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Pourquoi Bruxelles n'était pas en niveau d'alerte maximale?

23 mars 2016 à Bruxelles PATRIK STOLLARZ / AFP

23 mars 2016 à Bruxelles PATRIK STOLLARZ / AFP

Dans un climat pourtant tendu, le niveau d'alerte était passé de 4 à 3 en novembre dernier.

A-t-on sous-estimé la menace? C'est une question qui se pose après les terribles attentats qui ont frappé la capitale belge mardi 22 mars, et fait 34 morts et plus d’une centaine de blessés. «Ce que nous redoutions s'est réalisé», a déclaré le Premier ministre Charles Michel. Un attentat était redouté depuis plusieurs mois par les autorités belges. Depuis les attentats de Paris en novembre 2015, le gouvernement fédéral avait déployé des mesures de sécurité exceptionnelle pour faire face à ce risque. Des mesures qui n’auront pas été suffisantes pour empêcher les attaques du métro et de l’aéroport.

En Belgique c’est un organe indépendant du gouvernement qui détermine le niveau de menace terroriste. L’Ocam (Organisation de coordination et d’analyse de la menace) se base sur les rapports des services de renseignements, de la police fédérale et du parquet pour déterminer ce niveau et en informe régulièrement le gouvernement. Ce niveau va de 1 à 4. 

Dans la nuit du vendredi 20 au samedi 21 novembre derniers, l'alerte était passée du niveau 3 au niveau 4, celui celui qui qualifie la menace de «sérieuse et imminente». Charles Michel avait précisé que le relèvement du niveau de la menace était «lié à des risques d’attentats avec des armes et des explosifs, peut-être en plusieurs endroits, les cibles de ces attaques potentielles étant les centres commerciaux, les rues commerçantes et les transports» selon Libération. La capitale était alors devenue ville morte. Et puis il ne s'était rien passé.

Et puis le 26 novembre, l'OCAM avait réévalué le niveau de la menace, repassant au niveau 3 pour l'ensemble du pays, un niveau indiquant une «menace sérieuse» mais au «caractère imminent moins présent.»

Malgré l’arrestation de Salah Abdeslam, vendredi 18 mars, l’Ocam a décidé de maintenir le niveau d’alerte à 3.

Remise en cause

Pourquoi ne pas avoir relevé le niveau d’alerte? «Nous savions que quelque chose pouvait se passer. C’est pour cela que nous avions maintenu l’alerte au niveau 3. Cela voulait dire qu’il y avait une possibilité d’attentat. Mais nous n’avons jamais voulu croire que cela aurait une envergure pareille» a indiqué le ministre belge de l’Intérieur Jan Jambon à la RTBF. Des détonnateurs ont pourtant été retrouvés dans l’appartement de Forest, où étaient planqués Abdeslam et ses complices jusqu’à la spectaculaire opération de police du 15 mars où il avait réussi à prendre la fuite. Des détonateurs et des armes, qui donnaient à penser que quelque chose se préparait. «Quand on trouve des combattants étrangers avec des armes lourdes dans une maison, je ne pense pas que ce soit pour un pique-nique»… avait déclaré le Procureur fédéral au journal Le Soir la veille des attentats.

L’atmosphère en Belgique est pourtant à l’unité nationale. Au lendemain des attaques, dans la classe politique, tout le monde se sert les coudes. Et il en est de même dans la population, où peu de voix s’élèvent à ce stade pour remettre en cause le travail de l’Ocam. «Le risque zéro n’existe pas» expliquait le soir suivant les attentats l’une des participantes au rassemblement place de la Bourse:

«Ils peuvent bien surveiller tout le monde, il y aura toujours des gens qui parviendront à passer dans les mailles du filet.»

Toujours est-il que le travail de l’Ocam est dans le viseur du comité permanent de contrôle des services de renseignement au sein du parlement belge. Le 22 mars, le jour des attentats, les parlementaires devaient en effet discuter en huis clos d’un rapport d’audit remettant clairement en cause les méthodes d’analyse de l’Ocam quand au danger potentiel émanant de djihadiste étrangers de retour de Syrie. Selon ce rapport, dont la presse belge s’est fait l’écho lundi, la veille des attentats, l’Ocam aurait rarement respecté ses propres règles d’analyse en la matière.

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