France

Sécurité routière: les limites du tout répressif

Didier Laurens, mis à jour le 13.10.2009 à 6 h 56

La seule répression et les radars ne permettent plus d'améliorer la sécurité. Il faut améliorer l'éducation des conducteurs et leur formation, mais c'est moins simpliste, plus coûteux et les effets ne sont pas immédiats.

Avec 393 morts, le nombre de décès sur les routes a bondi de 17,7% au mois de septembre 2009 par rapport à septembre 2008 pour le troisième mois consécutif et l'on ne voit pas quelle nouvelle mesure pourrait enrayer cette évolution.

Bien sûr de nouvelles mesures, sont demandées par les thuriféraires de la sécurité routière et le gouvernement qui prévoit d'installer plusieurs centaines de nouveaux radars automatiques, y consent.

Dominique Bussereau, secrétaire d'État chargé des Transports, a d'ailleurs fait savoir qu'il  «dialogue» avec les associations de lutte contre l'insécurité routière. Le gouvernement apportera des réponses concrètes - comprendre de nouvelles sanctions - à la situation dans le trimestre, a promis Matignon.

Le problème est que cette politique du tout répressif a trouvé aujourd'hui ses limites après sept années de baisse de la mortalité routière. Les trains de mesures succèdent aux trains de mesures sans parvenir à imposer la vertu. Les radars flashent, mais, les maladresses commises à la vitesse réglementaire provoquent aussi des drames.

Logique: après avoir appris à rouler, il faut désormais que les automobilistes apprennent à conduire. Car, derrière un volant, on trouve un être fini confronté à un nombre de situations infinies contre lesquelles la signalétique et les cinémomètres ne peuvent rien. Dans ces moments, seuls jouent la jugeote et les réflexes conditionnés.

Il est étonnant que les pouvoirs publics n'imposent pas aux assureurs de mettre en place une sorte de formation permanente du conducteur. Des travaux pratiques, utiles, obligatoires. Pourquoi ne pas demander aux compagnies de financer des stages de conduite sur route mouillée? Ou encore des formations apprenant, par exemple, à réaliser un évitement d'urgence? Si les motards de la gendarmerie ne tombent que rarement, c'est parce qu'ils ont appris à se servir de leur machine. Il est grand temps que ce principe s'applique à toutes les catégories de conducteurs.

Ces stages de formation permettraient de récupérer des points ou, pourquoi pas, d'obtenir un bonus supplémentaire. Pour une fois, la carotte se substituerait au bâton.

La politique coercitive que le gouvernement mène depuis la fin des années 70, a, certes, eu des effets positifs. L'anecdote peut surprendre, mais, il y a encore trente ans, le fait d'être sous l'emprise de l'alcool lors d'un d'accident jouait comme une circonstance atténuante. Le fait d'être ivre dédouanait en quelque sorte le conducteur de son défaut de vigilance!  Et, il est probable que, sans la peur du gendarme, les pochards circuleraient toujours aussi nombreux. Il faut donc surveiller, punir, mais aussi éduquer. C'est la prochaine bataille de la route.

Elle consistera à démontrer que sécurité routière s'apprend aussi dans les écoles de conduite. Qu'on doit expliquer aux automobilistes qui mettent un coup de patin en ligne droite quand ils dépassent la vitesse réglementaire, que lever le pied aurait suffit. Que les nationales encombrées par des chicanes mobiles où les véhicules se suivent sont dangereuses puisqu'elles multiplient les risques de collision en chaîne et que, si la signalisation le permet, doubler n'est pas un crime. Que la bonne conduite consiste à regarder loin devant soi et pas seulement l'aiguille de son compteur de vitesse. Bref, que la sécurité routière n'est pas synonyme d'infantilisation mais d'éducation et qu'elle n'interdit pas le plaisir de conduire.

Didier Laurens

Image de Une: Reuters

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