Partager cet article

Le PSG gagne la belle du derby de la «génération selfie»

BEN STANSALL / AFP

BEN STANSALL / AFP

Ce sont deux clubs jumeaux qui s'affrontaient en huitièmes de finale, pour la troisième fois en trois ans.

L'inconvénient de la Ligue des champions, c'est que les mêmes matchs se répètent, engendrant un sentiment de lassitude. L'avantage de la Ligue des champions, c'est que les mêmes matchs se répètent, permettant d'étalonner les progrès des clubs. Pour la troisième fois en trois ans, le PSG affrontait donc Chelsea en phase éliminatoire avec match retour à l'extérieur, et les résultats disent tout de ses progrès: après une élimination d'extrême justesse dans les dernières minutes du quart de finale retour en 2014 (3-1, 0-2) puis une qualification au bout de suspense en huitièmes de finale en 2015 (1-1, 2-2 a.p.), les Parisiens se sont qualifiés au même stade de cette édition 2016 en l'emportant à l'aller comme au retour sur un score identique (2-1, 2-1). Autre symbole, Zlatan Ibrahimovic, dont l'inefficacité lors des matchs-couperet était régulièrement pointée, a marqué lors des deux matchs.

Le PSG remporte ainsi la belle du «derby de la génération selfie». L'expression est du journaliste Rory Smith, dans un très intéressant article publié avant le match par ESPN. Il y estime que depuis trois ans, PSG-Chelsea constitue une autre forme de derby, non pas national mais européen, non pas fondé sur la différence (nord-sud, ville-banlieue, riches-pauvres, cathos-protestants...) comme le sont les derbys au niveau local, mais sur la ressemblance.

«Les deux représentent les nouveaux riches du football, selon votre définition du mot "nouveau". [...] Leur duel est alimenté par l'économie mondiale. [...] C'est dans Chelsea que le PSG aime voir son futur. C'est le modèle Chelsea, après tout, que QSI espère suivre. Rappelez-vous que c'est Roman Abramovitch qui a imaginé un plan pour faire irruption dans l'élite bien établie quand il a racheté Chelsea en 2003.»

Dans le même genre, Libération, mercredi matin, présentait le choc ainsi:

«Ce ne sont pas deux clubs –entendus comme des entités à la structure capitalistique immuable sur des décennies et traversées par une même culture de génération en génération– qui s’opposent, mais deux entreprises de mécénat, l’une par souci d’évasion de capitaux (le président de Chelsea, Roman Abramovitch, a ainsi pu sortir son argent de Russie pour le faire mouliner), l’autre pour construire une manière de soft power étatique.»

En 2014, le même journal, et le même journaliste, parlaient déjà de clubs «jumeaux». Et à la même époque, Europe 1 notait que les deux avaient écopé du genre de sobriquets qu'on réserve aux mal-aimés, «Chelski» et «QSG». Ce duel de jumeaux aurait pu tomber sur Manchester City (racheté par un fonds d'Abou Dhabi en 2008, le club mancunien n'a jamais rencontré le PSG), c'est donc tombé sur Chelsea. C'est mieux, cela fait un autre derby: celui des capitales.

Il reste cependant une différence, de taille, pour que le PSG adopte définitivement les traits de sa victime d'un soir: remporter la Ligue des champions. Pendant les premières années Abramovitch, Chelsea y a accumulé les cruelles déceptions: élimination par Monaco en demi-finale après avoir été virtuellement qualifié pour la finale pendant une minute en 2004; élimination par Liverpool au même stade sur un but à l'arraché en 2005; défaite aux tirs au but en finale sur un improbable raté de John Terry en 2008; élimination par le Barça à la dernière seconde en demi-finale en 2009... Tout ça pour, presque quand on s'y attendait le moins, s'imposer en 2012, neuf ans après le rachat, quand tout était contre lui, sur la pelouse de son adversaire en finale le Bayern Munich. S'il ne veut pas attendre 2020, le PSG a cinq matches à gagner –et peut-être, si le tirage au sort s'en mêle encore, un autre adversaire récurrent à affronter, auquel il ressemble beaucoup moins: le FC Barcelone, qu'il a joué six fois depuis 2011 et qui l'avait éliminé en quarts l'an dernier.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte