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Et si le quinquennat avait tué les présidents sortants?

François Hollande le 3 mars 2016 au cimetière britannique de Pozières, dans la Somme | YOAN VALAT/POOL/AFP

François Hollande le 3 mars 2016 au cimetière britannique de Pozières, dans la Somme | YOAN VALAT/POOL/AFP

Les erreurs du début de mandat suffisent à plomber François Hollande.

La situation politique reste dominée par le double refus d’une majorité de Français: celui du retour de Nicolas Sarkozy et de la réélection de François Hollande. Là réside dans l’opinion, pour le moment, la clé du succès d’Alain Juppé: il est celui qui garantit la défaite de l’un puis de l’autre. Tout se passe comme si l’ancien et l’actuel président de la République étaient victimes de leur méconnaissance de la nouvelle règle du jeu, laquelle porte un nom, le quinquennat.

Tous deux ont été formés à l’école de la Ve République, dont l’élément-clé était le septennat, c’est-à-dire le temps donné à un président d’agir, de se tromper et de se récupérer. Grâce à la cohabitation, permise par le septennat, machine à redonner des couleurs au président sortant, François Mitterrand comme Jacques Chirac ont pu faire oublier le mécontentement qu’ils avaient suscité et être reconduits.

Nul ne l’avait sans doute mesuré: le quinquennat supprime le temps de la reconquête. Et les erreurs du début suffisent à plomber un mandat.

Legs incertain

Nicolas Sarkozy a ainsi cru, jusqu’au bout, fort d’un logiciel emprunté à Patrice Buisson, que le glissement idéologique du pays vers la droite suffirait à faire oublier les critiques. Et, s’il est reparti à l’assaut de l’Élysée aujourd’hui, c’est qu’il continue de penser que son positionnement était le bon et donc qu’il n’avait pas vraiment perdu en 2012.

Par un étrange parallélisme, François Hollande semble croire qu’il peut de nouveau vaincre. Mais il est marqué par ses deux erreurs initiales: politique, en acceptant que le PS bloque l’élection de François Bayrou aux législative et se privant ainsi, d’entrée, de toute marge de manœuvres en direction du centre; économique, en récusant la hausse de la TVA que Nicolas Sarkozy et François Fillon avaient fait voter in extremis pour qu’on ne puisse pas les accuser d’avoir mis l’État en faillite, ce qui fait que les Français restent traumatisés par le choc fiscal qu’ils ont subi en lieu et place de la TVA. C’est ainsi que François Hollande est poursuivi par le legs d’un début de quinquennat pour le moins incertain.

Nul ne l’avait sans doute mesuré: le quinquennat supprime le temps de la reconquête

Pourtant, sa situation de faiblesse dans l’opinion est injuste. Notamment en regard de sa gestion de l’année terrible que fut 2015. N’est-ce pas la rencontre d’un homme et de circonstances exceptionnelles qui fait que l’on peut, ou non, vérifier son adéquation avec l’essentiel de sa fonction? François Hollande n’a pas manqué ce rendez-vous.

Mais il a suffi de deux mois pour effacer l’impact de la réponse de l’exécutif aux attentats du 13 novembre; et pour revenir à un schéma où le président se trouve, de nouveau, bousculé et encerclé. Cette réponse, politique, était pourtant exemplaire: conseil des ministres le soir même des attentats pour décréter l’état d’urgence, réunion solennelle du Congrès le lundi pour présenter un arsenal juridique comprenant une révision de la Constitution, vote des Assemblées les jeudi et vendredi sur l’état d’urgence amendé. Le tout créant un climat d’unité nationale, à un moment où l’on pouvait craindre celle-ci gravement compromise, au point de penser l’ordre public menacé.

Il était alors possible d’en déduire que la confrontation de 2017 serait, peu ou prou, dominée par les thèmes régaliens: sécurité, autorité. Mais nous ne sommes pas aux États-Unis, pays qui s’interdit de destituer un chef de guerre pendant la guerre (situation qui a permis la réélection de George Bush). La priorité française est donc vite revenue sur le terrain économique: là où le bât blesse.

Trou de souris

Un quinquennat placé par le président lui-même au regard du seul critère de l’inversion de la courbe du chômage (dès lors peu importe le retour (relatif) de la croissance, l’annonce d’un plan d’urgence à un an de la fin du mandat) lui a logiquement valu une mémorable volée de bois vert sur le thème d’un échec consommé.

Il n’en fallait pas plus pour que les adversaires du président, qui se réclament de la gauche, redoublent d’ardeur: à travers la demande de primaires, pour délégitimer la candidature de François Hollande et pour justifier les calculs de celles et ceux (Cécile Duflot, Jean-Luc Mélenchon, Pascal Laurent, peut-être un jour Christiane Taubira) qui feront campagne contre lui, contre une gauche sociale-démocrate assumée. On ne dira jamais assez les dégâts provoqués par le harcèlement du pouvoir par une partie de sa majorité qui, sur le plan idéologique, est plus proche de l’extrême gauche que de la sociale-démocratie.

La durée du quinquennat lui laisse-t-il un espace? Celui-ci, à ce jour, est celui d’un trou de souris. Car rien n’est jamais joué à quatorze mois d’une échéance électorale. Et la vie politique est faite d’imprévus. 2016 peut encore être l’année du retournement de la courbe du chômage. La révision constitutionnelle, si elle est adoptée par le Congrès (avec une déchéance de nationalité qui ne pourrait plus être que prononcée par un juge judiciaire), replacera de facto le président au-dessus des partis. Dans le même temps, l’état de grâce d’Alain Juppé peut se dissiper et Nicolas Sarkozy réussir son opération «résurrection», réintroduisant du même coup une incertitude sur le résultat de l’élection présidentielle elle-même, etc. Mais ce sont là des conditions extérieures et hypothétiques.

 

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