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Pleurer au travail n'est pas honteux

Temps de lecture : 2 min

Les femmes sont encore trop victimes de culpabilisation et de sexisme quand elles craquent.

Barack Obama en larmes lors de son discours sur les morts par arme à feu, à la Maison Blanche, à Washington, le 5 janvier 2016 | REUTERS/Carlos Barria
Barack Obama en larmes lors de son discours sur les morts par arme à feu, à la Maison Blanche, à Washington, le 5 janvier 2016 | REUTERS/Carlos Barria

Ce jour-là, elle avait commis une grave erreur. Une erreur qui avait trouvé un écho dans les médias locaux et faisait une très mauvaise publicité à la multinationale pour laquelle elle travaillait. Alicia Rockmore subit alors la cruauté de ses collègues qui lui reprochent sa faute. Au site Marie-Claire, elle expliquera avoir «pleuré la plupart de cette journée». «J'ai senti qu'il y avait des répercussions, cela a créé chez moi le sentiment que je ne serais à mon aise plus dans le moule de l'entreprise.»

Si elle a su rebondir par la suite en créant sa propre entreprise, cette journée lui a montré à quel point il est difficile d'afficher ses faiblesses lorsque l’on travaille. Employeurs, collègues… chacun attend de l'autre qu'il soit fort. Car Alicia Rockmore n’est évidemment pas la seule à subir ce genre de pressions émotionnelles insoutenables, il arrive souvent que des employés s’enferment aux toilettes pour craquer ou se mordent les lèvres devant leur poste pour éviter tout sanglot.

41% des femmes avouent avoir déjà pleuré au travail contre 9% des hommes

Et le problème est plus répandu chez les femmes que chez les hommes. Le site The Atlantic raconte que dans son livre It’s Always Personal: Navigating Emotion in the New Workplace, Anne Kreamer a mené un sondage auprès de 700 personnes et a découvert qu'aux États-Unis 41% des femmes ont avoué avoir déjà pleuré au travail, contre seulement 9% des hommes. Une partie de la réponse à cette différence est hormonale (la testostérone inhibe les larmes chez les hommes alors que la prolactine produite par la femme semble les promouvoir). Mais comme le précise The Atlantic, la question du sexisme au travail pèse évidemment dans la balance quand les femmes sont confrontées à un «problème»:

«Quand les femmes font face à une “situation problématique et réagissent avec colère, elles sont souvent sanctionnées pour cela. Dans les études réalisées, on estime que les hommes colériques méritent un meilleur statut, un salaire plus élevé, et sont considérés meilleurs à leur travail que les femmes colériques. Les femmes ont aussi tendance à plus intérioriser leurs émotions […] alors que les hommes les extériorisent ou les projettent.»

De ce fait, les femmes ont tendance à pleurer quand les hommes décident de s’énerver. Kimberly Elsbach, professeur de management à l’université de Californie, mène actuellement une étude justement pour comprendre ce phénomène dans le monde travail. Alors qu’une femme qui pleure donne l’impression à ses collègues qu’elle ne peut pas supporter la pression ou qu’elle tente de les «manipuler» pour obtenir de l’aide, un homme qui pleure laisse penser que quelque chose de terrible lui est arrivé et s’attire souvent la sympathie des autres employés. Et dans le monde du travail, toujours dominé par les hommes, ce paradigme ne risque pas de changer de sitôt.

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«La solution, semble-t-il, écrit The Atlantic, est de normaliser le fait de pleurer pour tout le monde. […] Les hommes ne devraient pas tirer avantage de leurs yeux embués lors d’une réunion, et les femmes ne devraient pas se dire, qu’en plus de leur propre embarras, elles sont jugées manipulatrices et incompétente. […] Si nous ne pouvons pas nous arrêter de juger nos collègues, nous devrions au moins arrêter de nous juger nous-mêmes.»

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