Partager cet article

Nous ne sommes pas belges

Une femme vient pour déposer des fleurs près de la station de métro bruxelloise Maelbeek le 23 mars 2016, au lendemain des attentats terroristes | KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Une femme vient pour déposer des fleurs près de la station de métro bruxelloise Maelbeek le 23 mars 2016, au lendemain des attentats terroristes | KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Le sentiment d’unité de l’Occident, encore perçu il y a quelques mois lors des attentats parisiens, vient de mourir.

Londres

Le 11 septembre 2001, j’étais à Londres et il était impossible de téléphoner chez moi parce que les lignes étaient coupées. À cette époque d’avant les smartphones, il était tout aussi impossible de savoir ce qu’il se passait à moins d’être à proximité d’un écran de télévision. Alors que j’étais totalement coupée de mon monde, je me suis sentie entourée d’amis. Dès qu’ils entendaient mon accent, les vendeurs dans les magasins et les chauffeurs de taxi demandaient des nouvelles de mes parents: est-ce que j’avais réussi à les joindre? est-ce qu’ils pouvaient m’être utiles en quoi que ce soit? Ce soir-là, le parti des Tories annula l’investiture de son candidat; le chancelier allemand évoqua «une guerre contre tout le monde civilisé». Les ambassadeurs de l’Otan, réunis à Bruxelles, invoquèrent unanimement le traité de l’Otan: une attaque contre un des États-membres était une attaque contre tous les autres.

Le 22 mars 2016, j’étais de nouveau à Londres et j’ai vu une autre génération de terroristes islamiques perpétrer une nouvelle série d’attentats coordonnés à Bruxelles, capitale de la Belgique, de l’Union européenne et QG de l’Otan. Cette fois, impossible de ne pas suivre les informations et de ne pas voir les photos des événements, presque en temps réel. Impossible également de ne pas remarquer les réactions, qui sont arrivées bien plus vite qu’autrefois. Certaines rappelaient 2001. Un drapeau belge a été hissé au-dessus du 10 Downing Street, la résidence du Premier Ministre britannique; les présidents de la France et des États-Unis ont presque immédiatement manifesté leur soutien au gouvernement belge.

Mais, parmi ces premières réactions, il y a aussi eu un ton nouveau, un ton absolument absent en 2001, et qu’on ne décelait même pas après les attentats de Paris en novembre 2015. 

La dissuasion nucléaire demande des réactions coordonnées entre alliés; les barbelés ne peuvent rien contre une cyber-attaque

Au lieu d’appeler à la solidarité contre une menace commune, un porte-parole du parti britannique anti-européen Ukip a déclaré que les frontières ouvertes de l’Europe étaient «une menace pour notre sécurité», alors même que le Royaume-Uni ne fait pas partie de l’espace Schengen. Un journaliste du Daily Telegraph a qualifié Bruxelles de «capitale djihadiste de l’Europe» et raillé ceux qui appellent à rester à l’intérieur de l’UE pour des raisons de sécurité. Pendant ce temps, les médias américains se démenaient pour obtenir des réactions sur le vif de Donald Trump, qui venait juste de dire au Washington Post qu’il ne voyait pas l’intérêt de l’Otan, qui «coûte une fortune» aux États-Unis. Il a été à la hauteur de ce qu’on attendait de lui: «Nous devons être très prudents et très vigilants sur ceux que nous laissons entrer dans ce pays.»

Stupide isolationnisme

Des deux côtés de l’Atlantique, l’isolationnisme est désormais un fait incontournable de la vie politique. Bien qu’elle soit présentée de manière différente en fonction du lieu, l’idée illogique que «mon pays sera davantage en sécurité» s’il se retire de ses alliances internationales est en train de gagner du terrain.

Peu importe que la Grande-Bretagne partage constamment des renseignements sur le terrorisme avec le reste de l’Europe via les institutions de l’Union européenne. Peu importe que les États-Unis travaillent avec les alliés de l’Otan pour dépister les opérations terroristes et déjouer les attaques ou que cela leur permette de réaliser des gains immenses en matière de sécurité et de bénéfices économiques. Peu importe que, de nos jours, très peu de menaces contre la sécurité puissent être arrêtées par des gardes-frontières. Tous les attentats terroristes de ces derniers temps au Royaume-Uni ont été perpétrés par des citoyens britanniques (ou irlandais), pas par des étrangers; la dissuasion nucléaire demande des réactions coordonnées entre alliés; les barbelés ne peuvent rien contre une cyber-attaque. Les isolationnistes étroits d’esprit qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez ignorent la raison et la logique et leur substituent la panique et la peur.

Bien entendu, on peut trouver des raisons à ce revirement: la décision catastrophique de la chancelière allemande Angela Merkel d’«inviter» apparemment les migrants syriens en Europe en 2015 a mis de nombreux Européens mal à l’aise et leur a donné l’impression de se laisser déborder. Les photos de la guerre en Syrie et des camps de réfugiés en Grèce dérangent même des gens qui vivent dans des pays comme les États-Unis, qui n’ont pas accepté de grands nombres de réfugiés. Mais ce sont là des explications, pas des excuses, de la stupidité de l’isolationnisme.

Nous n’avons pas le choix: la seule manière de combattre le djihadisme est d’utiliser nos alliances militaires, économiques et politiques existantes. Et l’unique façon de nous assurer d’un soutien international à l’avenir, lorsqu’une tragédie surviendra sur le sol américain –ce qui ne manquera pas d’arriver– est d’offrir notre aide lorsque, comme en ce moment, une tragédie frappe un pays allié.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte