L'improbable et très possible candidature présidentielle de François Hollande

François Hollande lors de ses voeux aux acteurs de l’entreprise et de l’emploi, le 18 janvier 2016. YOAN VALAT / POOL / AFP

François Hollande lors de ses voeux aux acteurs de l’entreprise et de l’emploi, le 18 janvier 2016. YOAN VALAT / POOL / AFP

Ni l'évolution du chômage ni celle de sa courbe de popularité ne devraient l'inciter à se représenter, mais un tel aveu d'échec demeure difficilement imaginable.

François Hollande est un homme de parole. «S'il n'y a pas de résultat, il ne peut pas y avoir de crédibilité sur une candidature», expliquait le président de la République en juillet 2015, en liant, une fois de plus, l'hypothèse d'une nouvelle candidature à l'Elysée à une baisse du chômage.

Le chef de l'Etat a tellement répété cet engagement, en lui donnant même un contenu relativement exigeant, qu'il serait fortement handicapé s'il décidait de se représenter à la présidence de la République sans résultats probants sur le front de l'emploi.

Un engagement répété

Le 19 février dernier, pour la quatrième fois, Hollande a encore rappelé qu'il n'avait «de ce point de vue qu'une seule parole» et qu'il ne sera pas candidat à sa succession «s'il n'y a pas de baisse du chômage».

C'est le 18 avril 2014 que le président a, pour la première fois, indexé son avenir présidentiel sur la courbe de l'emploi. «Si le chômage ne recule pas d'ici à 2017, je n'ai aucune raison d'être candidat à un deuxième mandat», avait-il confié aux salariés de Michelin.

Le 5 novembre de la même année, le chef de l'Etat réitère son engagement en précisant que «les Français seraient implacables et ils auraient raison» s'il se représentait devant eux sans être parvenu à réduire le chômage.

Rebelote le 14 juillet 2015 avec, cette fois-ci, une précision d'importance sur la nature de l'amélioration de l'emploi qui l'autoriserait à une nouvelle candidature: 

«Il faut qu’il y ait une baisse du chômage tout au long de l’année 2016. L'objectif est de faire diminuer le chômage suffisamment longtemps pour que ce soit suffisamment crédible.»

Une affaire mal emmanchée

Le problème est que cette baisse «suffisamment crédible» du chômage au cours de l'année actuelle est tout sauf assurée. Hollande avait déjà imprudemment promis, en septembre 2012, d'inverser la courbe du chômage «d'ici un an».

Une victoire d’Alain Juppé à la primaire de droite interdirait à François Hollande d'occuper le centre de l'espace politique

A la fin de l'année 2013, alors que le nombre de demandeurs d'emploi de la catégorie A avait augmenté de 254.000 unités entre temps, l'optimiste congénital qui siège à l'Elysée croyait même pouvoir assurer que «l'inversion de la courbe est bien amorcée».

Il n'en était rien et cette fameuse et indocile courbe a continué à grimper en dépit des exhortations présidentielles. C'est tout juste si la tendance n'est plus autant à la hausse depuis quelques mois, au prix de variations quelque peu erratiques de nature à saper la confiance placée dans les statistiques officielles.

Une tendance poussive

Comme rien n'est jamais totalement limpide chez François Hollande, le président a toutefois confié à deux journalistes, en juillet 2015, qu'il conviendra d'apprécier qualitativement son engagement à l'égard de l'emploi:

«Ce sera une tendance, ce sera une ambiance. Plus une ambiance qu’une tendance, d’ailleurs.»

Or, la tendance risque fort d'être poussive. Selon les toutes dernières prévisions de l'Unedic, le nombre des chômeurs ne diminuerait que de 25.000 en 2016, une «légère baisse» liée essentiellement au plan de 500.000 formations de demandeurs d'emploi récemment décidé par le chef de l'Etat. Une  diminution de seulement 0,7% sur l'année 2016 alors que l'on compte actuellement 600.000 chômeurs supplémentaires depuis l'arrivée de François Hollande à l'Elysée.

La «loi travail» actuellement en discussion ne devrait pas bouleverser la donne. Les concessions faites aux syndicats par Manuel Valls ont mécontenté le patronat et atténué l'effet psychologique espéré sur les embauches. Le président du Medef, Pierre Gattaz, n'a pas craint d'affirmer que ce dispositif législatif «n'aura pas un gros effet sur l'emploi».

Une ambiance détestable

Quant à «l'ambiance», elle s'annonce peu prometteuse pour le président sortant. A une baisse du chômage trop faible pour être vraiment crédible s'ajoutera un climat politique extrêmement défavorable à sa réélection.

François Hollande avait fait l'éloge de Georges Pompidou qui, on le sait, ne songeait pas à se représenter à l'Elysée...

 

À quatorze mois du scrutin présidentiel, l'impopularité de François Hollande est nettement plus élevée que celle de Nicolas Sarkozy à la même période. En février 2016, d'après le baromètre Ifop-Journal du Dimanche, seulement 19% des personnes interrogées se disaient satisfaites de Hollande comme président de la République, contre 81% de mécontentes. En février 2011, selon le même baromètre, Sarkozy en satisfaisait 31% et en mécontentait 69%.

La grande différence entre les deux présidents est que l'hôte actuel de l'Elysée s'est gravement fâché avec ceux qui l'avaient élu. Hollande mécontente 78% des sympathisants du Front de gauche, 67% des écologistes et même 47% des sympathisants socialistes.

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant de constater que les enquêtes d'intentions de vote lui promettent une humiliante élimination dès le premier tour de l'élection présidentielle. Une défaite d'autant plus assurée qu'Alain Juppé serait le candidat du parti Les Républicains, interdisant au président sortant d'occuper le centre de l'espace politique.

Sacrifié pour le pays

Dans ces conditions, le respect de la parole donnée et la perspective d'une déroute électorale devraient logiquement conduire François Hollande à renoncer à se représenter devant les Français.

Par ses engagements sur l'emploi, le président sortant s'est aménagé une porte de sortie qu'il pourrait alors emprunter avec la dignité de celui qui a sacrifié ses intérêts électoraux pour le bien du pays. Hollande ferait ainsi valoir qu'il a multiplié les réformes –CICE, Code du travail, etc.–, au risque de bousculer ses partisans mais en sachant qu'elles porteraient leurs fruits à long terme.

François Hollande avait significativement fait l'éloge de Georges Pompidou, en août 2015, en évoquant ce qu'était, à ses yeux, un «bon président»

«C'est celui qui prend les décisions conformes aux intérêts de notre Nation, [...] celui qui pense qu'il agit non pas pour une échéance, non pas pour un camp, mais parce qu'il pense qu'il va être décisif pour son propre pays.»

Pompidou, on le sait, ne songeait pas à se représenter à l'Elysée...

Sur un coup de chance

Nul doute que la manière dont se déroulera la primaire à droite influera sur la décision de Hollande quant à une nouvelle candidature de sa part. C'est peut-être ce qui explique les rumeurs selon lesquelles il ferait part, dès octobre, de son intention de ne pas se représenter si tel était le cas.

En dépit de la puissante logique qui pousse en ce sens, cette décision demeure toutefois la moins probable. Un tel aveu d'échec demeure difficilement imaginable. Il serait sans précédent, dans une démocratie occidentale, qu'un dirigeant s'efface sans combattre au terme de son premier mandat électoral. Enfin, et surtout, Hollande croit dur comme fer en son étoile. Jusqu'au jour où la chance, jusqu'ici fort complaisante à son endroit, l'abandonnera.

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