Même la science ne s’intéresse pas aux animaux «moches»

Selon une étude australienne, koalas et kangourous sont davantage étudiés que les animaux «moches» comme les chauves-souris  | U.S. Fish and Wildlife Service Southeast Region via Flickr CC License by Creative Commons 2.0

Selon une étude australienne, koalas et kangourous sont davantage étudiés que les animaux «moches» comme les chauves-souris | U.S. Fish and Wildlife Service Southeast Region via Flickr CC License by Creative Commons 2.0

Chauves-souris, rats ou rongeurs... Les animaux jugés repoussants sont moins étudiés par les scientifiques que les autres. Un manque d'intérêt et donc de connaissance de leur mode de vie qui nous empêche de limiter leur disparition.

Les animaux considérés comme mignons font l’objet de plus de recherches que les animaux dits moches. Dans une étude publiée en ligne le 6 mars 2016 par le magazine scientifique Mammal Review, les chercheurs australiens Trish Fleming et Bill Bateman dénoncent un manque d’intérêt pour les animaux comme les rongeurs ou les chauves-souris, rapporte Phys.org

Trish Fleming, biologiste et professeure à l’Université Murdoch, à Perth (Australie), a créé un classement des mammifères australiens en trois groupes. Le premier rassemble les «bons», comme les kangourous, les koalas ou les échidnés. Viennent ensuite les «méchants», soit les espèces invasives (et nuisibles) comme les chats ou les lapins. Enfin, viennent ceux vus comme «moches», parmi lesquels les chauves-souris et les rongeurs. Bien que cette dernière catégorie représente 45% de la faune locale australienne, elle est très peu étudiée. 

Mieux les protéger 

Interrogée par l’AFP, la professeure Trish Flemming a mis en avant les dangers de ce manque d’intérêt. Selon elle, «les Australiens seraient probablement surpris de savoir combien d’espèces endémiques de chauves-souris et de rongeurs» peuplent leur pays. Elle explique: 

«Le plus grand problème est que, si nous ne savons rien de leur mode de vie, notre manière de gérer leur environnement pourrait leur être néfaste. [...] Pour la majorité de ces espèces, les chercheurs se sont limités à cataloguer leur existence.»

Les animaux moches participent à la dispersion des graines et des pollens, et sont une source de nourriture pour beaucoup d’autres espèces

Bill Bateman, à ’Australian Brodcasting Corporation

Les espèces comme les chauves-souris fantômes sont celles qui ont le plus besoin d’être étudiées, selon Trish Flemming. La chercheuse estime qu’il est nécessaire d’«observer leur régime, la sélection de leur habitat, l’espace qu’ils utilisent et la façon dont ils se reproduisent». Cette documentation permettrait d’«identifier les menaces» et ainsi de mieux gérer leur environnement. 

«Moches» mais importants

Une meilleure gestion permettrait également de limiter la disparition de ces espèces. Bill Bateman, également biologiste, est co-auteur de l’étude et professeur à l’université Curtin, à Perth. Comme il le fait remarquer à l’Australian Brodcasting Corporation, l’Australie a déjà «perdu plus de vingt espèces animales depuis l’installation des Européens [dans le pays] et il y en a une vingtaine en danger d’extinction»

Selon Bill Bateman, les personnes comprennent mal l’importance des «animaux moches», qui ont pourtant un rôle-clé dans la faune et la flore: «Ils participent à la dispersion des graines et des pollens, et sont une source de nourriture pour beaucoup d’autres espèces.»

Les deux professeurs ont lancé un appel pour encourager le financement des recherches sur ces mammifères. En effet, Flemming soutient que ce manque d’intérêt n’est pas uniquement dû à l’apparence de l’animal. Les scientifiques qui voudraient étudier des espèces encore peu connues pourraient être «découragés» par la perspective d’un refus de publication. La biologiste affirme que le sujet serait généralement vu comme «paroissial et d’un intérêt limité».

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