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N'appelez plus Calais la «jungle»!

Un policier se tient devant une inscription dénonçant l'appellation «Jungle» à Calais (Pas-de-Calais) le 29 février 2016 lors du démantèlement du campement de réfugiés. | Philippe Huguen/AFP

Un policier se tient devant une inscription dénonçant l'appellation «Jungle» à Calais (Pas-de-Calais) le 29 février 2016 lors du démantèlement du campement de réfugiés. | Philippe Huguen/AFP

L'appellation est devenue un moyen quotidien et courant de qualifier le campement de réfugiés à Calais qui déshumanise ses habitants.

Il y a quelques mois, la polémique entourant l'utilisation du mot migrant plutôt que réfugié nous rappelait l'importance politique de la sémantique. Dans un article du Guardian daté de ce lundi 7 mars, l'éditorialiste Joseph Harker questionne l'emploi du terme «jungle» rattaché à Calais pour parler des campements de ces mêmes réfugiés: «Quel genre de personnes vit dans une jungle? Sont-ils civilisés? Sont-ils respectables? Partagent-ils nos valeurs?» 

Pour Harker, que l'on soit pour ou contre l'accueil des réfugiés, «toute personne qui estime qu'ils sont humains, avec des espoirs et des aspirations comme nous, et que leur vies est toute aussi précieuse que les nôtres devrait cesser d'utiliser un tel langage, qui leur refuse cette humanité».

Un appel ambitieux, quand on sait que même des associations comme HelpRefugees utilisent le hashtag #CalaisJungle, souligne Harker. D'autres, comme Cambridge4Calais, ou même l'Armée du Salut suivent le mouvement. Tout comme les principaux médias français, dont Slate.fr

 


Le phénomène n'est pas exclusivement français. Le 3 novembre 2015, le dessinateur Stanley McMurtry publie un dessin dans le Daily Mail. Il représente les réfugiés de Calais dans une jungle. Comme des indigènes.


Bien que cette caricature ait été qualifiée de «spectaculairement raciste», elle représente une vision qui devient de plus en plus globalisée de ces réfugiés.

Aux origines du terme

Comme l'explique Arthur Frayer-Laleix dans son livre Dans la peau d'un migrant (Fayard, 2015), ce sont les réfugiés eux-mêmes qui ont les premiers parlé de Calais comme d'un «jangal». Depuis les années 2000, la ville portuaire et ses environs font office de refuge pour ceux qui cherchent à gagner la Grande-Bretagne. Afghans, Darfouriens, Érythréens, et plus récemment Irakiens et Syriens s'entassent dans des tentes provisoires. En persan –une langue parlée par beaucoup de réfugiés Afghans–, jangal (جنگل) signifie «la forêt». Si les migrants qui arrivent dans les années 2000 qualifient Calais et ses environs ainsi, c'est d'abord à cause de sa végétation.

 

Si le terme est ensuite déformé puis utilisé jusqu'à faire autorité, en France, de nombreuses associations préfèrent le terme «bidonville», soutient le site Metronews, auquel un conseiller de Bernard Cazeneuve a affirmé qu'on «ne peut pas parler de jungle». Selon lui, cette «facilité de langage n'apporte aucune solution mais est utilisée à des fins politiques».

«Lieu de vie»

Lors du démantèlement qui a eu lieu fin février 2016, et qui continue le 7 mars, des inscriptions comme «lieu de vie» surmontées de cœurs sont apparues sur les tentes.


Affirmer que ces personnes peuplent une «jungle» dénigre toute l'histoire qu'ils portent avec eux. Certains sont médecins, d'autres ingénieurs, étudiants ou professeurs. Pour Joseph Harker, la banalisation, depuis la crise migratoire de 2015, d'une telle appelation a aussi à voir avec «l'origine moyen-orientale de nombreux des réfugiés de Calais»

«Chaque jour [...] il semble que nous développions une peur du monde musulman, écrit-il. C'est comme si chaque personne avec des origines arabes serait un danger potentiel pour nous: encore une fois, primitifs, barbares et non fiables.»

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