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Une ville japonaise rêve de se repeupler en attirant les «réfugiés» fuyant les radiations

Chizu Express Line / Kzaral via Flickr CC License by.

Chizu Express Line / Kzaral via Flickr CC License by.

Victime du départ de ses jeunes et du vieillissement, Chizu promet à ses nouveaux arrivants un accueil gratuit pendant une semaine, le retour à la nature, des pédagogies innovantes ou une participation à la culture... du chanvre. Avec des résultats modestes pour l'instant.

Chizu (Japon)

C'est une ville comme le «Japon de l'envers» en compte beaucoup et qui rappelle à ceux qui ne voient que les lumières de Tokyo que l'archipel est aussi un pays rural, montagneux et vieillissant. La ville de Chizu est située dans la préfecture de Tottori, une région à laquelle la «diagonale du vide» à la française n'a rien a envier côté dynamisme. Un peu plus de 7.700 habitants, nichés au coeur de montagnes de basse altitude et de forêts. Un paysage bucolique, reposant et d'un calme sidéral. Et une population qui décroît lentement, au moins autant à cause du vieillissement que du départ des jeunes qui commencent à devenir une denrée rare de la commune et de la disparition de l'activité sylvicole, ex-poumon économique du secteur.

Bref, tout de la ville où il n'est pas désagréable de s'offrir quelques jours de villégiature, mais dont le pouvoir d'attraction chez les jeunes actifs ou les familles était proche du néant. Du moins, jusqu'au 11 mars 2011. En quelques jours, le Japon subit un tsunami et un accident nucléaire. Une région est ravagée, des maisons détruites et 120.000 personnes déplacées. Certaines ne pourront plus jamais rentrer et doivent brusquement recommencer une vie ailleurs et se remettre du traumatisme.

Zone refuge

Autrement dit, une aubaine pour Chizu et Seiichiro Teratani, son maire pour le moins pragmatique. La bourgade n'a pas réellement de pouvoir d'attraction du fait de son aspect reculé? Qu'importe. Chizu va devenir une zone de refuge grâce à sa position géographique à l'écart du monde urbain, fichée au milieu des bois. Et la mairie a bien l'intention de le faire savoir en communiquant sur son «assurance évacuation».

La municipalité fait savoir à qui veut l'entendre qu'elle propose une assistance d'urgence permettant à toutes les personnes victimes d'une catastrophe naturelle ou d'un accident nucléaire de venir se réfugier au coeur des montagnes et de bénéficier de trois repas par jour pendant sept jours. Un «produit d'appel» en quelque sorte, le but étant ensuite de convaincre un maximum de réfugiés d'envisager de ne plus quitter la commune où ils ont su trouver une main secourable.

En guise d'arguments pour garder ces nouveaux venus, la nature, l'éloignement des villes et des centrales nucléaires, mais surtout un projet pédagogique unique pour les enfants: l'école au coeur de la forêt. En gros, une pédagogie plus «libre» et des cours qui se font au milieu des arbres avec un encadrement pour le moins détendu. Une révolution dans un pays qui ne brille pas particulièrement par son attirance pour les pédagogies alternatives. À tel point que l'initiative de «l'école dans la forêt» a même attiré l'attention de la principale chaîne nationale, qui a diffusé un long reportage sur le sujet, ce qui a mis un peu plus en lumière le projet de repeuplement de Chizu.

Projet médiatique

Autre initiative atypique du maire, pour garder cette fois-ci les adultes: relancer la culture... du chanvre. Un projet soutenu par la municipalité face à des autorités régionales peu emballées par le retour de cette activité. Si le Japon avait en effet, jusqu'au début du XXe siècle, une tradition de culture de cette plante pour le textile et la corderie, le secteur a complètement disparu et les préfectures, peu connaisseuses du sujet, craignent que cette culture dérive vers la production de psychotropes.

Elles ont donc tout fait pour l'empêcher, mais le maire de Chizu a su convaincre la préfecture de Tottori de laisser une chance au projet. Une première famille réfugiée dans la ville en 2011 pour fuir les radiations a lancé la première exploitation, produisant un chanvre bio, haut de gamme, et un restaurant largement dédié à la consommation de cette plante. Chizu a pour objectif de devenir la capitale d'un nouveau secteur du chanvre au Japon. Un projet qui a mis, là encore, la commune et son maire sous le feu des projecteurs des médias japonais.

Mais quid des résultats? La peur de l'atome, le retour à la nature et la promesse d'une pédagogie innovante pour les enfants sont-elles suffisantes pour enclencher un vrai mouvement de retour à la campagne? Interrogée sur le nombre exact de familles venues s'installer en ville, la municipalité nous avance que cinq, pour un total de dix-sept personnes, sont arrivées –et restées!– depuis la catastrophe. On est donc loin de l'afflux de réfugiés.

Des résultats peut-être décevants mais qui ont permis à la commune de prendre en charge efficacement les arrivants et de ne pas saturer ses modestes capacité d'accueil scolaire. Mais un chiffre qui remet en cause le projet de repeupler les villes en déclin du Japon en leur promettant la protection loin des risques de type Fukushima, malgré la médiatisation nationale. Les jeunes ménages japonais ont encore plus peur de la désertification rurale que de l'accident nucléaire.

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