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Chez de jeunes singes, les risques d'infanticide sont un facteur décisif de croissance

Papio anubis | via Wikimedia CC License by

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Si certains grandissent plus rapidement que d'autres, c'est pour éviter de se faire tuer par des mâles adultes.

Au sein d'une même espèce animale, le développement des petits peut varier de manière très significative. Des différences –qu'elles relèvent d'une avance ou d'un retard de croissance– pouvant avoir des répercussions considérables tout au long de la vie de l'individu. Ces variations sont dues à la diversité physiologique et/ou comportementale des petits eux-mêmes –pour tout ce qui relève, par exemple, de la prise calorique–, mais aussi à la capacité qu'ont les femelles d'adapter leur investissement maternel afin de maximiser leur propre succès reproductif.

Pour la première fois dans l'histoire de la primatologie, une étude menée par une équipe de scientifiques travaillant au Canada et au Japon vient de montrer que l'infanticide était le premier facteur de variation du développement infantile chez un cercopithécidé, devant les risques vitaux que représentent les prédateurs ou même la compétition entre femelles pour l'accès aux ressources alimentaires.

«L'infanticide est un phénomène qui survient chez beaucoup d'animaux», explique Iulia Bădescu, co-auteure de l'étude et chercheuse en anthropologie biologique à l'Université de Toronto. On l'observe chez des «carnivores, comme les lions ou les ours, des rongeurs, comme les souris, et chez des primates».

«En général, précise Bădescu, un mâle va tuer le petit d'un autre mâle pour pouvoir s'accoupler avec la femelle et engendrer sa propre descendance».

Les jeunes mâles premiers concernés

C'est au terme de huit années d'observations, menées auprès de huit groupes de singes vivant dans la réserve ghanéenne de Boabeng-Fiema, que les scientifiques ont pu établir les faits suivants : plus un petit colobe magistrat (Colobus vellerosus) risque de se faire tuer par un mâle adulte, plus il grandira vite. À l'inverse, s'il est relativement protégé de la violence masculine, alors il prendra son temps pour se développer.

À la naissance, les bébés colobes sont blancs. Après quelques semaines, leur pelage passe au gris, puis ils prennent leur toison d'adulte –noire et blanche– entre deux et cinq mois. Une transition chromatique bien utile pour les chercheurs qui ont pu surveiller la croissance des petits singes sans trop les déranger.

Le phénomène n'est pas sans spécificités sexuelles: les petits mâles grandissent plus vite que les petites femelles, et d'autant plus vite que les mâles adultes de leur groupe sont nombreux. En effet, les petits mâles ont toujours plus de risque d'être victimes d'infanticide que les petites femelles, car ils entravent le succès reproductif des mâles adultes de deux manières: ils bloquent l'ovulation de leur mère et ils seront des rivaux une fois leur maturité sexuelle atteinte. Les petites femelles, au contraire, sont génétiquement moins dangereuses pour les mâles adultes, vu qu'elles pourront devenir des partenaires une fois fertiles.

Relations sociales affectées

«Nous savons que l'infanticide est le résultat d'une course à l'armement évolutive», ajoute Pascale Sicotte, directrice du département d'anthropologie de l'Université de Calgary, et autre coauteure de l'étude.

«Dans les espèces où il [l'infanticide, ndlr] survient le plus souvent, cela peut jouer un rôle indéniable sur la nature des relations sociales entre mâles, mais aussi entre mâles et femelles».

Qu'on se rappelle en effet des travaux menés sur les langurs par l'anthropologue américaine Sarah Blaffer Hrdy au début des années 1970. Ces travaux allaient être les premiers à mettre en évidence une certaine banalité de l'infanticide chez des primates en disloquant, au passage, pas mal de certitudes relatives à la «passivité» sexuelle des femelles.

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