«J’aimerais tout partager de ma vie avec elle, y compris mes penchants pour le cannibalisme»

Saturne dévorant un de ses fils | Francisco de Goya via Wiki Commons CC License by

Saturne dévorant un de ses fils | Francisco de Goya via Wiki Commons CC License by

Cette semaine, Lucile conseille Henri, un homme qui aimerait associer sa petite amie à un fantasme sexuel très particulier.

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Je possède moi-même un fantasme très particulier, du SM extrême. Ce fantasme porte souvent le nom d’un dessinateur, Dolcett, et le reste du temps gynophagia. Le principe, dans mon cas, est d’associer l’acte sexuel au cannibalisme, afin à la fois d’assouvir des pulsions de dominations et de rendre l’autre sienne.

Bien sûr, cela reste à l’état de fantasme et ne débordera pas sur la réalité, il y a bien trop de barrières à ça (légale, éthique, religieuse, peur du sang, absence d’intérêt, amour réel pour ma partenaire et d’autres encore). Mais je pense qu’il serait faisable de faire un jeu de rôle sur ça, quelques actions érotiques en lien avec ce fantasme sans dépasser la limite.

Ce fantasme est omniprésent et pas forcément toujours bien perçu de ma partenaire. Pourtant, j’aimerais tout partager de ma vie avec elle, y compris mes penchants un peu particuliers. Comment faire pour lui demander de jouer un peu le jeu de manière occasionnelle?

C’est pour  moi une véritable torture dans le sens où j’ai du mal à me passer de ce fantasme lorsqu’on passe à l’acte. C’est aussi très compliqué pour moi car alors que je l’aime et souhaite faire ma vie avec elle, le fait qu’elle se tienne à distance de ce fantasme fait qu’elle ne me convient pas sexuellement.
Que puis-je ou dois faire?

Henri

Cher Henri,

Est-ce qu’une compagne est dans l’obligation de valider et de participer à la totalité des fantasmes de son partenaire? Je suis convaincue que non. Mais si vous voulez petit à petit que cette partie de votre imaginaire soit connue et acceptée de votre compagne, alors il va d’abord falloir commencer par de la pédagogie.

Il faut bien admettre que votre fantasme peut avoir des aspects inquiétants et que dans l’imaginaire collectif, il est plus souvent lié à des faits divers sordides (des événements de Rotenburg à Luka Rocco Magnotta) qu’à une vraie recherche esthétique. Et il me paraît évident que votre fantasme, contrairement aux fétichismes divers et variés ou au strict SM régi par des règles qui respectent les limites des deux partenaires, comporte pour la personne qui participerait avec vous des questions concernant la préservation de son intégrité physique. Dans ce contexte, le degré de confiance (en vous et en elle) que vous demandez à votre compagne est énorme, soyez en bien convaincu.

Vous pouvez toujours proposer un jeu de rôle. Vous pouvez certainement intégrer à votre vie sexuelle des éléments de ce fantasme. Mais il faut aussi penser que vous avez en face de vous une autre personne à part entière, avec son désir, ses fantasmes et dont le consentement, même pour ce que vous jugerez comme des détails, reste primordial.

Si votre partenaire refuse l'idée même de donner une place à ce fantasme, vous pourrez réfléchir à le faire exister hors de votre vie de couple

Vous tenez donc ici la base d’un dialogue qui doit être le plus honnête possible. Utilisez des mots simples. Si elle n’est pas totalement fermée et qu’elle souhaite faire l’effort de vous comprendre, proposez lui de la documentation. Si elle accepte une première expérience (sans passage à l’acte, nous sommes bien d’accord), énoncez des règles fixes et claires. Mettez en place un «safe word», un mot aléatoire (comme «topinambour»  «rouge» ou «caniche» par exemple) qui lorsqu’il est prononcé arrête immédiatement toute action. Le «safe word» est la protection indispensable des partenaires dans le cadre d’activités BDSM et permet l’assurance de rapports consensuels. Et c’est évident qu’il est à respecter sans argumentation ou sans «je continue encore pendant quelques secondes, ça ne fera pas de différence».

Si votre partenaire refuse même l’idée de donner une place dans votre vie sexuelle partagée à ce fantasme (ce qui ne doit jamais donner lieu à un jugement de votre part), vous pourrez toujours réfléchir à le faire exister hors de votre vie de couple.

Je ne crois pas qu’il faille en faire une condition sine qua non à votre amour et à votre avenir à deux. Sans être brimé et totalement réprimé, cela peut-être placé dans votre espace personnel, dans votre sexualité personnelle (car j’estime qu’en couple ou pas, nous avons tous le droit à notre part de masturbation, de fantasmes ou de passages à l’acte). Car vous ne pouvez pas lui demander d’adhérer pleinement à vos désirs si cela n’est pas naturel pour elle. Et vous ne devez pas gâcher les sentiments et les projets que vous avez avec elle pour une «simple» question de sexualité.

Avant toute chose, il faut parler. Donner du temps à l’idée de faire son chemin. Procéder par minuscules étapes. Cette part de vous existe et il ne faut pas cacher, mais la faire accepter à une autre personne sera une lutte de longue haleine. Ne soyez non plus trop timoré et assumez l’importance que ça a pour vous.

Rassemblez bien vos esprits, clarifiez vos demandes et étayez votre dossier

Je dois vous avouer que je ne sais ce que je ferais si j’étais à la place de votre compagne. Cette situation ne s’est juste jamais présentée dans ma vie. Donc préparez vous à ce que, malgré tout l’amour qu’elle vous porte, elle puisse refuser. Mais je crois que j’essaierais de comprendre exactement comment c’est et comment ce désir se matérialise. Des images, des textes, des œuvres que vous pourriez échanger (ne la laissez pas aller faire seule ses recherches sur internet) et à propos desquels vous pourriez débattre ensuite me semble être une base solide et saine. Mon conseil est donc le suivant: avant toute chose, rassemblez bien vos esprits, clarifiez vos demandes (même les plus dérisoires, cela la rassurera) et étayez votre dossier du plus grand nombre de documents possibles. Il n’est pas sûr à 100% qu’elle s’y intéresse, et encore moins que ça l’excite autant que vous, mais au moins aurez vous fait tous les efforts possibles pour vous faire comprendre et accepter. 

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