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Rassurez-vous, les robots sont toujours une bande d’incapables

Photo du robot ASIMO (Honda)

Photo du robot ASIMO (Honda)

Les robots susceptibles de nous remplacer et de révolutionner notre quotidien, pour le pire comme pour le meilleur, ne sont toujours pas là.

Quelle étrange vision, ce dimanche 13 mars sur la scène du SXSW (South by Southwest), festival consacré aux nouvelles technologies à Austin aux États-Unis. Face à Hiroshi Ishiguro, célèbre roboticien japonais, le public peut apercevoir son sosie. Ou presque: assis à côté de lui, sa propre version robotique, issue de la gamme des Geminoids.


«Nous avons besoin de robots humanoïdes, affirme l’éminent chercheur, parce que la meilleure interface pour un être humain, c’est un autre être humain.» Très fier de son double, il va plus loin en estimant que «dans les trois ou cinq ans qui viennent, nous aurons probablement une vraie société de robots».

Trois ou cinq ans, c’est-à-dire rien dans la vie d’un homme. Mais cette phrase est ironique quand on sait qui est passé sur scène juste avant Hiroshi Ishiguro. Roboticien australien et PDG de l’entreprise Rethink Robotics, Rodney Brooks a tenu un discours radicalement différent. «Avant, les types qui bossaient dans l’intelligence artificielle disaient: “on va bientôt réussir à faire ça, et ça, et ça; et les journalistes n’y croyaient pas, a-t-il raconté. Maintenant c’est l’inverse!» 

Et selon lui, les robots de science-fiction sont «bien plus durs» à réaliser que ce que l’on pensait. Une affirmation qu'il appuie avec un exemple très simple: «Fouiller dans une poche pour en sortir une pièce de monnaie, aucun robot n’en est capable, et on en est loin.»

Le jeu Pokémon restera l’apanage de l’humain pour un certain moment, le robot commençant à peine à avoir le même niveau d'apprentissage qu'un bébé

En effet, si l’on sort un instant des discours volontairement inquiets sur le remplacement de l’homme au travail par des robots (on parle de 60% des jobs menacés d’ici une dizaine d’années), on se rend compte que ces derniers sont encore très éloignés de ce que nous projettent nos pires cauchemars et que les promesses faites relèvent beaucoup du fantasme journalistique. Voici quelques exemples.

Vous resterez maître Pokémon pendant longtemps encore

Pour rester dans l’actualité immédiate des robots et de l’intelligence artificielle, on peut évoquer le match de jeu de go palpitant opposant Lee Sedol et le programme de Google AlphaGo. Si ce dernier a remporté pour l’instant trois manches, son cas reste très particulier en terme de compétition avec l’homme dans le domaine des jeux. Ainsi, le site Quartz avait relevé il y a quelques jours plus d’une vingtaine d’activités où le robot ne peut rien faire contre l’homme, du moins en l’état actuel des choses. 

Ainsi, une intelligence artificielle n’est toujours pas en mesure de comprendre les informations nécessaires pour vous dérober l’Avenue des Champs-Élysées au Monopoly, de sortir les associations les plus salaces au jeu Cards Against Humanity, de travailler sa souplesse sur Twister, ou d’extirper délicatement la bonne pièce de bois d’une tour de Jenga. Plus rassurant encore, le jeu Pokémon restera l’apanage de l’humain pour un certain moment, le robot commençant à peine à avoir le même niveau d'apprentissage qu'un bébé.

Les escaliers, la «montagne du Destin» des robots

Mais il existe des domaines bien plus importants où les robots ne sont toujours pas prêts, à commencer par les déplacements. Les connaisseurs se rappellent tous du robot de Honda ASIMO qui, ces dernières années, avait montré toutes se limites, notamment en se vautrant magistralement dans un escalier en 2006.

 

Depuis, le petit robot mignon a appris à courir, à taper dans un ballon de foot, ou à verser du café. Et en 2014, miracle: il monte enfin quelques marches d’escalier, lentement, mais sûrement. Les progrès d’ASIMO, l’un des prototypes les plus avancés en matière de déplacement, montre aussi les limites dans le domaine. «On sait bien faire de petits robots humanoïdes d’une cinquantaine de centimètres qui marchent, comme Nao, expliquait au début du mois au Monde Christine Chevallereau, directrice de recherche en robotique au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Mais à taille humaine, c’est plus compliqué: ils sont plus lourds, le centre de masse est plus élevé, et le problème de l’équilibre plus important.»

