Dionaea muscipula, la plante carnivore qui sait compter jusqu'à 5

Dionaea muscipula | Jason via Flickr CC License by

Dionaea muscipula | Jason via Flickr CC License by

Pour la première fois, la capacité de numération semble avoir été observée chez un végétal

Une découverte de taille. La dionée attrape-mouche (Dionaea muscipula) était déjà la plante carnivore la plus connue au monde. Une récente étude parue dans la revue Current Biology promet d'ajouter encore à son pouvoir de fascination. Menée par une équipe de quinze chercheurs dirigés par Jennifer Böhm (université de Tasmanie) et Sönke Scherzer (université de Würzburg), celle-ci laisse entendre que la dionée attrape-mouche posséderait un semblant d'intelligence numérative comparable à celle d'un nourrisson de 18 mois.

En l'espèce, la plante sait visiblement faire la différence entre une et cinq vibrations sur ses poils. À une vibration, les mécanosenseurs –les cellules détectrices de mouvement– vont s'activer, sans pour autant générer de mouvement des feuilles. À deux vibrations, par contre, l'acide jasmonique –une phythormone que d'autres plantes secrètent quand elles sont attaquées par des nuisibles– va «ordonner» aux feuilles de lentement se refermer. Mais l'essentiel survient entre 3 et 5 vibrations: c'est ce qu'il faut pour que les gènes des hydrolases –les enzymes qui vont «digérer» l'insecte– se mettent en branle, une expression proportionnelle au nombre de stimulations mécaniques.

Économie d'énergie

Comme l'explique, sur France Inter, le botaniste Olivier Escuder, du Muséum national d’histoire naturelle, la dionée est effectivement capable de percevoir une quantité, vu que c'est à la fois le nombre et la succession des stimulations qui enclenchent (ou non) le processus de capture-digestion. Une technique permettant à la dionée d'économiser son énergie. Vivant dans les tourbières et les marais acides de Caroline du Nord et de Caroline du Sud, à l'est des États-Unis, elle a tout intérêt à ne pas s'exciter trop vite pour un coup de vent, une goutte de pluie ou un insecte qui s'est déjà fait la malle.

Dès le XVIIe siècle, les naturalistes se sont passionnés pour cette petite herbacée et ses doubles feuilles «poilues» qui piègent les insectes, avant d'en pomper la substantifique moelle –processus prenant en moyenne deux à trois semaines, mais qui varie évidemment en fonction de la taille de la proie. Darwin voyait dans la dionée attrape-mouche «l'une des plantes les plus merveilleuses au monde». Encore une preuve que le naturaliste anglais était pour le moins perspicace.

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