Admirez ces cartes du XIXe siècle de Humboldt, premier infographiste de l'histoire

«Humboldt’s Distribution of Plants in Equinoctial America, According to Elevation Above the Level of the Sea». Extrait du «Black's General Atlas», gravure de George Aikman.

Le désir d'une mise en image de données se focalisant à la fois sur l'esthétique et la logique ne date pas d'hier.

Aujourd'hui, histoire de rendre intelligible un fatras d'informations en perpétuelle expansion, nous avons souvent recours aux infographies –des données organisées spatialement afin de mieux visualiser leurs relations. Les infographies sont utiles et agréables à regarder. Et vous en avez probablement six dans vos onglets au moment où vous lisez ces lignes.

Mais si les infographies sont désormais partout, elles ne sont pas nées avec l'ère informatique. Le désir d'une mise en image de données se focalisant à la fois sur l'esthétique et la logique ne date pas d'hier, ni même d'avant-hier: en réalité, il remonte au début du XIXe siècle et est issu de la «carte thématique», œuvre d'un naturaliste novateur, Alexander von Humboldt.

Une carte des environs de Tenerife (Canaries) par Humboldt / Beinecke Rare Book and Manuscript Library/Public Domain

En 1799, Humboldt embarque pour le Nouveau Monde. Il y passera cinq ans à explorer l'Amérique latine pour le compte du gouvernement espagnol. La nouveauté, la variété et la beauté de ses rencontres naturelles –formations rocheuses, climat, vie animale et végétale– vont le convaincre d'une chose: que les branches du savoir scientifique sont bien plus enchevêtrées que ce qu'on avait pu conjecturer jusqu'alors.

A l'instar de ses contemporains, Humboldt croyait au pouvoir de la collection et de la classification. Lors de son périple entre le Venezuela et le Mexique, via la Cordillère des Andes, il noircit carnet après carnet de mesures, croquis et autres observations. Inspiré par les graphiques économiques qui commencent à faire fureur à l'époque, il va concevoir un nouveau type de carte susceptible de synthétiser les milliers d’éléments factuels qu'il a pu collecter –une image totale, pour reprendre ses mots, visant à «faire connaître l'action simultanée et le vaste enchaînement des forces qui animent l'univers».

Une carte corrélant les chutes de neige avec la latitude, extraite du Geographical Atlas of the New Continent / Beinecke Rare Book and Manuscript Library/Public Domain

Par exemple, la première carte ci-dessus, qu'Humboldt a gravée en 1807, représente une coupe du mont Chimborazo, un volcan des Andes. Les noms scientifiques des plantes terrestres et souterraines sont placés à leur altitude exacte, associés à un ensemble de données sur la vie zoologique ou la température. Comme le consigne Humboldt dans le premier tome de son carnet de voyage, avec cette carte, son objectif était de rassembler, dans une seule image, tous les phénomènes physiques de la zone:

«la végétation; les animaux; les rapports géologiques; la culture; la température de l'air; les limites des neiges perpétuelles; la constitution chimique de l'atmosphère; sa tension électrique; sa pression barométrique; la décroissance de la gravitation; l'intensité de la couleur azurée du ciel; l’affaiblissement de la lumière pendant son passage par les couches de l'air; les réfractions horizontales, et le degré de l'eau bouillante à différentes hauteurs.»

De retour en Europe, Humboldt publie ses travaux et devient très vite célèbre. Une renommée qu'il doit, pour citer sa traductrice Helen Maria Williams, à sa «manière si particulière de contempler la nature dans toute sa fantastique grandeur [et d']élever l'esprit aux idées générales sans négliger les faits individuels».

Vers la fin de son illustre carrière, Humboldt publie Kosmos, un recueil de conférences projetant d'exposer tout ce qui mérite d'être connu quant à l'univers physique. Des lectures qu'accompagne un nouvel atlas de «cartes thématiques», synthétisant une quantité extraordinaire de données à une échelle nationale et internationale.

Une carte illustrant la composition de la croûte terrestre, extraite de Kosmos / Botanicus/Public Domain

Une carte de la Terre, codée en couleurs selon le type de roches / Botanicus/Public Domain

Après la mort d'Humboldt, plusieurs de ses étudiants reprennent son flambeau –notamment Heinrich Berghaus qui, avec son Physikalischer Atlas, dont le premier tome sera publié en 1845, entend poursuivre l’œuvre de son maître. Berghaus applique les principes de la cartographie thématique à d'autres disciplines, comme l'hydrologie ou la zoologie, et lui permet d'accéder à un public encore plus large. Certaines des créations de Berghaus –avec des volcans et des serpents!– sont reproduites ci-dessous.

Une carte des niveaux d'eau dans l'Elbe, extraite du Physikalischer Atlas de Berghaus / University of Utrecht/Public Domain

Une comparaison des sites volcaniques dans l'océan Atlantique, extraite du Physikalischer Atlas / University of Utrecht/Public Domain

Une carte de la répartition des serpents dans le monde, extraite du Physikalischer Atlas / University of Utrecht/Public Domain

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