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Le jour où l'Occident périra

end of an oil tank end of the world / peter castleton via Flickr CC License by.

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Présidentielle américaine, présidentielle française, référendum britannique... Nous ne sommes plus qu'à deux ou trois élections près de la fin de l'Otan, de la fin de l'Union européenne et peut-être même de la fin de l'ordre mondial tel que nous le connaissons.

Dans les années 1950, je suis certaine que beaucoup craignaient la mort dans l’œuf de l'Alliance atlantique, quand ses institutions étaient encore jeunes et vacillantes. Sans doute que dans les années 1970, à l'époque des Brigades Rouges et du Vietnam, il y en avait beaucoup plus à craindre pour la survie de l'Ouest. Mais dans ma vie d'adulte, jamais je n'ai connu de moment plus dramatique que celui que nous vivons aujourd'hui. Un temps où nous ne sommes plus qu'à deux ou trois mauvaises élections de la fin de l'Otan, de la fin de l'Union européenne et peut-être même de la fin de l'ordre mondial tel que nous le connaissons.

Aux États-Unis, il est vraiment possible que le Parti républicain fasse de Donald Trump son candidat à l'élection présidentielle. Il est donc vraiment possible que nous ayons un président Trump. La campagne d'Hillary peut parfaitement imploser, pour plusieurs raisons trop évidentes pour être énumérées ici. Les élections sont des phénomènes étranges et les électeurs versatiles. En d'autres termes, nous pourrions avoir, en janvier prochain et à la Maison Blanche, un homme qui se fiche éperdument de ce que les présidents Obama, Bush, Clinton, Reagan –et aussi Johnson, Nixon et Truman– entendaient tous par «nos valeurs communes».

Trump défend la torture, les déportations de masse, les discriminations religieuses. Il se targue d'en avoir «pas grand chose à faire» que l'Ukraine rejoigne ou non l'Otan; l'Alliance et ses garanties de sécurité lui importent peu. De l'Europe, il a écrit: «leurs conflits ne méritent pas les vies d'Américains. Se retirer d'Europe nous aurait permis d'économiser des millions de dollars par an». Entre des dictateurs et des démocrates, il préfère la compagnie des dictateurs. «Il est possible de faire affaire avec ces gens», a-t-il dit de la Russie. «Je m'entendrais vachement bien avec [Vladimir] Poutine.»

Incapable d'entretenir les alliances américaines

Non seulement Trump n'est pas intéressé par les alliances de l'Amérique, mais il sera incapable de les entretenir. En pratique, veiller au maintien d'unions militaires et économiques n'est pas dans les cordes d'un obscur magnat de l'immobilier qui «fait des affaires». Cela demande d'en passer par des négociations ennuyeuses, des compromis décevants et, parfois, le sacrifice de ses propres préférences nationales au profit du bien commun. À une époque où, dans la plupart des pays européens, les débats de politique étrangère ont tous été remplacés par de la télé-réalité politique, tout cela est d'autant plus difficile à expliquer et à justifier auprès d'un public qui n'en a cure.

Et les Américains ne sont pas les seuls à trouver leurs alliances bien trop lourdes à porter. Dans un an, la France connaîtra elle aussi une élection présidentielle. Marine Le Pen fait partie des favoris, elle qui a promis de quitter à la fois l'Otan et l'UE, de nationaliser les entreprises françaises et de restreindre l'accès aux investisseurs étrangers. Comme Trump, elle entrevoit des relations préférentielles avec la Russie, dont les banques financent sa campagne. Mes amis français sont catégoriques: si elle arrive au second tour, le centre gauche et le centre droit s'allieront pour lui faire barrage, comme ils l'ont fait depuis deux décennies avec son père. Mais les élections sont des phénomènes étranges et les électeurs versatiles. Et si l'adversaire de Le Pen succombait à un scandale? Et si l’État islamique frappait de nouveau Paris?

D'ici là, il est possible que la Grande-Bretagne soit elle aussi bien avancée sur le chemin de la sortie. En juin, les Britanniques diront par référendum s'ils veulent ou non quitter l'Union européenne. A l'heure actuelle, les sondages sont trop serrés, mais si les bulletins «sortie» prévalent, comme je l'ai écrit par ailleurs, alors tous les paris sont ouverts. Des référendums jumeaux pourraient fleurir en Europe. En Hongrie, le Premier ministre Viktor Orbán parle parfois d'abandonner l'Occident pour lui préférer une alliance stratégique avec Istanbul ou Moscou.

Un demi-siècle de stabilité politique

Il n'est pas du tout difficile d'imaginer une Grande-Bretagne déconnectée de l'Europe et s'éloignant par la même occasion de l'alliance transatlantique. Si les bouleversements économiques susceptibles de succéder au «Brexit» sont suffisamment graves, il n'est pas impossible que les Britanniques abandonnent leur gouvernement conservateur au profit du Labour, dont les dirigeants sont aujourd'hui radicalement anti-américains. Tout le monde pouffait face à la candidature de Jeremy Corbyn, aujourd'hui président du Parti travailliste, comme on a pu pouffer devant Trump. Reste que Corbyn est la seule alternative viable si les Britanniques veulent le changement. Les élections sont des phénomènes étranges et les électeurs versatiles.

Et ensuite? Sans la France, le marché unique européen cessera d'exister. Sans la Grande-Bretagne, difficile d'envisager la survie de l'Otan. Ce qui ne désolera pas tout le monde. La séduisante rhétorique trumpienne ne pourrait être plus claire: les coûts des alliances («des millions de dollars par an») sont bien plus faciles à voir que les bénéfices à long terme.

L'unité occidentale, la dissuasion nucléaire et des armées permanentes nous auront offert plus d'un demi-siècle de stabilité politique. Un espace économique commun aura permis la prospérité et la liberté de l'Europe et de l'Amérique du nord. Autant de choses qui nous semblent acquises, jusqu'au jour où elles disparaîtront.

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