Bien sûr, l’autonomie dans le déplacement étant l’une des caractéristiques les plus intéressantes dans le développement des robots, les progrès sont sensibles. Fin février, l’entreprise Boston Dynamics, qui appartient à Google, a dévoilé une vidéo plutôt impressionnante d’Atlas en train de marcher dans la neige et de résister quand on tente de le déséquilibrer.

 

Mais comme le notait aussi Le Monde, les robots ne sont toujours pas en mesure de se déplacer sur toutes les surfaces, de gérer leur équilibre, ou d’évoluer en autonomie dans une maison ou dans un espace complexe. Votre robot ne vous apportera donc pas votre petit-déjeuner au lit avant un certain moment, il doit encore comprendre comment ne pas se vautrer dans les escaliers.

 

Les robots, ces êtres insensibles

Autre domaine toujours aussi peu développé, celui des sentiments. La capacité à comprendre les émotions de l’autre n’est pas le fort des robots. Les scientifiques, dans leur quête de l’imitation parfaite de l’homme, doivent forcément s’attaquer à l’un de nos traits les plus uniques: l’empathie. Le champ de l’«affective computing» est large, et déjà certains logiciels sont capables de lire, comprendre, répondre à nos émotions ou même d’en simuler. En début d’année, le Telegraph racontait ainsi le travail de la start-up Affectiva, qui concentre ses efforts justement sur ce point précis de l’intelligence artificielle. En filmant votre visage, leur application peut détecter, avec plus ou moins de précision, des émotions comme la confusion, le mécontentement, ou la satisfaction. Elle travaille aussi sur une voiture capable de comprendre si vous êtes distrait ou fatigué pour agir en cas de besoin. 

Nous ne voulons pas donner des émotions aux robots; nous voulons juste qu’ils soient sensibles à nos émotions à nous

Craig Smith

On peut aussi citer le petit robot japonais Pepper, capable de savoir si quelqu’un rit ou se renfrogne et qui pourrait «extraire du sens des données informatiques que les ordinateurs ne savent généralement pas comprendre». Le tout lui permettant de s’approcher au mieux de «l’empathie» dont ses camarades manquent.

En revanche, là encore les limites sont lourdes. Pour l’instant, l’homme ne peut pas doter la machine de sa propre conscience, ni de lui faire ressentir des émotions. De plus, l’homme doit s’interroger sur l’utilité des émotions chez les robots, tout dépend du degré d’interaction sociale nous voulons avoir avec eux. Comme l’expliquait Slate.com l’année dernière, certains défenseurs de la robotique estiment que cela leur permettrait de mieux répondre à nos besoins, mais le psychologique Craig Smith apportait alors une nuance très intéressante: «Nous ne voulons pas donner des émotions aux robots; nous voulons juste qu’ils soient sensibles à nos émotions à nous.»

 


Robot-guépard et Google Car

On pourrait ajouter à cette liste tout un tas d’incapacités en apparence moindre, mais qui accentuent toujours plus le fossé entre l’homme et la machine. Par exemple, cette dernière est toujours aussi mauvaise que nous autres, pauvres mortels, pour monter des meubles IKEA. Les efforts du MIT pour faire sauter leur robot-guépard sont réellement fascinants, mais il faudra encore beaucoup de travail pour appliquer ce modèle à un humanoïde, qui peine toujours à courir correctement. Même la Google Car a causé en février son premier accident, jetant un doute sur la capacité des voitures autonomes à nous remplacer sur les routes à court terme. La liste des choses basiques dont seul l’homme peut se targuer actuellement est toujours très longue: qu’il s’agisse de faire la lessive, de raconter des blagues, de cuisiner, ou même de conduire, les recherches évoluent très lentement.

Bien sûr, difficile d’arrêter le progrès, surtout quand il peut apporter autant de bénéfices à l’humanité. Mais pour l’instant, il n’y a aucune raison de paniquer et de se laisser tenter par des scénarios catastrophes. Un scénario à la Terminator étant très peu probable, vous pouvez donc dormir sur vos deux oreilles.

 

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