France

Jean Sarkozy est un «fils de» comme un autre

Quentin Girard, mis à jour le 13.10.2009 à 11 h 11

100% des fils de présidents de la Ve République ont fait de la politique. Ce n'est pas un gage de réussite.

Lors d'une exposition sur le Grand Paris, en juin 2009. Philippe Wojazer / Reuters

Lors d'une exposition sur le Grand Paris, en juin 2009. Philippe Wojazer / Reuters

La polémique sur la possible future nomination de Jean Sarkozy à la tête de l'EPAD ne s'arrête pas. A gauche, au centre et de la part des Français, les critiques sont vives. François Bayrou a ainsi jugé que la France sous Sarkozy était décadente: «Tous les piliers solides sur lesquels notre pays s'était construit, en termes de principes, de décence, de raison, chancellent et s'effritent. Cela rappelle l'Empoupire romain». La secrétaire nationale des Verts Cécile Duflot estime elle que «tout le monde plie parce qu'il a le nom qu'il a». «Dès qu'on sort des limites de l'Hexagone, les gens trouvent ça juste invraisemblable, inouï. Inouï que le fils du président de la République, à 23 ans, «puisse devenir président d'un établissement public avec un (tel) budget». Une pétition circule même actuellement sur Internet pour que Jean Sarkozy renonce au poste.

Pourtant, malgré les protestations, rien ne semble pouvoir empêcher cette nomination. La France est-elle entrée dans une ère de népotisme? Le clan Sarkozy fait-il main basse sur la démocratie comme semblent le dire certains? Ou au contraire, est-ce une répétition des pratiques habituelles de notre République?

100% de chances de faire de la politique

Si on regarde le parcours des enfants des autres présidents de la cinquième république, on s'aperçoit très vite que Jean Sarkozy n'est pas une exception. Même par son jeune âge. Jacques Chirac, François Mitterrand, Valéry Giscard d'Estaing, Georges Pompidou et Charles de Gaulle ont eu au total treize enfants. Si on en enlève trois qui n'ont jamais vraiment pu travailler car mort précocement ou malades (Anne de Gaulle, Pascal Mitterrand et Laurence Chirac), sur les dix restant, cinq ont eu des mandats politiques.

Donc si vous avez un père président de la République, vous avez 50% de chance de faire de la politique. Si on ajoute les deux qui, sans exercer de mandats, ont gravité très fortement autour du pouvoir, Claude Chirac et Jean-Christophe Mitterrand, on atteint 70%. Les trois ayant suivies une autre voie sont Jacinthe Giscard d’Estaing, Elisabeth de Gaulle et Mazarine Pingeot. La première avait ainsi expliqué en 2006 à l’Express que la politique ne l’avait jamais tentée, «un métier trop public». Donc si vous êtes un garçon, vous avez 100% de chance de faire de la politique. Même chez les fils d'acteurs célèbres, cette reproduction ne doit pas être si importante.

Toutefois, au contraire de Jean Sarkozy, la plupart n’ont pas commencé précocement la politique. Philippe de Gaulle a ainsi été élu à l’âge de 65 ans comme sénateur de Paris, poste qu’il a occupé pendant 18 ans. Résistant de la première heure, il s'est d'ailleurs surtout illustré par sa carrière militaire. Alain Pompidou est entré au Parlement européen a 47 ans et est connu pour ses talents de professeur, pour la présidence de l'Office européen des brevets et en 2005 pour le scandale de la morgue de Saint Vincent de Paul. Louis Giscard d'Estaing a commencé une carrière politique à 40 ans passés. Gilbert Mitterrand est lui devenu député à 32 ans en 1981 profitant de la victoire de son père.

L'héritier le plus influent n'a pas été élu

Le fil de l'actuel Président n’a eu qu’un partenaire de vocation au même âge, Henri Giscard d’Estaing. Lui aussi avait été élu à l’age de 22 ans conseiller général du Loir-et-Cher devenant le plus jeune élu de France à ce poste. Puis, même s’il resta dans l’assemblée départementale jusqu’en 1992, il s’est très vite dirigé vers le monde des affaires où il a parfaitement réussi, devenant notamment président-directeur général du Club Med.

Le seul équivalent de Jean Sarkozy est donc un fils de président jeune (VGE avait 48 ans lors de son élection, Sarkozy, 52 ans). L’age d’entrée des progénitures dans la politique semble ainsi lié à l’âge de papa. Plus celui-ci atteint jeune la fonction suprême, plus son fils/fille a des chances d’entrer jeune dans la politique, sans forcément y rester toute sa vie, comme le montre l’exemple d’Henri.

François Mitterrand a réussi le tour de force d’amener ses deux fils aux portes du pouvoir. Sous sa présidence, Gilbert fut député. Depuis, il mène une carrière discrèteJean-Christophe devint le Monsieur Afrique de l’Elysée avec les dérives que l'on sait.

Passe ton bac d'abord

Difficile de savoir lequel des fils/filles de président a exercé le plus d’influence sur la vie du pays. Peut-être est-ce Claude Chirac, conseillère en communication de son père. Avec sa mère, elle fut très influente sur les choix politiques ou les nominations de personnes à des postes de clés.

Reste un point sur lequel le cas Jean Sarkozy est particulier. La plupart des autres «fils de» ont effectué des études brillantes (Sciences Po, l’ENS, médecine, Saint Cyr) avant de s’engager en politique. A 23 ans, à un âge où certains commencent un doctorat, Jean redouble sa deuxième année de Droit. Son concurrent Henri Giscard d’Estaing réussissait lui Sciences-Po au même âge (à la décharge de Jean, il est sans doute difficile de comparer, puisqu'à la fin des années 70 les procédures de sélection de l’IEP Paris permettaient presque automatiquement au «fils de» d’y entrer, ce qui est plus difficile aujourd’hui.)

Son parcours scolaire en dents-de-scie n’est d’ailleurs n’est pas sans rappeler celui de son père qui fut loin d’être l'étudiant le plus brillant de sa génération. Jean Sarkozy a une excuse toute faite, étant depuis très jeune accaparée par des fonctions et des engagements difficilement conciliables avec une scolarité réussie dans un pays où l’on ne peut pas encore acheter ses diplômes (tout du moins pas les plus prestigieux).

Le fait que Jean Sarkozy, même jeune, fasse de la politique et atteigne des fonctions déjà importantes n’est donc pas très original. Cela le deviendrait s’il devenait ministre; voire président. Ce que personne n’a réussi sous la Cinquième République mais ce qui est presque courant aux Etats-Unis, au Pakistan, en Inde ou dans certains pays d’Europe. Ne parlons pas des dictatures où ne pas laisser le pouvoir à son fils est une faute de goût.

Au lieu de s’occuper de Jean Sarkozy, les médias devraient donc plutôt s’inquiéter des choix de carrière du fils aîné du président, Pierre. Il a décidé de se lancer dans la production de rap et de faire baisser sans aucune culpabilité les statistiques de reproduction sociale des fils de président de la République. Honte sur lui.

Quentin Girard
Image de une: lors d'une exposition sur le Grand Paris, en juin 2009. Philippe Wojazer / Reuters
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