Partager cet article

Les Marines américains veulent sauver plus de 1.000 tortues par hélicoptère

Les tortues du désert des Mojaves sont une espèce menacée | U.S. Geological Survey via Flickr CC (domaine public)

Les tortues du désert des Mojaves sont une espèce menacée | U.S. Geological Survey via Flickr CC (domaine public)

Pas sûr que ce sauvetage des Marines américains en soit vraiment un.

C’est une opération de sauvetage d’un coût de 50 millions de dollars (environ 45 millions d’euros) que les Marines vont entreprendre dans le désert des Mojaves, dans l’ouest des États-Unis. Pas pour sauver des individus mais des tortues. En prévision de l’agrandissement d’une base militaire, l’armée américaine veut relocaliser 1.185 tortues par hélicoptère afin qu’elles ne se retrouvent pas au beau milieu d’entraînements au combat. Sauf que les biologistes ne voient pas ce projet d’un très bon œil, souligne le Los Angeles Times.

«J’aimerais que le US Fish and Wildlife Service [l’organisme fédéral qui s’occupe de la préservation de la faune] ait le courage d’interdire un autre transfert militaire de tortues», s’exclame auprès du LA Times Glenn Stewart, du Groupe de conservation des tortues du désert. Car une précédente opération de sauvetage a eu lieu en 2008... et a dû être interrompue: en moins de sept mois, 90 des 770 tortues déplacées avaient péri.

Le fait d’être manipulé par un humain et de devoir s’adapter à un terrain inconnu génère chez les spécimens de cette espèce menacée et protégée un stress qui les transforment en proies faciles, explique le journaliste du LA Times. Sans compter que, comme le soulignent deux membres de l’ONG American Tortoise Rescue dans le courrier des lecteurs du journal californien, les tortues du désert sont en période d’hibernation, un moment essentiel pour qu’elles regagnent de l’énergie et survivent à la saison suivante; or «quand une tortue sauvage est réveillée tôt, effrayée ou manipulée, elle urine» et, dans le désert, cette perte du fluide vital qu’est l’eau stockée par les tortues pendant l’hiver peut les mener à la mort.

Vie sauvage

De son côté, l’armée dit avoir appris de ses erreurs, signale le Desert Sun. Les 900 tortues adultes relocalisées seront suivies pendant trente ans par cent biologistes du corps des Marines. Ces scientifiques ont étudié les comportements des tortues en question afin d’identifier et de garder intactes leur structure sociale et leurs préférences topographiques dans les nouveaux sites, précise le porte-parole, le capitaine Justin Smith au journal. Selon Brian Henen, le biologiste à la tête de ce programme de relocalisation, le budget consacré au déplacement des tortues et l’engagement à suivre leur état de santé pendant trente ans «prouve à quel point [ils se préoccupent] de cette espèce», indique le LA Times.

Quant aux 235 jeunes tortues restantes, elles seront élevées dans un centre de conservation avant d’atteindre la taille suffisante (celle qui n’en fait pas des proies pour les oiseaux) pour retourner à la vie sauvage. Mais le journaliste du LA Times signale que leurs chances d’atteindre l’âge adulte sont faibles. Entre 2004 et 2014, 9.136 tortues domestiques et sauvages ont quitté un centre de conservation de Las Vegas pour revenir à l’état sauvage dans le Nevada. En 2015, une étude a été menée: seules 370 ont été décomptées.

Cest pour cela que, malgré les efforts et les bonnes intentions des Marines, pour le spécialiste des tortues sauvages William Boarman, ce transfert «n’est pas une stratégie de conservation ni un moyen de faire croître la population de ces tortues», explique-t-il au LA Times. «Près de la moitié des tortues ne survivront pas», déplore Ileene Anderson, du Center for Biological Diversity, qui est prêt à attaquer en justice l’armée si le projet se poursuit.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte