog a fait partie de l’administration provisoire en Irak après 2003. Joe Schmitz est un ancien de la société de sécurité privée Blackwater et auteur de «Sharia: The Threat to America», un rapport écrit pour le think tank conservateur Center for Security Policy. George Papadopoulos est un spécialiste du droit de l’énergie, ancien collaborateur de l’Hudson Institute, un think tank néoconservateur. Walid Phares est un «expert» du terrorisme, ancien conseiller de Mitt Romney, le candidat républicain à la présidence en 2012, et ancien conseiller des milices chrétiennes pendant la guerre civile au Liban. Enfin, Carter Page travaille dans le secteur éngergétique.

Il serait d’autant plus hâtif d’en tirer des conclusions que l’accession à la présidence et les événements changent les intentions d’origine, notamment en politique étrangère. George W. Bush était arrivé à la Maison Blanche avec un programme «modeste», tout en retenue dans l’utilisation de la puissance américaine à l’extérieure. On sait ce qu’il en est advenu. Les déclarations et l’entourage de Donald Trump n’en sont pas pour autant rassurants.

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