Pourquoi les titres de chansons en un mot sont de plus en plus courants?

Capture d'écran du clip «Sorry», de Justin Bieber

Capture d'écran du clip «Sorry», de Justin Bieber

L’industrie musicale a transformé les titres de chansons en slogans.

«Happy», de Pharrell Williams, «Chandelier», de Sia, «Hello», d’Adele, ou «Work», de Rihanna: les titres de chanson qui ne tiennent qu’en un mot sont de plus en plus nombreux. «La transition s’est faite si lentement qu’il est possible que vous ne l’ayez pas remarquée», suspecte Priceonomics.

Selon une analyse qu’a faite Priceonomics du classement Billboard des plus gros hits, il y a 75% plus de chances aujourd’hui qu’un titre en un mot figure dans ce classement que dans les années 1960. La moyenne du nombre de mots dans les titres de chansons a aussi considérablement diminué, et ce n’est pas seulement à cause des titres en un mot, qui ne représentent que 25% de cette observation. «La pop, qui est de plus en plus industrialisée, préfère ses titres courts et efficaces, comme des slogans.»

Les titres en un mot ne datent pas d’hier —Priceonomics cite par exemple «Summertime» de Billie Holliday, ou «Tangerine» de Jimmy Dorsey— mais ce qui était rare à la première moitié du XXe siècle est devenu fréquent le siècle suivant.

Si une hausse progressive des titres en un mot est constatée entre les années 1960 et 1990, c’est dans les années qui ont précédé l’an 2000 que l’industrie a drastiquement réduit la longueur des titres de chansons. Le nombre de mots a à peine diminué des années 1960 aux années 1990 puis a chuté de 20% entre les années 1990 et 2000.

Le concours des titres les plus faciles à mémoriser

«Nous ne pouvons pas en être sûrs mais ce n’est probablement pas une coïncidence que la période où l’on observe de plus en plus de raccourcis de titres concorde avec celle où les ventes de singles ont pris de l’importance», suppose Priceonomics.

Dans les années 1990, les ventes d’albums constituaient 90% des recettes de l’industrie musicale américaine. Depuis l’émergence d’internet, ce pourcentage a chuté de près de 50%, laissant ainsi plus de place aux téléchargements légaux et au streaming de chansons. D’où la nécessité pour l’industrie musicale de s’assurer du succès commercial d’une chanson avec des titres faciles à mémoriser —d’autant plus si les mots du titre sont répétés plusieurs fois au cours de la chanson.

«La dernière chose que l’industrie souhaiterait, c’est que vous aimiez une chanson sans pouvoir vous souvenir de son titre une fois arrivé sur un site de streaming ou de téléchargement légal. Et c’est plus dur d’oublier “Hello” ou “Happy” quand Adele et Pharrell le répète tout au long de sa chanson», analyse Priceonomics.

Le succès commercial des titres en un mot confirme cette hypothèse. Dans les années 1980, les titres en un mot n’avaient pas plus de chances d’atterrir dans le top 20 du classement Billboard que d’autres chansons aux titres plus longs. Aujourd’hui, un titre en un mot a 30% plus de chances d’atteindre le haut du classement, selon Priceonomics. Ce n'est donc pas un hasard si les artistes qui ont les titres les plus courts —parmi lesquels Drake, Taylor Swift et Justin Bieber sont en tête— sont aussi les plus populaires.

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