Attentats de Bruxelles, crashs de la Malaysia: des miraculés fabriqués par les médias?

Une photo de Mason Wells publiée sur twitter.

Une photo de Mason Wells publiée sur twitter.

L'histoire du mormon Mason Wells, rescapé des attentats de Bruxelles, a été largement reprise. Ce n'est pas la première fois qu'une histoire de miraculé ayant frôlé la mort à plusieurs occasions émerge sur internet. Non sans prendre quelques libertés avec la réalité.

Souvenez-vous. En juillet 2014, les médias du monde entier attiraient notre attention sur l’homme le plus chanceux du monde, un cycliste néerlandais qui avait évité de justesse de prendre coup sur coup les deux vols de la Malaysia Airlines qui se sont crashés à quelques mois d’intervalle: le vol MH17 (Amsterdam-Kuala Lumpur) touché par un missile alors qu’il survolait l’Ukraine et le vol MH370 (Kuala Lumpur-Pékin), disparu alors qu’il sortait de l’espace aérien malaisien.

Une histoire qui rappelle étrangement l’engouement médiatique pour le jeune mormon américain, Mason Wells, blessé par une des deux explosions de l’aéroport de Bruxelles le 22 mars, alors qu’il accompagnait une missionnaire en compagnie de deux de ses compatriotes et coreligionnaires, lesquels ont également été blessés. À en croire les informations qui tournent en boucle, le jeune homme, qui souffre de plusieurs brûlures et a été touché au talon, est un miraculé, qui avait déjà réchappé aux attentats de Boston en 2013 et de Paris en 2015.


Sauf que dans les deux cas, l’histoire est un peu plus complexe, et la proximité avec la mort un peu plus lâche qu’annoncé. Le cycliste néerlandais, Maarten de Jonge, n’avait en réalité volé ni le même jour que le crash du MH17, ni sur la même compagnie, même s’il avait effectivement envisagé cette possibilité, parce que sa mère et un ami auraient pu l’amener à l’aéroport d'Asmterdam de ce jour-là. En revanche, le cycliste a bien volé le même jour que le crash du MH370, et a bien décollé de Kuala Lumpur, mais sa destination finale était Taipei, à 2.500 kilomètres de la destination du vol disparu…

Dans une autre partie de Paris ou à deux heures des attaques?

Qu’en est-il de Mason Wells? «C’est la troisième fois que, malheureusement, nous sommes liés à une explosion», a raconté sur ABC News le père de Mason, Chad Wells. La formulation est très générale et on comprend bien l’émotion du père. Mais cette proximité a peut-être été amplifiée pour constituer le récit imaginaire de l’homme qui a trompé la mort par trois fois. 

Certes, Mason Wells se trouvait bien à un pâté de maisons, si on en croit le témoignage de sa famille, lorsque l’explosion a retenti près de la ligne d’arrivée du marathon, auquel sa mère participait. Comme beaucoup de monde.

Frôler la mort deux fois, c’est déjà pas mal: trois fois, c’est encore plus spectaculaire. Cette triplette n’a pourtant émergé que progressivement dans les médias. Le 22 mars, une dépêche Associated Press depuis Salt Lake City (dans l'Utah dont sont originaires les trois Américains blessés) cite un ami de la famille Wells, selon lequel Mason se trouvait près du lieu de l’explosion du marathon de Boston. L’article évoque la mission du jeune homme, à Paris depuis vingt mois, et les attentats de novembre, sans que cette coïncidence soit relevée comme pouvant constituer un miracle. 

Un article publié sur le site de Fox News le même jour, se contente d’indiquer que le jeune homme se trouvait «à deux heures de Paris pendant la série d’attaques contre la ville en novembre dernier». Un article du Guardian publié le 23 mars après minuit nous apprend que selon le témoignage de la famille sur NBC News, il se trouvait à Paris«bien que dans une autre partie de la ville» au moment des attaques. Mais l'article de ABC, qui a recueilli le témoignage du père, titre sur le fait que le jeune homme a «frôlé pour la troisième fois le terrorisme». Franchissant ainsi le cap du triple évitement qui va rapidement se répandre sur l'internet mondial.


En juillet 2014, Slate.com avait démonté dans un article le «bobard planétaire» relayé à propos du cycliste néerlandais, notant qu’«à l’ère de l’internet, un héros local peut devenir une histoire mondiale dans la nuit.» L’histoire du miraculé américain n’est pas très éloignée: elle repose sur un ensemble d’approximations et d’exagérations qui, en bout de course, aboutissent à une histoire parfaite –mais déformée. Reste que pour Mason Wells, «cette fois, c’est passé vraiment près», remarque sa mère dans une interview. Et personne ne dira le contraire.

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