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Donald Trump peut dire un grand merci aux médias

Donald Trump à Las Vegas, le 23 février 2016 | Ethan Miller/Getty Images/AFP

Donald Trump à Las Vegas, le 23 février 2016 | Ethan Miller/Getty Images/AFP

Mais ceux-ci ne sont pas les seuls responsables de son succès.

Les médias ont-ils leur dose de responsabilité dans la montée de Donald Trump? Très probablement répondent plusieurs articles, ces derniers jours, alors que le magnat de l'immobilier voit après chaque primaire ses chances de remporter l'investiture républicaine augmenter.

C'est notamment le cas de Media Matters, le site de décryptage qui a interrogé de nombreux anciens journalistes et historiens qui tirent à boulets rouges sur la couverture de cette campagne.

«Alors que plusieurs experts expliquent que la presse papier a produit de bons articles, tout ceci a été noyé par les chaînes de télévision et les chaînes d'informations, qui sont coincés dans une course à l'audience et diffusent constamment les discours de Trump, ses meetings et interviews, le laissant dicter le tempo de cette campagne.»

«Des histoires énormes»

Pour Walter Shapiro, cette couverture est «l'une des choses les plus choquantes de ces trente ou quarante dernières années». Pour Doris Kearns Goodwin, vainqueure du Prix Pulitzer en 1995, «le problème que Trump a su exploiter, c'est qu'étant donné la vitesse des informations chaque jour, et le nombre de commentaires qu'il émet, c'est comme si la presse passait son temps à chasser sa propre queue pour essayer de suivre ce qu'il dit».

Même les médias les plus respectés comme le New York Times –et dont le travail est loué par Media Matters– semblent courir après Trump.

La médiatrice du quotidien américain a d'ailleurs consacré une chronique à ce sujet, mais comme elle le souligne, «l'ascension de Donald Trump, et la pagaille dans le parti républicain (et sa réponse) sont des histoires politique énormes, et qui méritent une large couverture. [...] Mais je pense que l'argument sur le trop plein d'attention que reçoit M. Trump –jour après jour pendant de nombreuses semaines– vaut le coup d'être gardé à l'esprit.»

Dans un autre genre, interrogée par le Telegraph, l'actrice Susan Sarandon a elle aussi taclé les médias, qui, selon elle, ne posent pas certaines questions qui pourraient nuire à Trump.

 

L'impuissance de l'écrit

Sur le site de New York Review of Books, on peut lire que la presse conservatrice (Fox News, les émissions de radio de Rush Limbaugh et des autres, les nombreux blogs...)  est l'une des trois sources à l'origine du succès actuel de Trump:

«Depuis des années, ils ont publié des séries d'histoires avec pour objectif d'énerver les conservateurs. Elle a produit une campagne politique qui n'est quasiment composée que d'irritabilité. Si vous avez regardé les débats, vous devez l'avoir remarqué.»

Pourtant, tout le monde n'est pas d'accord. Dans Politico, Jack Shaffer estime que le vrai responsable, c'est le public, qui aurait pu reléguer le phénomène Trump au néant s'il n'y avait pas réagi. Tout cela nous ramène au vieux débat: les journalistes répondent-ils à la demande de leurs lecteurs, ou la créent-ils?

Schaffer souligne également que «tout le monde –du New York Times à Bloomberg, en passant par Politico et le Washington Post, la presse partisane, et tous les organismes de fact-checking– a parlé de la propension de Trump à inventer des choses et à dire des folies. Même si les médias ont probablement bénéficié de la popularité de Trump, ils n'ont aucun intérêt à le voir l'emporter». Avant de finir sur une note plus ironique:

«Si vous étiez un observateur attentif des médias, vous pourriez dire que le candidature de Trump ne démontre pas le pouvoir de la presse, mais au contraire, sa relative impuissance. Mais c'est peut-être ce qu'ils veulent nous faire croire. Les médias auraient-ils créé Trump en répétant qu'il ne pouvait pas l'emporter? Oh les connards.»

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