Hillary Clinton a appris de ses erreurs (et déjà gagné la primaire)

Hillary Clinton au Palm Beach County Convention Center, le 15 mars 2016, à West Palm Beach, en Floride | JOE RAEDLE/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Hillary Clinton au Palm Beach County Convention Center, le 15 mars 2016, à West Palm Beach, en Floride | JOE RAEDLE/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

La candidate à l’investiture démocrate a adopté la méthode qu’Obama avait utilisée en 2008 pour la battre.

Après les primaires du 8 mars, il n’était question que de l’énorme surprise provoquée par Bernie Sanders dans le Michigan. Confronté à la victoire certaine d’Hillary Clinton dans un État où son message peinait à trouver un écho, il a surmonté le déficit de 20 points de pourcentage que lui prédisaient les sondages et renversé le cours de la course à l’investiture démocrate. D’un seul coup, Clinton a semblé ébranlée face à la capacité de Sanders d’attirer des milliers de jeunes électeurs et d’indépendants dans les bureaux de vote. Pourtant, les médias ont omis une chose toute simple: certes, Clinton a perdu le Michigan ce jour-là mais elle a accentué son avance en nombre de délégués en remportant une grande victoire dans le Mississippi.

Nous sommes conditionnés pour considérer les élections nationales américaines comme une course aux États –celui qui en remporte le plus gagne les élections. C’est généralement vrai pour ce qui concerne l’élection présidentielle, où prévaut le système du winner-takes-all, et où remporter le maximum d’États revient à gagner les élections. Mais la nomination à la candidature est différente. Il s’agit d’une course aux délégués obéissant à un ensemble de règles complexes (et souvent contradictoires), qui récompense les candidats capables d’en comprendre les ficelles et de les tirer à leur avantage.

Nous l’avons vu lors de la primaire démocrate de 2008 –pas avec Hillary Clinton mais avec Barack Obama, qui avait perdu de vastes États comme la Floride, la Californie et le Texas et s’était retrouvé soit à égalité soit perdant en nombre de voix (en fonction de la manière de compter pour la primaire du Michigan). Mais ce qui intéressait la campagne d’Obama était moins de gagner des États que d’optimiser le nombre de délégués pour chaque nomination.

Même si Clinton avait été battue par Sanders dans l’Ohio, dans l’Illinois et dans le Missouri, elle aurait conservé l’avantage

Là où il avait un avantage, la Team Obama œuvrait pour obtenir des victoires écrasantes; là où il perdait, elle se battait pour obtenir une égalité ou une défaite modeste. Conséquence: après deux mois d’élections, il avait établi un avantage structurel. À moins que Clinton ne se fût taillé ensuite la part du lion en matière de délégués (ou que la campagne d’Obama eût implosé à la suite d’une hypothétique crise), il ne pouvait pas perdre.

Course aux délégués

Ce qui nous ramène à 2016. La campagne de Bernie Sanders est solide. Il a dominé des scrutins comme celui du New Hampshire et talonné de très près sa rivale dans des États comme le Massachusetts et le Nevada. Mais Hillary Clinton a tiré des leçons de sa dernière campagne et fait à présent la course aux délégués.

Et, comme Obama avant elle, elle profite d’une bonne avance dans les États qui lui sont favorables et obtient des résultats serrés dans les autres. Jusqu’aux primaires du 15 mars, cela lui donnait l’avantage. À présent, avec des victoires écrasantes en Floride et en Caroline du Nord, elle bénéficie d’une avance structurelle bien supérieure à celle d’Obama au même stade en 2008. Clinton a une avance de plus de 300 délégués, ce qui signifie que, même si elle avait été battue par Sanders mardi 15 mars dans l’Ohio, dans l’Illinois et dans le Missouri, elle aurait conservé l’avantage.

En l’occurrence, Clinton n’a pas seulement gagné dans le Sud, autrefois considéré comme son unique bastion pour la primaire; elle s’est aussi emparée du Midwest et a terminé la soirée avec l’Ohio et l’Illinois dans la poche (lors de la rédaction de cet article, le décompte n’était pas terminé dans le Missouri [avec 99,99% des bulletins décomptés, Clinton a une avance de 1.531 voix et emporterait l’État avec 49,6% des voix, contre 49,4% pour Bernie Sanders; NDLR]). Avec ces victoires, son avance en nombre de délégués met Sanders dans la mouise même en soustrayant les «super délégués» de l’équation. Après ce 15 mars, il ne reste que six État qui accordent plus de cent délégués: la Californie, le Maryland, l’État de New York, le New Jersey, la Pennsylvanie et l’État de Washington. Pour s’assurer une avance en délégués engagés à voter pour lui [contrairement aux super délégués démocrates, non élus, qui votent pour qui ils veulent; NDT], Sanders devrait enchaîner les retournements de situation et remporter des victoires sans précédent. Tout en gagnant de loin aussi dans les plus petits États. Ce n’est pas absolument impossible mais je ne parierais pas dessus quand même.

La route vers la nomination est encore longue pour Hillary Clinton –il va lui falloir du temps pour accumuler le nombre de délégués dont elle a besoin– mais elle est dégagée de tout obstacle majeur. Dans un sens, elle et son équipe ont analysé et copié la stratégie d’Obama de 2008, en utilisant les ressources de «l’establishment» –d’immenses collectes de fonds et un grand soutien du parti– pour se rapprocher d’une campagne dans le genre rebelle, concentrée sur le contact avec les électeurs et l’organisation des scrutins plutôt que sur les médias payants et les énormes meetings. Clinton a commis des erreurs, et elle continuera d’en faire, mais sa campagne actuelle est assez solide pour y survivre.

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