Premier astronaute arabe à aller dans l'espace, il est maintenant réfugié

Mohammed Faris en 1987. Capture d'écran de la vidéo The Guardian.

Mohammed Faris en 1987. Capture d'écran de la vidéo The Guardian.

Ancien héros national en Syrie, Mohammed Faris est aujourd'hui exilé en Turquie.

Mohammed Faris est un héros national en Syrie. En 1987, il était le premier astronaute professionnel arabe à aller dans l’espace. Aujourd’hui, et alors que la guerre fait rage depuis bientôt cinq ans en Syrie, celui qui faisait la fierté de son pays n’y vit plus. À 64 ans, l’ancien cosmonaute doit «faire face à l’un des défis les plus difficiles de sa vie déjà bien remplie, pendant laquelle il a joué les rôles de pilote de chasse, cosmonaute, conseiller militaire pour le régime d’el-Assad», énumère The Guardian.

Mohammed Faris a quitté la Syrie —où des rues, des écoles et des aéroports portent son nom— pour s’exiler en Turquie, depuis laquelle il milite contre le gouvernement el-Assad, «avec des mots, pas des armes».

«Le monde entier à travers sa fenêtre»

Deux ans avant qu’il ne s’envole pour l’espace, il était l’un des quatre jeunes syriens sélectionnés pour rejoindre le programme d’entraînement russe consacré aux alliés de l’Union soviétique, l’Interkosmos. À l’époque, les liens entre la Syrie et la Russie étaient très forts: l’URSS avait soutenu le coup d’État d’Hafez el-Assad —le père de Bachar el-Assad— en 1970. En échange, les Soviétiques étaient autorisés à construire une base navale à Tartous, qui appartient encore aux Russes aujourd’hui.

Parmi les quatre Syriens sélectionnés pour —peut-être— aller dans l’espace, Mohammed Faris était le seul à être sunnite, un groupe religieux «qui représente plus de 80% de la population du pays et qui représente une menace pour le régime», qui est de confession chiite, selon The Guardian. Malgré les réticences de la délégation dépêchée de Syrie «pour aider les Russes à choisir leur homme», c’est Mohammed Faris qui rejoindra la station Mir pour prendre des photos et faire des expériences scientifiques avec des collègues russes en juillet 1987:

Comme son père, Bachar était un ennemi du peuple

Mohammed Faris

«Ces sept jours, vingt-trois heures et cinq minutes ont bouleversé ma vie, confie-t-il au Guardian. Quand on voit le monde entier à travers sa fenêtre, il n’y a plus de “nous” ni d’“eux”, plus de politique.»

Manifestant de la première heure

À son retour de mission, Mohammed Faris envisage de créer un institut syrien consacré aux sciences et à l’espace mais le président de l’époque lui oppose un «non catégorique». À la place, il est promu enseignant dans une université qui forme l’armée de l’air:

«Hafez el-Assad voulait maintenir son peuple dans l’ignorance et divisé, avec une compréhension des choses limitée, se souvient l’ancien cosmonaute. C’est comme ça que les dictateurs restent en place. La vision qu’un tel institut aurait pu donner aux gens était dangereuse.»

À la mort de Hafez el-Assad, Mohammed Faris est l’un des premiers à rencontrer son successeur, Bachar el-Assad. «Comme son père, Bachar était un ennemi du peuple», commente-t-il. Il devient conseiller militaire, jusqu’à ce que la guerre civile éclate en 2011. Malgré les menaces des partisans du régime, il rejoint les rangs pacifiques des manifestants de la première heure avec sa femme.

«Les Russes sont des assassins»

Puis vint la violence, croissante… Mohammed Faris regarde, impuissant, ses élèves rejoindre les forces militaires du régime. Lui envisage de s’échapper avec sa femme et ses trois enfants. Mais pas n’importe où. Ses anciens collègues et amis russes lui ont proposé leur aide mais l’idée de s’exiler en Russie le dégoûte:

«Poutine n’a rien à voir avec l’URSS. Les Russes sont des assassins, des criminels qui soutiennent d’autres criminels. Ils ont le sang de plus de 2.000 civils sur les mains.»

Les propositions d’asile en Europe ne lui conviennent pas non plus. Il est persuadé qu’elles sont motivées par un dessein politique. «Ils ne sont pas intervenus quand on a eu besoin d’eux, et ils s’opposent à mes idéaux donc je ne pourrais pas vivre là-bas», explique-t-il. À l’Associated Press, il dit aussi: «Si l’Europe ne veut pas de réfugiés, alors ils doivent nous aider à se débarrasser de ce régime.»

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