Monde

Obama critique Sarkozy et Cameron pour leur rôle dans le «merdier» libyen

Repéré par Jean-Marie Pottier, mis à jour le 11.03.2016 à 12 h 06

Repéré sur The Atlantic

Le président américain reproche à son ancien homologue français d'avoir essentiellement utilisé l'intervention de 2011 à des fins d'autopromotion.

Nicolas Sarkozy et Barack Obama pendant une interview télévisée, le 4 novembre 2011. DSK / FRANCE 2 / AFP.

Nicolas Sarkozy et Barack Obama pendant une interview télévisée, le 4 novembre 2011. DSK / FRANCE 2 / AFP.

C'est «Obama sans filtre», prévient Foreign Policy: l'entretien qu'a accordé le 44e président des États-Unis à Jeffrey Goldberg de The Atlantic, à l'occasion d'un long article consacré à sa doctrine en matière de politique étrangère, regorge de déclarations peu flatteuses pour certains de ses alliés (et aussi de commentaires critiques de certains dirigeants, comme Manuel Valls, sur la politique étrangère américaine). Sur la Libye, terrain qu'il qualifie diplomatiquement de «pétrin» et moins diplomatiquement, en privé, de «merdier», Obama critique ainsi, en termes plus ou moins voilés, la stratégie à courte vue dont il estime qu'elle a prévalu chez ses alliés, Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron, qui n'auraient pas suffisamment réfléchi à l'après-Kadhafi:

«“Quand je me replonge en arrière et que je me demande ce qui a raté, m'a expliqué Obama, il y a de quoi être critique, parce que j'avais alors confiance dans les Européens, étant donné leur proximité géographique avec la Libye, pour s'investir dans le suivi de l'opération. Il a noté que Nicolas Sarkozy, le président français, avait perdu son poste l'année suivante, et que le Premier ministre britannique David Cameron avait vite perdu intérêt dans le dossier, “distrait par un tas d'autres choses.

 

Concernant la France, il explique que “Sarkozy voulait claironner à propos des vols que la France assurait dans la campagne aérienne, en dépit du fait que nous avions détruit toutes les défenses aériennes et pour l'essentiel mis en place toute l'infrastructure. Ce genre de vantardises était acceptable, selon Obama, car cela permettait aux États-Unis “d'acheter l'implication de la France de façon à rendre le tout moins coûteux et moins dangereux pour nous. En d'autres mots, créditer la France de davantage qu'elle ne faisait, en échange de coûts et de risques moins élevés pour les États-Unis, était un marché utile –sauf que “du point de vue de beaucoup de types dans le petit monde de la politique étrangère, eh bien, c'était terrible. Si nous comptions faire quelque chose, évidemment nous devions être en première ligne, et personne d'autre ne devait prendre la lumière.»

On trouve là un des points centraux de la doctrine Obama en matière de politique étrangère, consistant à déléguer une partie des actions internationales à d'autres pays afin d'éviter qu'ils fonctionnent en «passagers clandestins» de l'action américaine –ce qui lui a valu d'être accusé par ses détracteurs de lead from behind, «commander de l'arrière».

Comme le note de manière acerbe David Frum, un autre éditorialiste de The Atlantic (et ancien speechwriter de George W. Bush), ces piques envers Sarkozy et Cameron s'inscrivent dans le ton général de l'article, où Obama se montre très critique envers quasiment tout le monde, hormis Angela Merkel... et lui-même. Comme si la principale autocritique à laquelle se livrait le président américain était «de ne pas avoir anticipé les insuffisances des autres».

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