Les artistes «rebelles» le sont-ils encore?

L’équivalence entre art et business ne choque plus grand monde dans les milieux d’avant-garde | KylaBorg via Flickr CC License by

L’équivalence entre art et business ne choque plus grand monde dans les milieux d’avant-garde | KylaBorg via Flickr CC License by

L’avant-garde n’a pas disparu mais la créativité se déploit dans un monde où art contemporain et entreprise sont interconnectés.

Dans le Guardian, la journaliste Hannah Ellis-Petersen se demande où sont passés les artistes «rebelles» qui, du surréalisme au punk, ont redéfini les codes artistiques de leurs époques et imaginé des alternatives pour l’individu et le groupe. L’avant-garde n’a pas disparu mais son terrain de jeu s’est déplacé vers le cyberespace et la contestation politique a fait place à une réflexion sur les ambiguïtés du capitalisme numérique.

Le jeune artiste néo-zélandais Simon Denny résume de façon lapidaire:

«Il y a quelques années, si vous étiez jeune et porté sur la création, vous seriez devenu sculpteur ou peintre. De nos jours, il est tout aussi probable que vous deveniez le fondateur d’une start-up, canalisant vos idées créatives et votre prise de risque pour en faire un business.»

Art business

Ce qui est le plus déconcertant, c’est que cette équivalence entre art et business ne choque plus grand monde dans les milieux d’avant-garde. Peu surprenant pour une génération d’artistes des années 1980 et 1990 dans le culte de Steve Jobs, considéré comme un génie solitaire et un grand sage plutôt qu’un PDG milliardaire.

L’interpénétration entre les mondes de l’art contemporain, de l’entreprise et de la technique s’explique également par les nouveaux modes de production de l’art: loin du mythe du créateur solitaire dans son atelier, l’artiste jeune est aujourd’hui muni de son seul ordinateur portable –les ateliers étant devenus trop chers pour les artistes– et peut avoir diverses activités –coder, concevoir des applis, etc.– autres que purement artistiques.

Ce qui est certain, c’est que la radicalité artistique ne consiste plus à faire «un fuck au système». L’approche générationnelle est à la fois plus critique et plus domestiquée. Tous les artistes utilisent les réseaux sociaux, et certains en font leur terrain de jeu favori. «Facebook est devenu l’espace dans lequel les moments qui comptent le plus dans notre vie sont mêlés à des “histoires” publicitaires», souligne auprès du Guardian Ed Fornieles, qui travaille sur la formation des identités numériques. Une interpénétration des mondes de l’intime et du business qui fascine la génération montante de l’avant-garde.

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