Economie

Les primes de présence: un outil peu efficace contre l'absentéisme

Denis Monneuse, mis à jour le 21.10.2009 à 11 h 00

Trois lycées professionnels de l'académie de Créteil ont lancé une expérimentation pour lutter contre l'absentéisme en proposant aux élèves une récompense financière collective pouvant aller jusqu'à 10.000 euros. Depuis, cette mesure fait débat dans le monde éducatif et dans le monde politique.

Au-delà de la question éthique, il faut interroger l'efficacité de ce type de méthode. Les primes de présence font-elles baisser significativement le taux d'absentéisme? S'il existe peu d'études dans le milieu scolaire, voici les principaux enseignements que l'on peut tirer du monde du travail à partir des retours d'expérience des entreprises françaises:

- La fréquence de versement de la prime de présence est déterminante. Une prime annuelle est peu motivante car peu visible: les salariés y pensent quelques jours puis l'oublient. Des primes trimestrielles par exemple sont plus efficaces.

- Cette prime est perçue comme discriminante et crée un sentiment d'injustice auprès des malades de longue durée qui en sont de fait exclus. De même, elle peut passer pour une mesure anti-grève aux yeux des représentants du personnel.

- Le montant de la prime doit être significatif par rapport au niveau des salaires. S'il est trop faible, le salarié ne s'abaissera pas à chercher à l'obtenir, préférant y renoncer en s'autorisant quelques jours d'absence en contrepartie.

-  Cette prime peut se révéler contreproductive chez les salariés qui se rendent compte qu'ils ont dépassé le quota d'absence requis pour l'obtenir. Ils vont alors chercher à compenser l'absence de prime par un accroissement des absences.

- Les primes d'absentéisme ont une efficacité à court terme seulement. Rapidement, les salariés la considèrent comme un acquis, une part fixe de leur rémunération. Cette mesure se révèle donc onéreuse pour l'entreprise.

- Enfin, la prime de présence comporte potentiellement un effet pervers : des salariés ayant de faibles revenus peuvent renoncer à un arrêt maladie pour être sûrs de toucher la prime, mais en risquant du même coup d'aggraver leur état de santé.

Ainsi, l'efficacité des primes de présence est relativement limitée dans le monde du travail, exception faite des jetons de présence des conseils d'administration mais qui représentent, eux, des sommes particulièrement élevées. Il y a de fortes chances pour que les lycéens se comportent comme les salariés français et que les primes aient un effet qu'à court terme sur l'absentéisme scolaire. Surtout, il faut savoir que le retour en arrière est difficile. Une entreprise de grande distribution qui avait supprimé la prime de présence a vu son taux d'absentéisme augmenter de l'ordre de 15% l'année d'après.

Denis Monneuse

Image de une REUTERS

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