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Le «salut nazi» est né dans les écoles américaines

Des écoliers américains faisant le salut de Bellamy, le 12 septembre 1915. | New-York tribune via Wikimedia Commons License by

Des écoliers américains faisant le salut de Bellamy, le 12 septembre 1915. | New-York tribune via Wikimedia Commons License by

Le geste, que l’on attribue à Adolph Hitler, servait au XIXe siècle à jurer allégeance au drapeau.

C’est un geste imprégné de tant d’idées nauséabondes que l’on n’oserait pas le réaliser en pleine rue, sous peine de subir regards méprisants et insultes. Pourtant, le 5 mars, toute une foule a levé sa main droite, doigts liés, en signe de ralliement. Lors de son meeting à Orlando (Floride), le candidat pour la primaire républicaine Donald Trump a demandé à ses supporters de jurer solennellement, mains droites levées vers lui, qu’ils voteraient pour lui.

Une scène qui n’a pas manqué de rappeler les rassemblements nazis de l’Allemagne des années 1930, et qui a provoqué une (nouvelle) vague de comparaisons entre Adolph Hitler et le populiste Trump.

Histoire d’un salut

Toutefois, nous apprend Atlas Obscura, le nazisme n’est pas à l’origine de ce salut. Hitler avait lui-même reconnu qu’il n’était pas le premier à l’avoir institué, bien qu'il ait tenté de lui trouver des origines germaniques. Avant lui, cette manifestation d’allégeance avait été utilisée par les mouvements fascistes d’Italie et d’Espagne. Les extrémistes italiens cultivaient le mythe selon lequel ce salut prenait ses racines dans la Rome antique. L’auteur Martin M. Winkler avait expliqué dans son livre, The Roman Salute: Cinema, History and Ideology, comment les partis fascistes s’étaient inspirés d’un geste que la société avait fini par associer à l'Empire romain, symbole d’un État tout-puissant, prospère et représentant un âge d’or. Une figuration de l’histoire, qui n’en reste pas moins erronée.

Cette erreur a été induite pour une grande partie par l’art. Winkler s’appuie sur le tableau Le Serment des Horaces, peint en 1784, représentant, sous l’ère romaine, trois frères jurant, bras droit levé vers leur père, qu’ils protégeront Rome. Il explique qu’à partir du XXe siècle, ce mythe a été très largement diffusé, et a conduit à son adoption par la pensée commune. Des représentations théâtrales ont ainsi mis ce «salut romain» en scène, et on retrouve même ce fameux geste dans le film Ben-Hur, sorti en salles en 1959. Pis encore, ce mythe si largement répandu serait derrière l’adoption du salut olympique, qui fut abandonné après l’émergence du nazisme.

«Salut de Bellamy»

Le «salut romain» n’a donc jamais réellement existé. Et l’origine du geste n’est pas à trouver en Rome antique, mais bien plus tard, outre-Atlantique. Comme l’expliquait CNN en 2013, ce salut est apparu dans les écoles américaines, lorsque le pasteur baptiste Francis Bellamy, a écrit le Serment d’allégeance au drapeau des États-Unis, que devaient réciter les écoliers le 12 octobre 1892 pour fêter le 400e anniversaire de la découverte des Amériques par l’explorateur Christophe Colomb. Afin d’inspirer le patriotisme dès le plus jeune âge, 25.000 drapeaux sont distribués dans les salles de classe, devant lesquels les élèves, bras levé en leur direction, déclarent:

« Je jure allégeance à mon drapeau et à la République qu’il représente: une nation indivisible, avec la liberté et la justice pour tous.»

De là est né le «salut de Bellamy».

C’est lors de l’émergence du nazisme, que le président américain Franklin Roosevelt, craignant une exploitation des photos du «salut de Bellamy» par les fascistes dans un but de propagande, a décidé, en 1942, de remplacer le «salut de Bellamy» par la main droite sur le cœur durant le serment d'allégeance.

Comme quoi, le plagiat, c'est mal.

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