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Voilà ce que ça fait d’être la grosse assise à côté de vous dans l’avion

Les passagers en surpoids arrivent en premier à l’embarquement | Bradley Gordon via Flickr CC License by

Les passagers en surpoids arrivent en premier à l’embarquement | Bradley Gordon via Flickr CC License by

L’auteure «Your Fat Friend» témoigne du calvaire d'être le passager obèse et indésirable d'un avion.

«Mon cœur martèle ma poitrine et mon souffle est court. Je ferme les yeux, me concentre sur mon équilibre et mes respirations, en essayant désespérément d’éviter l’embarras d’une crise d’angoisse au travail. Je dois prendre l’avion. Et je suis grosse.»

Si l’idée de monter à bord d’un avion ne vous rend pas insomniaque, c’est peut-être d’une part que vous n’avez pas peur d’emprunter le moyen de transport «le plus sûr» qui soit et d’autre part que vous n’êtes pas en surpoids.

L’auteure du blog «Your Fat Friend» sur la plateforme de publication Medium, elle, l’est. Et prendre l’avion n’est jamais une partie de plaisir. Surtout quand elle retrouve dans les médias, à la télévision comme au cinéma, une représentation grotesque et difforme des personnes qui lui ressemblent.

«Les gros dans des avions sont toujours représentés comme bruyants, odieux, jouant des coudes, accaparant l’espace et se recouvrant de Cheetos, comme si toute notre existence était consacrée à faire de votre vie un enfer. Cette caricature n’est pas seulement blessante: quand je la vois, je m’écroule sous son poids.»

Le calvaire du double billet

Mais ces angoisses ne sont que le début. Avant même de songer à réserver un billet d’avion, il lui faut ainsi comparer les politiques de différentes compagnies aériennes quant aux «passagers à forte corpulence». La plupart recommandent la réservation d’un deuxième siège –et donc d’une double facturation–; sinon, l’on risque d’être refoulé à l’embarquement le jour J.

Air France est l’une de ces compagnies: même si elle propose une remise de 25% sur le second siège, ce dernier sera situé en cabine économique. Tant pis pour ceux qui avaient envie de profiter du confort d’une première classe, et donc d’un siège plus large.

 Un passager s’est bruyamment plaint de ne pas pouvoir voyager dans ces conditions quand je me suis assise à côté de lui

Your Fat Friend

Les compagnies qui n’ont pas de politique vis-à-vis des personnes en surpoids ou obèses, comme l’américaine JetBlue, sont parfois les pires de toutes:

«Je me souviens de mon dernier vol avec JetBlue, quand un passager s’est bruyamment plaint de ne pas pouvoir voyager dans ces conditions lorsque je me suis assise à côté de lui. Une hôtesse a échangé sa place avec celle d’un autre passager. Elle n’a pas voulu croiser mon regard pendant tout le vol. Les passagers de ma rangée non plus. J’étais si grosse, mais si invisible.»

La gymnastique de l’invisibilité

Une fois les billets réservés, l’angoisse ne tarit pas. Au contraire. L’auteure élabore toutes les stratégies imaginables pour ne surtout pas déranger les autres passagers ou l’équipage:

«Je paie l’enregistrement de mes bagages pour que mes voisins n’aient pas davantage de raisons de se plaindre. Je m’entraîne à m’asseoir dans l’avion, à m’appuyer contre le mur de la cabine, les bras contre ma poitrine, pour éviter au maximum les contacts physiques avec la personne assise à côté de moi. J’apporte des bonbons, pour ne rien avoir à boire et éviter que l’hôtesse ou le steward n’ait à traverser l’allée pour la grosse. Je cherche à savoir si les aéroports par lesquels je passe ont eu des précédents de confiscation de rallonges de ceintures. Si j’apporte la mienne, ça m’épargnera d’en demander une au personnel de bord.»

Prendre l’avion devient alors une véritable gymnastique pour faire ce que personne n’a encore réussi à faire: se rendre invisible. L’auteure arrive en premier à l’embarquement non parce qu’elle est impatiente mais parce qu’elle veut être la première arrivée dans sa rangée afin que personne ne puisse la regarder passer. «Si je passe devant eux, j’entendrai le familier, insistant et dédaigneux soupir. Le raclement de gorge, le grognement sourd. Ce sont les sons de mon corps en public.» Une fois assise, elle se recroqueville pour rendre son corps le plus petit possible. Elle n’adressera la parole à personne à moins qu’on l’y ait invitée.

Elle en devient même paranoïaque: quand une personne passe avec son portable, elle se fait encore plus petite à la pensée des innombrables vidéos YouTube, aux titres ignobles, qui se moquent des gros passagers d’avion.

«Le voyage en avion est tristement familier: c’est un microcosme de ce qui m’arrive si souvent en tant que grosse. Je suis surveillée et sévèrement jugée quand j’essaie et j’échoue à occuper une place qui a été faite pour quelqu’un d’autre. Je suis toujours trop grosse, toujours en trop, toujours inacceptable. Je dois toujours me rendre plus petite, me réduire indéfiniment, alors que mon corps s’entête à me résister. Mais je ne suis jamais assez petite pour mettre les autres à l’aise.»

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