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Quatre mois de rumeurs autour de la planque de Salah Abdeslam

Des policiers belges postés à Molenbeek-Saint-Jean près de l'appartement où a été retrouvé Salah Abdeslam. JOHN THYS / AFP

Des policiers belges postés à Molenbeek-Saint-Jean près de l'appartement où a été retrouvé Salah Abdeslam. JOHN THYS / AFP

Interpellé ce 18 mars, l’un des terroristes présumés des attentats du 13 novembre, qu'on a parfois cru en Syrie, a été retrouvé à Molenbeek.

Salah Abdeslam, suspecté d'avoir activement participé aux attentats terroristes de Paris et Saint-Denis, le 13 novembre dernier, a été arrêté, vendredi 18 mars, à Molenbeek (Belgique) à la suite d'une opération antiterroriste.

En début de semaine, un appartement avait été perquisitionné à Forest, au sud de Bruxelles. Lors d’une fusillade avec les occupants de l’habitation, un suspect armé d’un fusil d’assaut avait été tué. Il s’agissait de Mohamed Belkaid, ressortissant algérien suspecté d’avoir été impliqué dans la logistique des attaques à Paris. Deux personnes également présentes dans l’appartement avaient néanmoins réussi à prendre la fuite et le parquet fédéral belge avait annoncé que des traces ADN de Salah Abdeslam avaient été retrouvées sur un verre situé dans l’habitation.

Les premiers commentaires consécutifs à cette intervention soulignent l’incongruité de la découverte de l’homme le plus recherché d’Europe, depuis plus de quatre mois, aussi près de la France. En effet, Salah Abdeslam, notamment suspecté d'avoir convoyé les trois kamikazes du Stade de France, a vu sa destination après les attaques faire l’objet de toutes les hypothèses inimaginables et de moins en moins de monde l'imaginait encore en Belgique.

Après la fuite en Belgique, la piste syrienne

La piste de la fuite vers la Belgique, et Molenbeek en particulier, avait vite été soulevée par les médias. Deux hommes proches d’Abdeslam sont venus le chercher dans la nuit du 13 au 14 novembre pour le ramener en Belgique, échappant à un contrôle sur le chemin du retour à Cambrai (Nord). Une chasse à l’homme est lancée après son signalement à Interpol. On apprendra plus tard qu’il a réussi à échapper à trois contrôles.

Les médias s’interrogent vite sur sa possible fuite en dehors de l’Europe. Fin novembre, Valeurs Actuelles diffuse des extraits d’un procès-verbal relayant un supposé échange téléphonique entre Abdelhamid Abaaoud, organisateur des attaques, et Salah Abdeslam. Ce dernier lui aurait alors déclaré qu’il avait réussi à fuir en Syrie. Une enquête avait alors été lancée contre le journal. Les chaînes américaines CNN et ABC citent des sources proches de l’enquête allant également dans ce sens. D’autres informations laissent aussi croire qu’il a fui par l’Allemagne ou qu’il a contacté des amis par Skype pour qu’ils l’aident à rejoindre Daech. «Même si Salah Abdeslam a raté, cela ne veut pas dire qu'il n'est pas le bienvenu à Raqqa. Il ne serait pas considéré comme un déserteur vu qu'il a participé à l'opération. Après, cela reste un cas inédit», expliquait à l’époque le journaliste David Thomson, spécialiste des mouvements djihadistes, à L'Express.

Dans les jours qui suivent, les informations, parfois contradictoires, se multiplient sur son rôle dans la préparation des attentats et surtout sur son parcours depuis le 13 novembre. La Belgique va alors mener de nombreuses perquisitions dans la région bruxelloise et à Molenbeek en particulier. On apprend ainsi, mi-décembre, qu’Abdeslam a pu profiter d’un déménagement et d’un ami brocanteur pour s’échapper de la ville en fourgonnette. Mais à chaque nouvelle bribe d’information, rien n’est confirmé et le brouillard s’épaissit autour de sa localisation. Certains vont commencer à se demander s’il n’est pas mort dans sa fuite, y compris son propre frère Mohamed Abdeslam

Finalement, des empreintes ADN réorientent l'attention vers Bruxelles

Début janvier, le parquet belge annonce qu’une empreinte a été trouvée dans un appartement de Bruxelles le 10 décembre 2015. Mais comme l’explique alors à l’AFP un porte-parole du parquet, Eric Van Der Sypt, «nous avons trouvé l'empreinte mais nous n'avons pas d'idée de quand elle a été laissée. Une empreinte ne comporte pas de date ou d'heure». Mais là encore, toujours pas de piste sérieuse dans la traque et Abdeslam fait toujours partie des fugitifs les plus recherchés d’Europe.

Par la suite, de nombreuses critiques surgissent contre la Belgique. D’un côté, la police est accusée d’avoir raté Abdeslam à Bruxelles durant les trois semaines suivant les attentats et l’on apprend que la justice a classé sans suite une enquête contre l’homme en juin 2015. «Ses vieux copains ont créé une espèce de fratrie tout à fait négative», explique l’ancien maire de Moleenbek, Philippe Moureaux, à BFMTV le 19 février. «Il se cache certainement quelque part, mais ça peut être dans les milieux terroristes comme ça peut être dans un milieu de vieux copains, qui se croient obligés de protéger le criminel.»

Ces derniers jours, avant les différentes opérations menées par la police belge, une dernière rumeur laissait croire qu’il était passé par Amsterdam. Finalement, l'homme le plus recherché de France est donc resté dans ce quartier qu'il connaissait bien et a pu, grâce à l'aide de proches, rester plus de quatre mois caché dans une ville quadrillée par la police. 

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