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Un ex-ministre allemand a-t-il poussé des réfugiés à risquer leur vie?

Camp de réfugiés d’Idomeni, à la frontière gréco-macédonienne, le 17 mars 2016 | SAKIS MITROLIDIS/AFP

Camp de réfugiés d’Idomeni, à la frontière gréco-macédonienne, le 17 mars 2016 | SAKIS MITROLIDIS/AFP

Norbert Blüm, ancien ministre du Travail, est soupçonné d'avoir encouragé les réfugiés d’Idomeni à passer la frontière gréco-macédonienne.

Emmitouflé dans une parka, la capuche rabattue sur son béret, la tête hissée hors de sa tente igloo... Les photos de l’ex-ministre du Travail allemand Norbert Blüm (CDU), qui a passé la nuit du samedi 12 au dimanche 13 mars une nuit parmi les réfugiés du camp grec d’Idomeni, ont fait la une des journaux allemands. En allant camper dans la boue et le froid à la frontière gréco-macédonienne, l’octogénaire voulait attirer l’attention sur le sort réservé aux milliers de réfugiés qui s’y entassent depuis la fermeture de la route des Balkans.

Son action n’a pas vraiment ému la presse allemande mais donné lieu à diverses spéculations après que plusieurs centaines de réfugiés se sont mis en route lundi 14 mars pour tenter de passer la frontière, munis de tracts indiquant des points de passage à quelques kilomètres du camp. Cette procession désespérée, sous l’objectif des caméras de télévision, a donné lieu à de nouveaux drames: trois réfugiés sont morts en tentant de traverser une rivière et tous ceux qui ont pu atteindre l’autre rive ont été immédiatement arrêtés par la police macédonienne et ramenés au point de départ.

Or ces tracts encourageant les réfugiés à quitter le camp au péril de leur vie étaient signés «Kommando Norbert Blüm». Interrogé par l’hebdomadaire Der Spiegel, Norbert Blüm, qui est depuis rentré à son domicile, à Bonn, a démenti être à l’origine de ce tract et ne pas comprendre pourquoi son nom a été utilisé de la sorte:

«Je comprends le désespoir de ces gens mais je ne les aurais jamais encouragés à faire cela. Je n’aurais pas eu cette idée.»

Soutien

L’ex-ministre a tout de même affirmé qu’il comprenait que «les gens se trouvant dans cette situation se comportent de manière irrationnelle» et réitéré son soutien aux réfugiés du camp d’Idomeni. Il a d’ailleurs publié ce 17 mars une tribune dans le quotidien berlinois Der Tagesspiegel, dans laquelle il condamne fermement l’attitude de l’Europe dans la gestion de la crise des réfugiés:

Sauvons-nous les banques et laissons-nous les gens se noyer?

Norbert Blüm, dans une tribune publiée par le quotidien berlinois Der Tagesspiegel 

«Le drame des réfugiés est une épreuve de vérité pour les sociétés prospères. Nous n’avons choisi ni le moment, ni le sujet. Mais une question se pose désormais: est-ce que l’argent est plus important que les gens? Les réfugiés nous obligent à faire l’inventaire de notre société. Quelles sont nos valeurs? La politique étrangère, intérieure, économique, financière et sociale est obligée de différencier l’important du plus important.

 

Certaines de nos querelles s’avèreront être des problèmes superflus, au vu des enjeux existentiels auxquels nous faisons face aujourd’hui. L’Europe doit prendre position, choisir si elle reste uniquement une fédération de promotion des intérêts nationaux ou si elle est capable de mener une politique commune qui suit une idée. Sauvons-nous les banques et laissons-nous les gens se noyer?»

Communication

Les tracts qui ont été distribués aux réfugiés pourraient bien être des faux, écrit le quotidien Süddeutsche Zeitung, qui a interrogé les responsables de plusieurs associations venant en aide aux réfugiés. Alexander Rossner, membre de l’initiative munichoise IHA, qui apporte des vêtements et des vivres aux réfugiés bloqués aux frontières des Balkans, réfute l’hypothèse selon laquelle ces tracts auraient été distribués par des bénévoles allemands se trouvant à Idomeni et ayant eu vent de la visite très médiatisée de l’ancien responsable politique allemand:

«Ceux qui viennent en aide aux réfugiés ont pour code de bonne conduite de ne pas mettre en danger les réfugiés par leur comportement.»

Très critique vis-à-vis du séjour de Norbert Blüm à Idomeni, le quotidien Die Welt met en doute sa sincérité avec une série de questions assassines:

«Comment Blüm est allé de Bonn, où il vit, à Idomeni? A-t-il pris le train? ou l’avion? Qui l’a aidé sur un plan logistique, lui a fourni une tente et un pique-nique? A-t-il également apporté ses propres toilettes mobiles ou a-t-il dû faire la queue parmi les autres réfugiés le matin? Est-ce qu’une équipe de télévision était sur place par le fruit du hasard, lorsque Blüm est arrivé? Ou bien était-il attendu? Et que voulait-il obtenir avec son action à part le fait que, depuis le 13 mars, on peut lire sur Wikipédia: “Norbert Blum a passé la nuit du 12 au 13 mars 2016 dans le camp de réfugiés d’Idomeni, en signe de solidarité avec les réfugiés du camp. (sic!)” Bravo, petit Blüm!»

Peut-être que l’octogénaire est tout bonnement un pro de la communication: il sort ce 17 mars un pamphlet intitulé Aufschrei! («Cri!», dans lequel il critique vivement la politique économique et sociale de l’UE.

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