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«Ghostbusters 3» est 100% féminin... et ne plaît (vraiment) pas à certains fans

Une salve de commentaires sexistes a envahi la page YouTube de la bande-annonce du troisième volet de «Ghostbusters».

«Oh non… NON NON NON! Putain! Vous êtes en train de chier sur… Vous savez, je n’ai pas de problèmes avec le casting exclusivement féminin, le problème c’est que vous faites de Ghostbusters un film si cheap. Vous avez tellement enrobé cette franchise que ça en est devenu une comédie à la Melissa McCarthy s’agace le youtubeur AngryJoeShow avant d’enchaîner sur sept minutes de diatribe.

La bande-annonce du troisième volet de Ghostbusters n’a été mise en ligne que le 3 mars mais elle collectionne déjà près de 20 millions de vues sur YouTube. Son ratio like/dislikes n’est toutefois pas au beau fixe: ce 7 mars, presque 70% de ceux qui ont voté ont opté pour le pouce noir, orienté vers le bas. Rare pour un trailer.

À vrai dire, s’il ne fallait juger la vidéo que sur le seul critère de sa qualité, il s’agirait d’un mauvais trailer. C’est subjectif, certes, mais les extraits de la comédie peinent à faire (sou)rire. On peut aussi s’exaspérer (à raison) des innombrables suites et reboots que Hollywood a produits ces dix dernières années, ressuscitant parfois des franchises qui avaient déjà suffisamment vécu.

Oh mon dieu, des femmes!

Mais la plupart des commentaires expriment un tout autre point de vue, parfois bizarrement associé aux deux arguments précédents. Si le youtubeur AngryJoeShow a ressenti le besoin d’expliquer que ce n’est pas le casting féminin qui lui a posé problème, c’est sans doute parce que c’est le cas pour la plupart de ceux qui ont commenté la bande-annonce.

«Est-ce que c’est sexiste de dire que je préfère voir des hommes (auxquels je peux m’identifier) que des femmes?» (NDLR: spoiler alert, oui.)

«Les premières secondes étaient bien, puis là! Pas drôle et que des femmes cette fois, quelle originalité OU PAS. Un autre reboot à chier, non merci, je ne le regarderai pas.»

«Ghostbusters - l’épisode lesbien.»

«Les “social justice warriors” veulent vous rendre honteux de votre honnête opinion, c’est une opinion qui les dérange. Vous n’avez pas à vous forcer si vous ne le voulez pas. Vous n’avez pas à les laisser vous contrôler. Si vous ne voulez pas voir Ghostbusters interprété par quatre femmes ni drôles, ni belles, c’est votre opinion et elle vous appartient. Ça s’appelle la DÉMOCRATIE!»

Et ce type de commentaires n’a pas exclusivement été publié sur YouTube. Le réalisateur du film, Paul Feig, a reçu des centaines de tweets misogynes à propos du casting du film. 

Katie Dippold, l’une des scénaristes du film, a elle aussi eu droit à son lot de réactions sexistes. Contactée par la rédaction américaine de Buzzfeed, la jeune femme s’exaspère:

«Il y a un groupe de personnes qui sont très ennuyées de voir que ce sont des femmes […]. Il y avait des gens plutôt drôles dans le lot, comme ce mec mon tweet préféré, je pense qui pensait sincèrement aider en disant: “Écoutez, je ne suis pas sexiste, mais les femmes ne peuvent pas manier ce genre de dialogues et d’action.”» 

Un film progressiste?

L’essentiel des critiques dénoncent le prétexte du reboot sous couvert de féminisme: Sony aurait donc produit ce film juste pour le plaisir de donner aux spectateurs une leçon de féminisme. Est-il vraiment nécessaire de rappeler que le féminisme n’est pas vendeur? La simple vue des commentaires ci-dessus, tenus sous le seul prétexte que le casting est féminin, devrait suffire à vous convaincre.

D’autant plus qu’en matière de films progressistes, on a vu mieux: Patty Tolan, la seule femme noire de la bande —interprétée par Leslie Jones—, est aussi la seule qui n’est pas scientifique, comme Winston Zeddemore, le personnage masculin qui l’avait précédée dans la version sortie en 1984. 

En 2015 déjà, les misogynes critiquaient le film à la seule annonce du casting. Paul Feig avait réagi alors fermement au festival South by Southwest

«Il y a un groupe de mecs qui ont vu l’original à 8 ou 9 ans. Tous ces mecs ont grandi avec et c’est devenu un “vrai truc de mecs”… On ne se croirait pas en 2015, surtout avec toutes ces conneries du Gamergate, tout est niqué…»

Un an plus tard, on ne se croirait toujours pas en 2016.

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