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Pourquoi Poutine a-t-il des chiffres si favorables dans les sondages?

L'une des frasques de Poutine : pris en photo alors qu'il chasse un tigre d'Amour avec un fusil à fléchettes sédatives, en 2008. | Premier.gov.ru via Wikimedia Commons

L'une des frasques de Poutine : pris en photo alors qu'il chasse un tigre d'Amour avec un fusil à fléchettes sédatives, en 2008. | Premier.gov.ru via Wikimedia Commons

Le Washington Post a tenté de percer le lien très fort qui unit le chef de l'État russe à son peuple.

La froideur d’un chef d’État va-t-elle de pair avec sa popularité? L’exemple de Poutine pourrait le laisser penser. Un visage qui n’esquisse un sourire que rarement, une poigne de fer sur le pays, un charisme glacial et un interventionnisme viril –notamment en Syrie–, et surtout, des chiffres d’opinions qui côtoient les sommets. Selon le Washington Post, un sondage révèle que 83% des Russes approuvent les actions du président de la fédération.

Pour comprendre ce plébiscite, le journal américain s'est intéressé à la manière dont ces études sont menées en Russie. Chaque semaine, de nombreux sondeurs sont envoyés un peu partout dans le pays auprès des habitants, la plupart du temps pour faire du porte-à-porte. Si les Russes se montrent assez critiques sur la situation économique du pays et son avenir, ils se disent beaucoup plus satisfaits de leur président. Un sentiment positif que Valery Fedorov, le chef du du Centre russe de recherche d’opinion publique (VTslOM), un organisme gouvernemental, explique par l’existence-même de ces sondages récurrents:

«Poutine est attentif, oui. Quinze ans qu’il est au pouvoir, et il est toujours intéressé par les données de nos sondages.»

Ainsi, le leader russe aurait appris à être très attentif au moindre signe de mécontentement. Poutine fait travailler plusieurs instituts en parallèle pour mieux cerner les sentiments de la population et réagir au plus vite en cas de crispations, quitte à dégainer certaines mesures dans l'urgence. La question reste de savoir si ces sondages sont falsifiés pour maintenir une sorte de culte de la personnalité. Mais la réponse semble être négative: les instituts publics et privés obtiennent globalement les même résultats.

Patriotisme à outrance

La diplomatie est le véritable ressort de la popularité de Poutine. Alors que le ressentiment anti-américain et occidental se développe en Russie, l’annexion de la Crimée par les forces gouvernementales a su rassembler les Russes derrière leur leader. La nostalgie envers l’ère soviétique et la puissance que la Russie représentait a fait oublier les problématiques intérieures. Pour les Russes, Poutine est «un composant permanent de leur construction du monde futur», expliquait au Washington Post Alexander Oslon, directeur la Fondation d’opinion publique, un autre organisme de sondage.

Surtout, le Kremlin peut compter sur l'appui de la télévision d’État qui influe très fortement sur l’opinion. En septembre, alors que Poutine annonçait l’intervention russe dans le conflit syrien, peu considéraient l’État islamique comme une véritable menace. Après une couverture constante du conflit par les médias russes, une solide majorité populaire se montrait opposée aux actions de Daech. 

De la propagande? Elle ne serait sans doute pas aussi efficace si les Russes ne faisaient pas preuve d’autant de patriotisme. De quoi laisser amer Mikhail Kasyanov, l’ancien Premier ministre désormais leader de l’opposition, qui a déclaré au Washington Post :

«Éteignez la télévision, et cette popularité s’effondrera en deux mois!»

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