Bernie Sanders aura besoin de bien plus que le Michigan pour déboulonner Hillary Clinton

Bernie Sanders lors d'un meeting, à Dearborn, dans le Michigan, le 7 mars 2016. Geoff Robins / AFP.

Bernie Sanders lors d'un meeting, à Dearborn, dans le Michigan, le 7 mars 2016. Geoff Robins / AFP.

Si sa victoire surprise dans cette primaire est excellente pour son storytelling, l'ancienne secrétaire d'État a encore creusé l'écart dans la course à la nomination en surclassant la primaire du Mississippi.

Hillary Clinton était censée gagner la primaire démocrate du Michigan, mardi 8 mars, avec environ 21 points d'avance, selon la moyenne des sondages établie par le site RealClearPolitics. Cette moyenne comprenait un certain nombre de sondages dont nous savons maintenons, pour utiliser un qualificatif peu académique, qu'ils étaient «pourris»: Bernie Sanders a remporté de justesse un scrutin que le site FiveThirtyEight avait classé dans la colonne Clinton avec une probabilité de 99%. «En fait, si Sanders finit par l'emporter dans le Michigan», écrivait Nate Silver mardi soir alors que les premiers surprenants résultats commençaient à tomber, «cela constituera une des plus grandes erreurs de sondages de l'histoire des primaires». Nous y sommes.

Le Michigan constitue indiscutablement la plus grosse victoire de Sanders pour l'instant. Ce succès démontre aussi qu'il commence à réaliser des progrès dans l'indispensable expansion de sa coalition. Son équipe de campagne espérait que les électeurs noirs du Nord du pays seraient plus réceptifs à son message que l'avaient été ceux du Sud. Ils l'ont été.

L'Ohio sera probablement plus serré que prévu

Dans le Mississippi, où selon les sondages sortie des urnes, 64% des électeurs de la primaire démocrate étaient Noirs, Hillary Clinton a ramassé 90% du vote de cette catégorie pour remporter une victoire par une marge colossale de 67 points. Dans le Michigan, en revanche, où les Noirs représentaient une proportion bien plus basse, mais tout sauf insignifiante de l'électorat démocrate, à environ 24%, Sanders a remporté 30% des voix chez les électeurs noirs, contre 65% pour Clinton. Bien sûr, Clinton devance encore Sanders dans cette catégorie par une marge de plus de deux électeurs pour un. Mais les résultats montrent que si Sanders arrive à engranger des progrès même minimes auprès des électeurs noirs en dehors du Sud, comme dans le Michigan, la course à la nomination sera considérablement plus serrée. Pour prendre un exemple immédiat, attendez-vous à ce que la primaire de l'Ohio, la semaine prochaine, soit bien plus disputée que prévu.

Le problème de Sanders, c'est que même s'il a montré qu'il pouvait gagner des grands États en dehors du Sud, il ne montre pas qu'il est capable de les gagner de beaucoup. Hillary Clinton a déjà remporté des États qui comptent beaucoup de délégués, comme le Texas et la Géorgie, par des marges substantielles, surclassant largement toutes les petites victoires que Sanders a pu grappiller, et elle mène aussi au score dans les petits États grâce au soutien de l'électorat noir. Résultat: elle avait déjà amassé une avance décourageante de plus de 200 délégués avant mardi soir (Sans même compter son énorme avantage chez les superdélégués, mais son objectif est et doit être de remporter une majorité chez les délégués).

Gagner le gros lot ce 8 mars aide surtout Sanders dans le storytelling de sa campagne: il peut montrer au monde qu’il n’est pas encore mort. Mais entre le Michigan et le Mississippi, Sanders va perdre du terrain au final face à Clinton dans la course aux délégués. Au moment où j’écris ces lignes, Sanders devrait remporter 65 délégués dans le Michigan contre 58 pour Clinton. Dans le Mississipi, en revanche, Clinton devrait remporter 29 délégués contre quatre pour Sanders, qui a tout juste franchi le seuil des 15% requis pour obtenir des délégués. Ces chiffres changeront légèrement au moment où tous les votes auront été comptés, mais pour le moment, Clinton a gagné 18 délégués de plus.

Créer un effet boule de neige

Les victoires modestes, peu importe la taille de l’État, ne suffiront pas pour Sanders. Il a besoin de grosses victoires dans des gros États pour diminuer l’écart avec Hillary Clinton en terme de délégués. Même s’il arrive à faire la même chose la semaine prochaine dans l’Ohio, Clinton est censée le submerger en Floride, un État plus grand et différent à la fois culturellement et démographiquement. Gagner le vote de 30% des électeurs noirs dans le Michigan est un pas dans la bonne direction, mais Sanders doit commencer à gagner la majorité de tous les groupes démographiques dans des endroits comme la Californie, New York et la Pennsylvanie –tout en continuant à gagner des États plus petits (en terme de délégués) comme le Kansas et l’Oklahoma.

La victoire de Sanders dans le Michigan était impressionnante, et constituait une vraie surprise. La conférence de presse donnée à l’improviste à Miami, à l’extérieur d’un hôtel, mardi soir, plutôt qu'un discours de victoire à Détroit démontre bien à quel point toute son équipe a également été surprise par ce succès. Mais les victoires comme celle-ci ne suffiront pas. Sanders doit utiliser cette victoire et la façon dont elle est présentée pour provoquer un effet boule de neige, et la transformer en quelque chose de beaucoup plus grand –et inverser la façon dont cette primaire a été interprétée pour l'instant. Autrement, il se retrouvera dans le rôle de Clinton en 2008: le candidat qui a réussi un gros coup tôt dans la course, mais qui n'a jamais réussi à confirmer.

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