Donald Trump inocule son racisme aux enfants américains

Lors d'un meeting de Donald Trump à North Charleston (Caroline du Sud), le 19 février 2016. SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Lors d'un meeting de Donald Trump à North Charleston (Caroline du Sud), le 19 février 2016. SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Plusieurs incidents liés au discours du candidat républicain ont été signalé dans des établissements scolaires.

Des enfants et des rapports qu'ils peuvent entretenir avec les personnalités politiques américaines, on aime, en général, ne retenir que le meilleur et le plus photogénique. Ainsi, on se repaît en poussant de petits cris énamourés des photos de Barack Obama posant avec des enfants, recensées sous le hashtag #ObamaAndKids. On glousse quand des enfants interviewent Hillary Clinton, sous la houlette de Jimmy Kimmel, et lui demandent d'inscrire la «nourriture gratuite au restaurant» dans son programme. Et bien sûr, la vidéo dans laquelle des enfants lèvent les yeux au ciel en écoutant les saillies racistes et sexistes de Donald Trump procure une forme de soulagement.


Ouf, ces enfants, soumis quotidiennement à une campagne pour les primaires américaines de plus en plus grotesque, nous paraissent alors épargnés, ou en tout cas peu perméables à l'obscénité des propos tenus, d'abord par Donald Trump, puis par ceux qu'il a encouragés à niveler leurs discours par le bas. 

Le problème de cette vision fort confortable, c'est qu'elle occulte un phénomène inquiétant, décrit par l'éditorialiste Petula Dvorak sur le site du Washington Post.

Dans un billet volontairement pessimiste, la journaliste relate une série d'événements qui tendent à prouver que la rhétorique xenophobe employée par Donald Trump a pénétré jusque dans les esprits des plus jeunes. Certes, on pourra arguer qu'il s'agit là de cas isolés, mais ils témoignent de ce qu'elle appelle «l'effet Trump». Soit le fait que des écoliers peuvent, avec la même décontraction que le candidat à la primaire républicaine, appeler à l'expulsion des immigrés ou invectiver d'autres élèves en raison de leur origine.

C'est ce qu'il s'est passé dans une école de Virginie, dans le sud des États-Unis. Une mère d'élève a raconté sur Facebook ce que des élèves de third grade (notre CM1) ont fait à leurs camarades non blancs:

«Je viens de recevoir un appel du professeur de mon fils. Deux de ses camarades de classe ont désigné "les immigrés" de leur classe qui seront renvoyés quand Trump sera président. Ils les ont pointés du doigt et rigolé de leur couleur de peau.»

La version de la mère a été confirmée par l'établissement, qui promet avoir tout fait pour ramener le calme, et aussi par les élèves moqués par leurs camarades. L'un deux a confié à Petula Dvorak sa certitude d'être bientôt «banni». Tous les enfants attaqués par leurs camarades sont musulmans, a relevé la journaliste.

La même semaine, lors d'un match de basket-ball disputé dans un lycée catholique de l'Indiana, des jeunes ont brandi un portrait de Donald Trump et ont scandé «Build the wall» («Construisez le mur») ainsi que de nombreuses insultes racistes à l'intention des jeunes joueurs d'origine latino-américaine. Ils avaient également pris soin d'arborer des bandanas aux couleurs du drapeau américain ainsi que des t-shirt Captain America.

Autre État, autre mode opératoire. Dans une université californienne, des étudiants ont jeté des oeufs sur un étudiant fraîchement arrivé de Hong-Kong. L'un des agresseurs aurait également crié «Ching chang chong motherf—– gay». «J'avais choisi l'université de Californie du Sud dans le but de fuir le racisme, et en espérant m'établir dans une communauté moderne et empreinte de diversité. J'imagine que je me suis trompé», a confié Ivan Tsang, l'étudiant victime de ces attaques. Six mois auparavant, sur le même campus, la présidente des étudiants Rini Sampath, d'origine indienne, avait été qualifiée publiquement de «tas de merde indienne» par un camarade.

Dans l'école du fils de Petula Dvorak, des élèves ont traité les joueurs noirs de niggers. Autant d'événements qui rappellent à la journaliste «les années 60 et les foules hurlant sur le passage d'étudiants noirs» et qu'elle lie à la façon dont «la nation tolère désormais l'expression decomplexée du sectarisme».

C'est également l'accusation portée par la journaliste Cokie Roberts, lors d'une interview du candidat à la primaire républicaine sur la NPR:

«Bonjour M. Trump. Il y a eu des incidents avec des enfants. Des enfants blancs qui ont désigné leurs camarades de classe à la peau noire en leur disant "Vous serez expulsés lorsque Donald Trump sera président". Il y a eu des incidents avec des enfants blancs criant à des Hispaniques lors d'un match de basket "Nous allons construire un mur pour vous tenir à l'écart". Êtes-vous fier? Est-ce quelque chose que vous avez créé dans le discours politique et social américain dont vous êtes fier?

 

(...)

 

Donald Trump: "Cokie, je parle de construire un mur mais souvent, je dis aussi: "Il va y avoir une grande et belle porte dans ce mur et les gens vont venir dans notre pays parce que nous voulons que les gens viennent". Nous voulons que les gens viennent dans notre pays, mais nous voulons qu'ils viennent dans la loi.


Cokie Roberts: Mais les enfants, M. Trump? Qu'en est-ce que les enfants entendent de vous et comment ils réagissent à cela?

Donald Trump: Eh bien, je pense que les gens réagissent de façon très positive.»

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