«House of Cards»: un président Underwood et une vice-présidente Underwood, c’est possible?

Claire Underwood (Robin Wright) dans la quatrième saison de «House of Cards» (Netflix).

Claire Underwood (Robin Wright) dans la quatrième saison de «House of Cards» (Netflix).

Ce que nous enseigne de la politique américaine une des pistes scénaristiques de la saison 4.

Avertissement: cet article dévoile des éléments clefs des trois premiers épisodes de la quatrième saison de House of Cards.

Alors que les noms des candidats démocrate et républicain à la Maison Blanche ne sont pas officiellement connus, la réflexion a déjà commencé dans chaque camp sur les possibles vice-présidents qui pourraient venir compléter le «ticket». Dans le troisième épisode de la très addictive (à défaut d'être toujours très crédible) quatrième saison de House of Cards mise en ligne sur Netflix, le président Frank Underwood (Kevin Spacey), en grande difficulté pour être réinvesti par son propre parti, se voit lui aussi confronté à cette question en pleines primaires… par la Première Dame elle-même. Au bord du divorce, Claire Underwood (Robin Wright) lui propose de rester s’il fait d’elle –après l'avoir nommée dans les saisons précédentes ambassadrice auprès de l'ONU–, sa colistière pour l’élection à venir.

Dans la vraie vie, un mari et sa femme pourraient-ils occuper simultanément les deux plus hauts postes de l’ordre politique américain? Oui, mais cette idée, telle qu'elle a pu ou pourrait être envisagée, pose au moins deux questions juridiques, celle de la résidence de deux candidats dans un même État et de la succession d'un président par son conjoint.

Mari et femme, mais pas dans le même État

La Constitution américaine n’impose aucune restriction familiale sur les candidats à la présidence et à la vice-présidence. Une seule disposition, dans la section 1 de l'article II, vient limiter le choix dont dispose le candidat à la présidence: il est très compliqué pour lui de prendre un colistier qui réside dans le même État que lui.

«Les grands électeurs se réuniront dans leurs États respectifs et voteront par bulletin pour le président et le vice-président, dont l'un au moins n'habitera pas le même État qu'eux.»

Théoriquement, cela n’interdit pas à deux résidents d'un même État –y compris un mari et une femme– de candidater ensemble; cela interdit aux grands électeurs de l’État en question de voter pour les deux simultanément (les grands électeurs peuvent panacher, sur leur bulletin, deux candidats de tickets différents, un Démocrate et un Républicain par exemple).

Dans les faits, cela interdit bien la candidature conjointe de deux résidents d’un même État (les Texans Ted Cruz et Rick Perry cette année, par exemple), car la présidence ou la vice-présidence peuvent basculer à quelques grands électeurs près. En 2000, Dick Cheney, habitant du Texas comme George W. Bush, s’était inscrit comme électeur dans le Wyoming, dont il avait été l’élu dans les années 1980, quelques jours avant d’être choisi comme candidat à la vice-présidence. S'il ne l'avait pas fait, les 32 grands électeurs texans auraient pu voter pour Bush, mais pas pour lui (ou vice-versa). Si cette stratégie juridique avait été contestée, fin 2000, un tribunal avait donné raison à Dick Cheney.

En septembre 2015, Hillary Clinton avait déclaré en blaguant que l’idée de prendre son mari comme vice-président «lui avait traversé l’esprit»

De la même façon, dans House of Cards, on peut imaginer que Frank et Claire Underwood, résidents du 1600 Pennsylvania Avenue, Washington D.C., pourraient arguer de la possession d’une habitation dans deux États différents (la Caroline du Sud pour lui, le Texas pour elle) pour se mettre en conformité avec la Constitution. Barack Obama continue d'ailleurs de voter à Chicago, où il possède une maison.

Les Dole et les Clinton

Dans la vraie vie, la question d'un ticket mari-femme a été évoquée au moins deux fois, mais jamais vraiment sérieusement. En septembre 1987, le sénateur républicain du Kansas Bob Dole s’était porté candidat à l’investiture républicaine et son épouse Elizabeth avait démissionné de son poste de secrétaire aux Transports de Ronald Reagan pour participer à sa campagne. Pourquoi pas un ticket Dole-Dole, lui avait alors demandé la presse? «Nous aimons blaguer là-dessus, mais je ne crois pas que ce soit réaliste», avait répondu le candidat.

Capture d'écran d'un article du quotidien local Observer-Reporter du 16 octobre 1987.

Dole sera finalement investi par les Républicains en 1996, pour être largement battu par Bill Clinton. Et c’est justement à propos de ce dernier que la question d’un ticket marital s’est aussi posée: en septembre 2015, Hillary Clinton avait déclaré en blaguant que l’idée de prendre son mari comme vice-président «lui avait traversé l’esprit». Ce qui poserait un problème constitutionnel inédit: la Constitution interdisant à quelqu’un d’être élu président plus de deux fois, la majorité des juristes estiment que cela interdit aussi à un ancien président qui a accompli deux mandats d’être élu vice-président, même si cette interprétation est contestée.  S'il est réélu et si House of Cards se prolonge encore pendant quatre saisons, Frank Underwood, qui aura accompli plus d'un mandat et demi[1], ne pourra donc sans doute pas se présenter ensuite comme vice-président de sa femme.

1 — Le 22e amendement à la Constitution américaine dispose qu'un vice-président qui remplace le président en cours de mandat ne peut être élu ensuite qu'une fois s'il a accompli plus de la moitié du mandat de son prédécesseur. Dans la vraie vie, il n'a pas trouvé à s'appliquer pour l'instant: Lyndon Johnson avait remplacé Kennedy après la mi-mandat et Gerald Ford avait remplacé Nixon avant la mi-mandat, mais a échoué à être élu sur son propre nom en 1976. Dans la série, Frank Underwood devient président en octobre 2014, avant donc la mi-mandat de son prédécesseur Garrett Walker. Retourner à l'article

Partager cet article