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Manuel Valls: «Nous avons créé un monstre en Syrie»

Manuel Valls le 8 février 2016 | PATRICK KOVARIK / AFP

Manuel Valls le 8 février 2016 | PATRICK KOVARIK / AFP

Le Premier ministre pense que «les choses seraient différentes aujourd’hui» si l’armée américaine s’était engagée auprès des Français dans la guerre.

C’est une petite confidence glissée dans un long papier sur la politique internationale du président Barack Obama. Selon des propos rapportés par le magazine The Atlantic, le Premier ministre Manuel Valls a exprimé des regrets sur l’absence d’intervention américaine en Syrie en 2013, au moment où la ligne rouge des armes chimiques était franchie et qu’une intervention américaine semblait imminente. «En n’intervenant pas plus tôt, nous avons créé un monstre. [...] Si nous avions bombardé comme prévu, je pense que les choses seraient différentes aujourd’hui», a dit le Premier ministre, selon le journaliste Jeffrey Goldberg.

Tout aurait pourtant pu basculer ce fameux 31 août 2013. À ce moment-là, les États-Unis ont accumulé des preuves sur l’emploi par le dictateur syrien de gaz sarin contre sa population. La France est prête à les suivre. Persuadée que l’intervention est imminente, le gouvernement décide de déclassifier des documents secret-défense sur cet arsenal chimique au même moment que son allié. «Une coïncidence avec l’initiative américaine qui ne semble pas liée au hasard», écrit L’Express le lendemain, le 1er septembre. Une manœuvre, en fait, décidée par l’Élysée et ses conseillers défense pour éviter d’avoir l’air d’avoir «obéi» au président américain au moment où la guerre, croit-on, s’apprête à être déclarée.

«La France était prête»

Mais voilà, rien ne se produit. «Les Rafale étaient prêts à décoller, les cibles choisies et les communiqués déjà rédigés. Mais au tout dernier moment, François Hollande a dû annuler l’opération...» raconte L’Obs. «Tout nous conduisait à penser que le jour J était arrivé», explique dans les colonnes du magazine un responsable français. Le coup de fil prévu avec Obama ne débouche sur aucun début de guerre, la montagne accouche d’une souris. «Je vais d’abord demander l’aval du Congrès», annonce dans un coup de fil très attendu le chef de la Maison Blanche. Quelques jours plus tard, la Russie offre au président américain une porte de sortie, en proposant de placer sous contrôle international l’arsenal chimique syrien. La guerre n’aura jamais lieu.

C’est ce momentum, ce jour où tout aurait pu être différent, dont le Premier ministre se souvient avec amertume aujourd’hui. «Le Premier ministre français, Manuel Valls, m’a dit que son gouvernement regrettait les conséquences de l’inaction [américaine] en Syrie», raconte le journaliste de The Atlantic. «Nous pensions vraiment que l’administration américaine suivrait. Nous avions déjà identifié avec eux les cibles. C’était vraiment surprenant», a déclaré Manuel Valls selon cette source.

Des regrets déjà exprimés par François Hollande après les attentats de Charlie hebdo, le 14 janvier 2015:

«C’était notamment à la fin du mois d’août 2013, début du mois de septembre, que la communauté internationale aurait dû déjà agir. La France était prête, les ordres avaient été donnés, les dispositifs étaient en place. Une autre voie a été préférée. Nous en voyons les résultats.»

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