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«J'ai toutes les difficultés du monde à lancer des signaux amoureux»

Young woman in a Black and Green Bonnet, Looking Down | par Mary Cassatt via Wiki Commons CC License by

Young woman in a Black and Green Bonnet, Looking Down | par Mary Cassatt via Wiki Commons CC License by

Cette semaine, Lucile conseille Clothilde, une jeune femme qui a un crush pour un de ses profs de fac.

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Pour commencer, petit tableau de ma vie sentimentale: mes relations se comptent sur les doigts d'une main et la dernière date d'il y a environ quatre ans. J'ai toujours eu tendance à être attirée par des hommes plus âgés que moi (entre la trentaine et 45 ans), sans toutefois n'avoir jamais eu une telle relation. Non pas que les jeunes hommes plus «de mon âge» me laissent forcément indifférente, mais c'est plutôt une fois la conversation engagée que le bât blesse: j'ai rapidement l'impression de n'avoir pas grand chose en commun avec eux, ils sont généralement très sympathiques mais il n'y a pas cette étincelle qui enflamme ma curiosité et me donne l'impression qu'on pourrait parler passionnément pendant des heures.

De plus, je suis très peu sûre de moi dans tout ce qui touche le domaine amoureux, et mon inexpérience ne me rassure pas: je suis quelqu'un d'assez cérébral qui a tendance à être effrayé par la moindre émotion qui échappe à mon contrôle –je vous laisse imaginer ma panique quand une sorte de tsunami émotionnel se déclenche à la vue de la personne aimée... J'ai donc toutes les difficultés du monde à me laisser «émettre des signaux» amoureux (comme certains disent), car je suis terrifiée à l'idée qu'ils soient trop explicites (!), de même qu'à capter de potentiels signaux qui me seraient destinés! Tout me semble toujours extrêmement compliqué quand il s'agit de sentiments, et d'autant plus quand il s'agit d'une situation un peu hors-normes où tout peut être interprété de diverses façons...

J'ignore tout de sa vie personnelle, et je n'ose évidemment pas dépasser les limites posées par la relation prof/étudiante

Pour faire simple, ça fait plus d'un an que j'ai croisé le regard d'un homme qui est professeur dans ma fac, âgé d'environ 45 ans. À l'époque, je ne le connaissais pas du tout, ça a juste été un coup de foudre qui n'est pas allé beaucoup plus loin car je ne l'ai ensuite croisé que très rarement (mais toujours avec le cœur prêt à bondir de la cage thoracique). Seulement, cette année, je l'ai eu comme enseignant. En plus d'être aimable, souriant et charmant au possible, il s'est avéré être brillant, curieux de tout, prompt à rire, bienveillant... Nous avons plusieurs fois eu l'occasion de discuter un peu seul à seule, mais toujours de sujets purement liés au scolaire. J'ignore tout de sa vie personnelle, et je n'ose évidemment pas dépasser les limites posées par la relation prof/étudiante. Mais j'éprouve pour lui plus qu'une attirance physique ou de l'admiration intellectuelle (bien qu'elles soient évidemment toutes deux présentes): il y a aussi une tendresse qui me rend heureuse juste en le voyant sourire.

Même s'il me semble qu'il y ait quelquefois de discrets signaux positifs de son côté, comment savoir s'ils expriment une simple complicité parce que nous avons souvent les mêmes références? Ou s'ils sont juste des manières de faire purement guidées par le hasard, et que ça n'a rien à voir avec moi? Car d'un point de vue très rationnel, outre notre différence d'âge et le fait qu'il me paraît impossible que quelqu'un comme lui soit célibataire, comment pourrait-il s'intéresser à une simple étudiante? Et même si c'était le cas, il y a encore nos statuts respectifs.

Quoi qu'il en soit, comment lui laisser comprendre en douceur que, même si je n'ai aucune idée de la tournure que pourraient prendre les événements, il est devenu important à mes yeux?

Clothilde

Chère Clothilde,

Il n’y a pas de honte à être attirée par des hommes d’expérience (et donc aucune justification à apporter). Vous avez un crush sur votre professeur d’université, si ce n’est pas follement original, on peut l’analyser de cette manière: les profs de fac sont sexy et puis c’est tout.

Laissez-moi revenir sur ce que je pense être les avantages de ce type de relations unilatérales. Le crush, en général sur une personnalité inaccessible (supérieur hiérarchique, inconnu total ou personne déjà en couple), est dénué de tout tabou. Étant donné que le passage à l’acte est hautement improbable, vous êtes protégée de tout jugement à l’égard du choix de votre cœur. C’est votre fantasme doudou, celui qui vous permet de nourrir votre imaginaire et de construire votre positionnement vis-à-vis de l’amour. Avoir un crush est sain. C’est même une «activité» qui réveille les sens et embellit le quotidien.

Respectez les sentiments que vous nourrissez à son égard et donnez-vous une chance de faire un geste beau, fou, romanesque

Vous le croisez dans les couloirs? Tout de suite débarquent les papillons dans le ventre. Il vous offre son sourire? Et c’est parti pour des heures à imaginer le visage de vos futurs enfants. Et n’allez pas croire que je me moque de vous ou que je minimise vos sentiments. J’ai moi-même eu mon lot de coups de cœur plus ou moins intenses mais pour lesquels je garde toujours un souvenir ému. Et quand la question du passage à l’acte s’est posée, j’ai vite découvert que ce n’était pas la partie que j’avais préférée, que seuls avaient compté les instants de purs fantasmes, d’onanisme intellectuel.

Concernant donc «les signes» (je ne compte plus le nombre de fois où je me suis sincèrement dit «il/elle m’a touché l’épaule, c’est un signe» ou «il/elle a aussi eu un chien quand il/elle était petit(e), c’est le signe que nous avons tellement en commun»), les sourires, la complicité, je ne suis pas à même de juger si cela a une réelle valeur puisque vous les racontez à travers votre prisme. Oui, il se pourrait bien que cette personne soit juste quelqu’un d’extrêmement sympathique. Mais il se pourrait aussi que, célibataire ou pas, vous lui plaisiez également. Rien n’est exclu.

Mon conseil est donc le suivant: respectez les sentiments que vous nourrissez à son égard et donnez-vous une chance de faire un geste beau, fou, romanesque en dévoilant vos intentions. Si vous êtes timide ou mal à l’aise, attendez la fin de l’année et envoyez lui une lettre. Vous écrivez bien, n’ayez pas honte de votre ressenti. Au pire, vous aurez droit à un silence gêné. Et vous ne mettez en danger que l’absence de relation qu’il y a actuellement. Écrivez que vous ignorez tout de sa vie, que vous n’attendez rien. Cette lettre sera le point de départ d’une nouvelle histoire ou le point final de vos fantasmes. Quoi qu’il advienne, elle vous libérera de la relation à sens unique. Donnez à cette histoire fantasmée des airs de roman, trouvez le courage de devenir votre propre héroïne, voilà au minimum ce que cet homme peut vous apporter.

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