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Ne vous aventurez jamais à parler de pâtes Fettuccine Alfredo à un vrai Italien, JAMAIS

Fettuccine Alfredo | Nikolas Maya via Flickr CC https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/

Fettuccine Alfredo | Nikolas Maya via Flickr CC https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/

Il est grand temps de rétablir la vérité: cette recette typiquement américaine est une pure abomination.

Si vous avez eu la chance de vivre ou d’avoir vécu en Italie, il est probable que vous ayez été confronté à une situation très curieuse au contact de touristes et au sujet –évidemment– d’un plat de pâtes.

Généralement, des Américains cherchent un endroit où manger typiquement italien, et te sollicitent au hasard dans la rue pour que tu leur dévoiles tes meilleurs conseils. Mais des conseils très précis concernant un plat apparemment authentique: ils te demandent où ils pourraient manger les meilleures «Fettuccine Alfredo».

Des Fettuccine Alfredo? Moi qui pensais connaître assez bien la cuisine italienne, je me suis retrouvée à expliquer à des Américains que non, je ne savais pas ce que c’était, et que je n’avais aucune idée de l’endroit où ils pourraient les déguster selon la plus vieille tradition italienne.

En revanche, si vous allez aux États-Unis et que vous passez devant la devanture d’un resto italien –ne rentrez pas, c’est mieux–, il y a de grandes chances pour que vous voyiez les Fettuccine Alfredo au menu de tous les pseudos-restos italiens d’Amérique.

L'imposture romaine

Alors, avant qu’un blogueur ou une blogueuse food ne s’empare du bordel et ne vous refourgue ça comme «la prochaine révolution des pâtes dans votre cuisine que votre vie ne sera plus jamais comme avant», je vais prendre les devant et les risques d’etre clouée au pilori en couchant sur le papier ici noir sur blanc que non, la pasta Alfredo comme on la mange chez Oncle Sam n’est pas une recette italienne, malgré ce que veut bien nous narrer Wikipedia.

Et comme il est très compliqué de lui trouver une origine fiable –plusieurs romains en revendiquent la pâternité et on raconte que la recette est née en 1914 via della Scrofa à Rome chez un cuisinier qui s’appelle Alfredo, une bien jolie légende qui tombe à pic pour les  touristes–, je soupçonne les Italiens d’avoir fait contre mauvaise fortune bon coeur et de s’etre réappropriés la pasta Alfredo pour contenter les nombreux touristes Américains.

Un cataplasme de pâtes, deux litres de crème et de poulet bouilli, non mais pitié, poignardez-moi ce sera moins douloureux

Il suffit de lire la recette pour en avoir le cœur net: des fettuccine et une sauce faite de beurre et de parmesan. Sachant que le beurre ne fait pas du tout partie de la cuisine romaine –la matière grasse venant du strutto (saindoux) ou de l’huile d’olive– et que le parmesan à Rome n’a pas encore réussi à remplacer l’indéboulonnable pecorino romano, permettez-moi d’émettre quelques humbles doutes sur la légende de la via della Scrofa. Et quand bien meme la recette de triple beurre et parmesan aurait un fondement, je trouve très amusant que personne ne connaisse vraiment la pasta Alfredo en dehors du continent américain.

L'enfant monstre

Après tout, des pâtes au beurre et au parmesan, quoi de plus simple, non? Et bien, quand on constate amèrement ce que la pasta Alfredo est devenue aux États-Unis, si toutefois vous faites partie des malchanceux qui l’ont goutée –un cataplasme de pâtes, deux litres de crème et de poulet bouilli, non mais pitié, poignardez-moi ce sera moins douloureux–, on se dit que vraiment non, la Roma d’Alberto Sordi n’aurait jamais pu inventer et exporter une telle abomination.

NON.

Il est plausible en revanche qu’un Alfredo quelconque ait préparé un plat de pâtes follement romain à des Américains, mais à l’instar de la carbonara, ils ont prétendu les reproduire de l’autre coté de l’Atlantique et ont ainsi enfanté des monstres comme la pasta Alfredo. Je parle ici des fameuses et délicieuses Cacio e Pepe.

La vraie recette des… Cacio e Pepe

Ne nous embarassons pas du folklore américain, la cacio e pepe sera forcément meilleure que n’importe laquelle des versions des Fettuccine Alfredo, on ne perd rien au change bien au contraire. Cacio pour fromage et Pepe pour poivre, Cacio e Pepe, un duo renversant pour un résultat prodigieux. La quintessence de la simplicité et qui tient en trois ingrédients: des spaghetti al dente, beaucoup, beaucoup, beaucoup de pecorino romano, et un tourbillon de poivre noir.

Une grande casserole, un grand volume d’eau, du gros sel (environ 7g par litre d’eau, un peu moins que d’ordinaire parce que le pecorino est très salé), et on cuit les spaghetti al dente. Pendant la cuisson des pâtes, hors du feu, dans un bol, on verse le pecorino romano préalablement rapé, on ajoute progressivement quelques cuillères d’eau bouillante de cuisson des pâtes et on mélange pour faire fondre le fromage. Une fois les spaghetti cuits al dente, on les égoutte mais pas complètement, leur humidité permettra au fromage de bien fondre et de créer cette merveilleuse crème de pecorino qui va enrober les spaghetti. On les verse dans le bol et on mélange rapidement pour ne pas créer trop de grumeaux. Puis on les dépose dans les assiettes et on joue généreusement du moulin à poivre.

Si tu as suivi la recette à la lettre logiquement à ce moment là Alberto Sordi te tape dans le dos, s’asseoit à ta table et lance à ton assiette: «Maccharone... m'hai provocato Maccharone… I me te magno!» (1)

Buon appetito!

1 — «Maccharone... tu m’as provoqué Maccharone… Alors je vais te manger!» - Alberto Sordi dans Un Américain à Rome (1954)  Retourner à l'article

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