Pour améliorer les résultats des écoliers en maths, misez sur la philo

Des élèves le 3 septembre 2013 à Lyon | AFP PHOTO/JEFF PACHOUD

Des élèves le 3 septembre 2013 à Lyon | AFP PHOTO/JEFF PACHOUD

Les élèves de 9 et 10 ans qui ont pratiqué la discussion philosophique chaque semaine améliorent considérablement leurs résultats en maths et en lecture, écriture.

«Apprendre à parler pour apprendre à penser»: tel est le but de la philo à l’école primaire, autrement appelée «discussion à visée philosophique», introduite en France par Michel Tozzi et pratiquée dans quelques rares classes de l’Hexagone. Une nouvelle étude de la fondation britannique EEF (Education Endowment Foundation) repérée par le magazine Quartz apporte des arguments à ses défenseurs, en démontrant qu’enseigner très tôt la philosophie permet d’améliorer significativement les résultats des élèves en maths ainsi qu’en lecture et écriture. 

L’expérimentation a été menée dans quarante-huit écoles d’Angleterre, sur près de 3.000 enfants de 9 et 10 ans. Vingt-six écoles servaient de groupe de contrôle, les élèves des vingt-deux autres suivaient un cours de philo de quarante minutes par semaine. Au menu, pas de lecture de Kant ou Platon mais des discussions argumentées autour de poèmes, d’histoires ou de films. Selon Jocelyne Beguery, auteure de Philosopher à l’école primaireinterviewée par un blog du Monde, la discussion à visée philosophique se définit comme «une pratique du dialogue régulée par l’enseignant, où les élèves s’efforcent de penser ensemble des concepts comme la beauté, grandir, le courage, l’amitié, la liberté»...

Bénéfices qui perdurent pendant deux ans

Comme le montrent leurs scores en maths et en lecture, les élèves qui avaient eu accès à la discussion philosophique hebdomadaire ont gagné l’équivalent de deux mois d’apprentissage. Les enfants issus des milieux les plus défavorisés ont même gagné l’équivalent de quatre mois de cours d’anglais, de trois mois de cours de maths et de deux mois pour les compétences rédactionnelles («writing skills»).

Mieux: les bénéfices engrangés par ces cours de philo ont perduré. Les classes qui avaient eu accès au programme «P4C» (pour «philosophy for children», ou «de la philo pour les enfants») ont continué d’avoir des meilleurs résultats pendant encore deux ans.

Faut-il généraliser ce dispositif? Au vu des résultats, certains pourraient s’empresser de répondre par l’affirmative. Mais encore faut-il des professeurs formés et motivés par un tel exercice. Car, selon Jocelyne Beguery, la discussion à visée philosophique «doit correspondre à un réel intérêt de leur part et être menée en cohérence avec leur conduite de classe, dans un climat d’ouverture et d’écoute philosophique. Elle nécessite une posture particulière, que tous les enseignants ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir, ce qui est tout à fait leur droit».

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