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Les attentats de Bruxelles, preuve de la déroute et aussi du succès de Daech

Policiers devant la station de Maelbeek, à Brussels, le 23 mars 2016 | THIERRY ROGE/Belga/AFP

Policiers devant la station de Maelbeek, à Brussels, le 23 mars 2016 | THIERRY ROGE/Belga/AFP

Selon les experts, les attentats terroristes du 22 mars soulignent les faiblesses ou bien la puissance de l’État islamique.

Après les attentats du 13 novembre à Paris, certains experts ont expliqué que ce type d’attaque montrait la faiblesse de Daech –qui réagissait ainsi à ses défaites en Irak et en Syrie– alors que d’autres ont expliqué que cette nouvelle stratégie révélait les ambitions d’une organisation voulant étendre son influence à l’international. De mêmes analyses contradictoires ont fait surface après les attentats à Bruxelles le 22 mars.

Un article signé par Colin Freeman, le chef du service étranger du quotidien anglais The Telegraph était titré: «Ne paniquez pas: les attaques à Bruxelles montrent que Daech est en train de perdre sa guerre en Occident». Pour Colin Freeman,  le fait que Daech ait utilisé des membres du réseau de Salah Abdeslam, qui a coordonné les attaques à Paris en novembre, pour commettre ces nouveaux  attentats montre que l’organisation n’a pas réussi à beaucoup recruter parmi les jeunes musulmans d’Europe:

«Ce que Daech voulait vraiment, c’était encourager un soulèvement de “loups solitaires”, de façon à ce que la guerre contre les “croisés” soit menée par des amateurs aussi bien que des professionnels.»

Or, à part le meurtre du soldat britannique Lee Rigby, commis en mai 2013 par un Anglais radicalisé, ce genre d’attaque est resté rare, signe selon lui que Daech n’inspire pas tant que ça.

Résilience

Un article de The Atlantic cite quant à lui l’expert en terrorisme Robert Pape, qui explique que les attaques de Daech hors d’Irak et de Syrie sont une réaction aux pertes territoriales de l’organisation, notamment dues aux bombardements de la coalition menée par les États-Unis et aux attaques des combattants kurdes. Selon la revue de sécurité internationale IHS Jane’s, l’État islamique a en effet perdu 22% de son territoire depuis septembre 2015. En bref, moins Daech est puissant en Irak et en Syrie, plus le groupe a tendance à frapper à l’étranger. Robert Pape a étudié toutes les attaques-suicides depuis 1982 et a trouvé que, dans la majorité des cas, les groupes qui organisent ces attaques réagissent à des pertes territoriales.

L’étude de ce contexte plus large met en lumière certaines faiblesses de l’EI mais, comme le rappelle un article du Financial Times, les attaques de Bruxelles montrent aussi la résilience de Daech.

Selon l’expert en terrorisme John Drake, cette attaque quelques jours après l’arrestation de Salah Abdeslam indique une capacité à coordonner une attaque complexe très rapidement:

«Cela suggère un un bon niveau d’expertise et d’entraînement. Il a fallu entreposer les explosifs, par exemple. Et il y avait aussi un très haut degré de discipline en ce qui concerne les communications entre membres.»

Rien que le fait qu’Abdeslam ait réussi à rester caché pendant quatre mois avant son arrestation à Molenbeek montre qu’il bénéficiait d’un soutien logistique très sophistiqué.

Sur le site d’Al Arabiya, Rémi Piet, qui est professeur à l’université du Quatar, écrit que les attaques de Bruxelles montrent que l’Europe avait sous-estimé les capacités des Daech. Les attentats de mardi 22 mars «prouvent que Daech peut compter sur un plus grand nombre de militants que ce que l’on croyait» et que l’organisation est capable de planifier des attaques dans un pays pourtant placé sous alerte. 

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