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Quel avenir après Daech pour l'Irak et la Syrie?

Temps de lecture : 2 min

Des forces gouvernementales irakiennes à Zankura, le 10 mars 2016. MOADH AL-DULAIMI / AFP.
Des forces gouvernementales irakiennes à Zankura, le 10 mars 2016. MOADH AL-DULAIMI / AFP.

Éradiquer Daech, d’accord, mais quoi construire après? Quel objectif politique pour l’Irak et la Syrie? Invité au Sénat le 10 mars pour ouvrir un colloque consacré à ce sujet, l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine distingue deux options.

Soit «refaire un Irak dans lequel on verrait la cohabitation entre la majorité chiite sous parrainage iranien, les sunnites réinsérés dans un jeu politique normal et les Kurdes qui se tiendraient à peu près tranquilles.» Soit on admet que l’Irak a éclaté durablement:

«Un Kurdistan irakien relié plus ou moins, en dépit des obsessions turques, à un Kurdistan syrien, avec peut-être ou non une influence contagieuse ou pas en Turquie, et par ailleurs une sorte d’Irak chiite, un protectorat iranien –Bagdad et le sud– […] [et] une sorte d’entité sunnite indépendante ou reliée à une partie sunnite de la Syrie si la Syrie n’a pas pu être reconstituée.»

Pour la Syrie, «c’est encore plus compliqué», avertit l’ancien ministre, qui s’inquiète des moyens de «faire revivre dans le même pays les Alaouites, […] les Druzes, les Kurdes, les minorités chrétiennes variées, les Sunnites majoritaires». Faudra-t-il plutôt «se résigner à […] [une] Syrie éclatée en entités culturalo-ethnico-religieuses, mais est-ce que cela tombe bien en termes géographiques»?

Quoiqu’il en soit, ces solutions en Syrie et en Irak supposent un système international qui puisse en décider et les faire appliquer. Or, la communauté internationale est un «mythe sympathique» mais le gouvernement mondial n’existe pas (ni G20, ni Conseil de sécurité n’ont de réel pouvoir). «Sykes-Picot paraît presque un paradis perdu par rapport à la situation d’aujourd’hui», rappelle l’ancien occupant du Quai d’Orsay.

Le monde global est beaucoup moins géré que dans les vingt années après la guerre froide. Il y avait alors, à Moscou et à Washington, quelque 400 militaires, politiques et diplomates, engagés des deux côtés dans une politique antagoniste très forte mais il y avait gestion, décrit Hubert Védrine. Ce n’est plus le cas, en particulier depuis le «retrait américain trop marqué»: «Nous sommes en partie dans un monde post-étatique qui n’est plus gouverné nulle part.»

Nous, Occidentaux, devons admettre qu’il faut passer par un deal avec les Russes si l’on veut résoudre la question syrienne, recommande l’ancien ministre; et ne pas aborder ce deal de façon dispersée, confuse, désordonnée et déclaratoire, sinon la solution se fera sans nous, «entre la Russie et certaines puissances régionales, l’Iran, la Turquie, Israël, l’Egypte…». Un risque bien réel, selon Hubert Védrine, car les «politiques étrangères occidentales sont en train de crever du chimérisme, c’est pathétique». Or «l’irreal politik», c’est pire que la «realpolitik».

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